‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 35 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Pierre et Jean n'o*lans accoustuincz qu'à pescher en une nacoUe, et tous les autres Apostres esliius idiots et lourds, n'avoyent rien appris à l'escole des hommes (ju'ils peussent cnsei<;ner aux autres. Quant à saincl l'aul, après avoir esté non seulement ennemi déclaré, mais cruel et quasi enrai,^' à espandre le san^', estant converti en nouvel homme, n'a-il pas monstre à veue d'œil, par un elian^^ement si soudain, et que jamais on n'eust espéré, (pi'il avoit esté c(»ntraint par l'empire et vertu de Dieu, de maiiitenir la doctrine, laquelle il avoit combatue ? Que ces chiens icy ahbayent tant qu'ils voudront, que le sainct Esprit n'est point descendu sur les Apostres, qu'ils tiennent une histoire si pat(Mite jiour fable : toutesfois la chose crie haut et clair. Quand ceux (lui estoyent mesprisez entre le commun populaire, comme les plus rut les et ^n'ossiers, commencent en une minute de temps d'exposer les profonds mystères de Dieu, d'une fa(;on si maf,mifi(iue, il faut bien qu'ils ayent eu le sainct Esprit pour maistre.

il. Il y a encore d'autres bonnes raisons, pour lesquelles le consentement de l'Eglise n'est pas sans importance, (^ar il ne faut pas estimer cela comme rien que par tant d'aages (}ui ont esté depuis que l'Escriture a esté publiée, il y ait eu un perpétuel consentement en l'obéissance d'icelle. Et combien (pie le diable se soit etîorcé par plusieurs manières de l'opprimer, ou renverser, voire mesmes de l'effacer du tout de la mémoire des hommes, neantmoins qu'elle est tousjours comme la palme demourée inexpugnable et victorieuse. Car il n'y a eu gueres de Philosophe ou Rhetorieien d'excellent entendement, qui n'ait appliqué sa subtilité à rencontre d'icelle : neantmoins tous n'y ont rien profité. Toute la puissance de la terre s'est armée pour la destruire, et tous ses efforts sont tournez en fumée. Comment eust-eUe résisté, estant si durement assaillie de toutes pars, si elle n'eust esté défendue que de support humain? Parquoy il est plustost à conclurre, (jue l'Escriture saincte que nous tenons, est de Dieu: puis que maugré toute la sagesse et vertu des hommes elle est neantmoins venue en avant par sa vertu. Outreplus il n'y a pas eu seulement une cité ou nation qui ait conspiré h la recevoir : mais tant que s'estend au long et au large toute la tei're, elle a obtenu son authorité par un conforme consentement de tous les peuples, qui autrement n'avoyent rien entre eux de commun. Or comme ainsi soit qu'mie telle convenance de peui)les tîrnt divers, et qui autrement discordent eu fa-

çon et manière de. vivre, nous doivent esmouvoir (veu que c'est une chose apparente que la vertu de Dieu a besoigné à les accorder) : toutesfois encore aura ceste considération plus de poids, quand nous contemplons la preudhommie et saincteté de ceux qui sont convenus k recevoir l'Escriture. Je ne dy pas de tous: mais de ceux que nostre Seigneur a constituez comme lampes en son Eglise, pour l'esclairer par la lumière de leur saincteté.

12. Davantage en quelle certitude devonsnous recevoir ceste doctrine, laquelle nous voyons avoir esté seellée et testifiée par le sang de tant de saincts personnages ? Iceux n'ont fait nulle difficulté de mourir courageusement, et mesme joyeusement pour icelle, après l'avoir une fois recesue. Et nous, comment ne la recevrons-nous d'une persuasion certaine et invincible, puis qu'elle nous a esté donnée avec une telle arre et confirmation ? Ce n'est point donc une petite approbation de l'Escriture, de ce qu'elle a esté signée par le sang de tant de tesmoins. Principalement quand nous recognoissons qu'ils n'ont pas souffert la mort pour le tesmoignage de leur foy par furie et phrenesie (comme font aucunesfois les esprits d'erreur transportez) : mais par un zèle de Dieu, autant sobre et tempéré, comme ferme et constant. Il y a plusieurs autres raisons, et icelles bien apparentes, i)ar lesquelles la majesté et dignité de l'Escriture non seulement peut estre acertenée aux cœurs des fidèles, mais aussi puissamment maintenue contre la malice des calomniateurs. Lesquelles raisons neantmoins ne sont point de soy suffisantes pour fonder droitement sa certitude justjues à ce que le Père céleste, taisant là reluire sa divinité, l'exempte de toute doute et question, luy donnant ferme révérence. Pourtant lors finalement l'Escriture j nous satisfera à une cognoissance de Dieu, qui nous apporte salut, quand la certitude d'icelle sera appuyée sur la persuasion intérieure du S. Esprit. Les tesmoignages humains, ([ui servent pour la confermer, lors ne sei'ont point vains, quand ils suyvront ce tesmoignage principal et souverain, comme aides et moyens seconds pour subvenir à nostre indjecillité. Mais ceux qui veulent prouver par argumens aux incrédules, que l'Escriture est de Dieu, sont ineonsiderez. Or cela ne se cognoist (pie par foy. Ainsi S. Augustin à bon droit dit, qu'il faut que la crainte de Dieu et une mansuétude paisible du cœur aille devant, pour faire rien entendre aux hommes, quant aux mvsteres de Dieu. ''

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