LIVRE I
ans se passent devant qu'il soit mention lie sceptre royal en la li.iinée de .luda. Quaml S;iul est esleu et receu, il scniijje bien (pic le royaume soit estahli eu l;i lignée de Benjamin (1 Sam. M, liS). Ouauil l)a\id est oinet par Samuel (1 S;uu. 10, l'A). (|uel moyen y a-t-il d'ariacher la couronne à Saul ny aux siens ? Qui eust espéré (lu'il deust soi'tir Roy de la maison d'un bouvier ? Qui plus est, comme ainsi soit qu'il y eust sei)t frères, (jui eust cuidé (pie le plus uicsprisé de tous deust parvenir à ceste dignité? Et comuicut de lait y |iaivient-il ? Qui est-ce (pii dira cpie son onction ait esté conduite par art, industrie ou prudence humaine, et non pas plustost que c'a esté l'effet de ce (pic Dieu avoit révélé du ciel ? Aussi ce (|ue ledit Moyse a j)redit touchant les jjayens, (pi'ils seroyent quehpiefois reccus do Dieu, et faits participans de l'alliance de salut, veu (pie c'a esté deux mille ans devant ([u'il appaïust, ([ui est-ce (pii niera (pi'il a aiusi parlé pai' iuspiration céleste? Je laisse les autres pi'dplulies, les(pi('lles sont si divines (pi'il appert assez a toutes gens de sens rassis ciue c'est Dieu qui parle. Brief son seul Cantique est un clair miroir, auquel Dieu apparoist évidemment tant et plus (Deut. 32).
7. Tout ceci se voit encores plus clairement aux autres Prophètes. .l'en choisiray seulement ([uelque peu d'exenq)les. jtource qu'il y auroit trop alfaire de les recueillir tous, (^onirne ainsi soit que du temps d'Isaie le royaume de Juda fust paisible, et mesnie estant allié avec les Chaldéens, pensant bien y avoir support, Isaie prononçoit alors (pie la ville seroit en la fin ruinée, et le peui)le transporté en captivité. Encores qu'on ne se contentast point d'un tel advertissemeiit, pour juger (ju'il estoit poussé de Dieu à prédire les choses qu'on tenoit alors incroyables, et que puis après on cognent estre vrayes : si ne peut on dire ipie ce ((u'il adjouste de la deUvrance ne s(jil procédé de l'Esprit de Dieu. Il nomme Cyrus, par lequel les Chaldéens devoyent estre vaincus, et le peuple d'Israël remis en liberté (Is. 45, 1). Entre la naissance de Cyrus et le temps (}ue le Prophète a ainsi parlé, ou trouvera plus de cent ans : car il nas<p]it cent ans ou environ après le trespas du Prophète. Nul ne pouvoit deviner alors qu'il y deust avoir (jnelque Cyrus lequel menast guerre a l'advenir contre les Babyloniens : et ayant abattu une monarchie si puissante, delivrast les enfants d'Israël, pour mettre fin à leur captivité. Un tel récit ainsi nud et simple, sans aucun fard, ne monstre-t-il pas évidemment que ce sont oracles de Dieu, et non pas conjectures humaines, les sentences que l'on oit de la bouche d'Isaie ? Derechef quand Jerernie, un peu devant que le peuple fust emmené captif, assigna un terme prefix de soixante et dix ans jusques au j(jur de la rédemption: ne falloit-il pas (pie sa langue
fust gouvernée de l'Esprit (Jer. 2o, 11. 12)? Ne s(n-oit-ce pas une impudence trop vilaine, de mescogiioistre (]ue l'autliorité des Prophètes a esté api)rouvée par tels tesmoignages ? Mesmes |)our accomplir ce (|u'lIs allèguent, voulant attribuer foy a leur diie : c'est (jue comme les choses précédentes estoyent advenues selon que Dieu en avoit jiarlé, qu'il continuoit d'anu(5ncer les choses advenir devant (pi'on y pensast (Is. 42, 9). .le laisse à dire que jeremie et Ezechiel estans séparez en i)ais lointains s'accordoyent ne plus ne moins en tout et partout, que s'ils eussent recordé la leçon l'un à l'autre. Que diray-je de Daniel ? Ne traite-il pas des choses qui se sont faites six cens ans après sa mort, comme s'il racontoitdes histoires passées et toutes notoires? Si les fidèles ont ces choses bien imprimées en leurs cœurs, ils seront assez munis pour repousser ces chiens mastins, qui abbayent contre la vérité tant certaine et infallible: car ces argumens sont par trop patens,pour en évader par cavillation. 8. .le say bien qu'ont accoustmné de gazouillier certains brouillons, pour se monstrer subtils à comhatre contre la vérité de Dieu. Ils demandent qui c'est qui nous a rendus certains que Moyse et les Prophètes ayent escrit ce que nous lisons sous leurs noms : mesmes ils n'ont point de honte de mettre en doute si jamais il y a eu quelque Moyse. Or si quelcun estrivoii, assavoir s'il y a eu un Platon, ou un Aristote, ou un Ciceron, je vous prie, ne l'estimeroit-on pas digne d'estre souffleté, ou d'estre chastié de bonnes estrivieres? Car c'est se desborder par trop, de mettre en question ce que chacun voit à l'œil. La loy de Moyse a esté miraculeusement conservée, plustost par la providence de Dieu, que par le soin des hommes. Et combien que par la nonchalance des Prestres elle fust comme ensevelie pour quelque temps, depuis que le bon Roy Josias l'eut retrouvée, elle a esté leue de tous par successions continuelles. Et aussi Josias ne la mit pas en avant comme chose nouvelle, mais qui avoit esté commune tant et plus, et dont la mémoire estoit publique et récente. L'original s'en gardoit au Temple. Il y en avoit une copie entre les Chartres Royales. Seulement il estoit advenu, que les Sacrificateurs avoyent délaissé pour un temps d'en faire publication solennelle, et le peuple n'avoit tenu conte d'en avoir la cognoissance. Qui plus est, jamais ne s'est passé aage, où l'autliorité d'icelle n'ait esté conformée et renouvellée. Moyse n'estoit-il pas cognu de ceux qui lisoyent David? Mais pour dire en gênerai ce qui est de tous les Prophètes, il est plus que certain que quand leurs escrits sont parvenus de pères à fils, ceux qui les avoyent ouy parler en ont rendu tesmoignage de vive voix : et que de main en main cela a esté si bien testifié, qu'il n'y avoit que douter.
