CHAPITRE XI
dre ces passages de la loy morale : il n'y a nulle (lonto que h^s n'uvres morales sont excluses de puUNoir justiliiT. Les raisons dont il use, tendent à une niesme fin : comme quand il dit, Si la cognoissance de péché vient de la Loy (Rom.. '■). ^U): la justice n'en vient pas. La Loy engendre ire de Dieu (Hom. 4, 15) : elle ne nous apporte point donc de salut. Item, Puis que la Loy ne jieut asseurer les consciences, elle ne j)eut donner justice. Item, Puisque la loy est imputée a justice, ce n'est pas pour salaire des œuvres (pie la justice nous est donnée : mais c'est don de Dieu gratuit. Item, Si nous sommes justiliez par loy, toute gloire est abbatue. Item, Si la Loy nous pouvoit vivifier, nous aurions justice en icelle : mais Dieu a enclos toutes créatures sous péché, afin de donner le salut promis aux croyans (Gai. :}, 21. -2i). Ou'ils allèguent, s'ils osent, cela estre dit des cérémonies, et non pas des û'uvres morales : mais les petis enians se nio- (lueroyent de leur impudence. Que cela donc demeure résolu, que quand la vertu de justifier est ostée à la Loy, il faut entendre la loy universelle.
20. Or si (juelcun s'esnierveille pou'quoy l'Apostre a voulu ailjouster les œuvres de la Loy, n'estant point content de dire simplement Les œuvres : nous avons la response en main. Car à ce que les œuvres soyent en quelque prix, elles prennent leur estime plustost de ce qu'elles sont approuvées de Dieu, que de leur propre dignité. Car qui osera se vanter de quelque justice envers Dieu, sinon (ju'elle soit acceptée de luy? Et (jui osera luy demander aucun loyer, sinon qu'il l'ait promis ? C'est donc de la beneficence de Dieu que les œuvres seront dignes du filtre de justice, et auront loyer, si aucunement elles en peuvent estre dignes. Et de fait, toute la valeur des œuvres est fondée en ce poincr, quand l'homme tend par icelles de rendre obéissance à Dieu. Pourtant l'Apostre voulant prouver en un autre lieu, qu'Abraham ne pouvoit estre justifié par ses œuvres, allègue que la Loy a esté publiée environ quatre cens ans après (|ue l'alliance de grâce luy avoit esté donnée (Gai. 3, 17). Les ignorans se moqueroyent de cest argument, pensans qu'il y pou- \ oit ijien avoir de bonnes œuvres devant (pie la I^oy fust publiée. Mais p(jurce qu'il savoit bien ipie les œuvres n'ont autre dignité, (lu'entant (ju'elles sont acceptées de Dieu : il prend cela comme une chose notoire, qu'elles ne pouvoyent justifier devant que les promesses de la Loy fussent données. Nous voyons pourquoy nommément il exprime les œuvres de la Loy voulant oster aux œuvres la faculté de justifier: assavoir pource qu'il n'y pouvoit avoir controversie que d'icelles. Combien qu'aucunefois simplement et sans addition il exclud toutes œuvres ; comme quand il dit que David attribue
la béatitude à l'homme auquel Dieu a imputé justice sans aucunes o'uvres (H(tm. 4, 6). Ils ne peuvent donc faire par toutes leurs cavillatious que nous ne retenions la diction exclusive en sa généralité. C'est aussi en vain qu'ils cherchent une autre subtilité, c'est ((u'ils disent que nous sommes justifiez par la seule foy, laquelle œuvre par charité : voulans par cela signifier que la justice est appuyée sur charité. Nous confessons bien avec sainct Paul, (lu'il n'y a autre foy qui justifie sinon celle qui est conjointe a\ ec charité (Gai. o. G). Mais elle ne prend point de charité la vertu de justifier : mesme elle ne justifie pour autre raison, sinon qu'elle nous introduit en la communication de la justice de Clirist. Autrement seroit renversé l'argument de l'Apostre, lequel il poursuit tant vivement, quand il dit qu'à celuy qui besongne, le loyer n'est pas imputé selon la grâce, mais selon la dette (Kom. 4, 4). Aucontraire, a celuy qui ne besongne point, mais qui croit en celuy qui justifie l'inique, la foy est imputée a justice. Poui'roit-il parler plus clairement qu'en disant celaf C'est qu'ii n'y a nulle justice de foy, sinon quand il n'y a nulles œuvres ausquelles soit deu aucun loyer : et (jue lors finalement la foy est imputée à justice, quand la justice nous est donnée par grâce, non deue.
21. Maintenant regardons si ce qui a esté dit en la définition par nous mise, est vray: c'est que la justice de foy n'est autre chose que reconciliation avec Dieu, laquelle consiste en la remission des péchez. Il nous faut tousjoiirs revenir à ceste maxime: c'est que l'ire de Dieu est préparée a tous ceux qui persistent d'estre pécheurs. Ce qu'Isaie a bien déclaré parlant ainsi, La main de Dieu n'est point accourcie, qu'il ne nous puisse sauver: et son oreille n'est point estouppée, qu'il ne nous puisse ouir. Mais nos iniquitez out fait un divorce entre luy et nous: et nos péchez ont destourné sa face de nous à ce qu'il ne nous exauce point (Is. 59, 1. 2). Nous oyons que le péché est une division entre Dieu et l'homme, et destourne la face de Dieu iJu pécheur. Et de vray il ne se peut autrement faire : car c'est une chose qui ne convient nullement a sa .f«?Tice, d'avoir alliance avec le péché. Poui" laquelle cause saiiict Paul dit que l'homme est ennemy de Dieu, jusques à ce qu'il soit restitué en sa grâce par Christ (Fiom. 5. S). Celuy donc que Dieu reçoit en amour, est dit estre justifié: pource qu'il ne peut recevoir personne pour estre conjoint avec soy, que de pécheur il ne le face juste. Nous adjoustons que cela est fait par la remission des péchez. Car si on considère ceux qui sont reconciliez à Dieu selon leurs œuvres, on les trouvera i)eclieurs : et neantmoins il faut qu'ils soyent du tout purs et nets de péché. Il appert donc que ceux que Dieu reçoit en grâce ne sont autrement faits justes, sinon qu'ils sont