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9. Co quo ces eimailles ainonont ilu livir dos .Maclialu'os, tant s\'n faut iiu'il iIlth.uik' a l;i certitutlo de l'Escrilure saincte, cumnic ils preteudeiit (ju'il l'st tressuffisaiit à lï'stalilir. Mais il sera oviiodiont on [uoinior liou do lour ostor la coulour dont ils abusont : ot puis nous rotoui norons loiu" ai^juniont contre eu\-niosnios. Il osl roeilo auiiit livre, que ce î^rand tyran Antioohus eiiniMiaiida ik' faire brasier tous les livres do la Lu\ (1 .Maoli. 1, 59). Sur cela ces moqueurs deniandi'iit. D'où sont sorties les copies (pii nous en restent ? Or je leur demande au contraire, en (luelle boutique ils eussent esté si tost forjrez, sinon qu'ils fussent demourez. Car il est tout notoire, qu'incontinent après que la persécution fut cessée, lesdits li\res se trouveront entiers, et furent rocof^^neus par les fidèles qui en avoyont esté privémont (Miseiunez. Mosmo Combien que de ce temps-là tout le monde conspirast contre les Juifs pour extirper leur ieli;^ion, ot ipio chacun s'olTorçast de les calonuiier : toutesfois nul n'a jamais osé leur improperer qu'ils eussent supposé de faux livres. Car tous les incrédules et blasphémateurs qui fuient jamais, on niosdisant de la religion .Iudai(pie, ont neantmoins c(jnfossé (lue Moyse en estoit l'autheur. Ainsi ces canailles monstrent bien ime raf^o désespérée, on chargojuit de fausseté les livres qui ont tesmoi^qiago de leur ancienneté par toutes les histoires, voire par la bouche de leurs propres ennemis et détracteurs. Mais afm que jonom'anuise trop longuement a réfuter des badinagos tant sots et lourds : plustost recognoissons en cest endroit, quel soin Dieu a eu de garder sa parollo, <piand par dessus ot outre l'opinion do tout le monde il l'a retirée saine et sauve de la cruauté de cest hf)rriblo tyran, comme d'im fou end)rasé qui devoit tout consumer : qu'il a fortifié il'une telle constance les bons Sacriticatems et autres fldeles, qu'ils n'ont point espargné leur propre vie pour garder ce thresor à leurs successeurs, ce ([u'ils ne pouvoyent faire qu'en danger de mort : qu'il a esbiouy les yeux des brigans et satellites de Satan, tellement qu'avec toutes leurs inijuisitions ils sont demourez frustrez, ne pouvant abolir comme ils pens(jyent ceste vérité inunortelle. Qui ne recognoistra une œuvre miraculeuse de Dieu et digne de mémoire, (|uo quand les adversaires cuidfnont avoir tout gagné, soudain il a remis au dessus les livres qu'ils avoyent si diligonunont cerchoz jiour tout brusler, voire avec plus grande majesté qu'ils n'avoyent eue auparavant ? Car l'interprétation Groc(iue t^uitost après survint, qui a esté le moyen de les espandre par tout le monde. Davantiigo, le miracle na pas seulement esté en ce que Dieu a maintenu l'instrument de son alliance contre les cruelles menaces d'Antiochus : mais aussi en ce que parmi t^uit do cala-
mitoz et désolations qui ont esté sur les Juifs, la Loy et les l'iophetes ont esté réservez, combien qu'on |iensoit bien ([u'ils deussent cent fois jierir. La langue Hebiaiipie n'estoit pas seulement sans renom, mais rojettée conune iiarbare. Et de fait, si Dieu n'eust voulu pourvoir a la vraye religion on la conservant, c'en estoit fait. Car il ap|)Ort par les Prophètes (lui ont enseigné depuis leur retour ilo la captivité de Babylone, combien les Juifs estoyont esloignez en ce tonqis-l;i Ae lour langue jturo ot naifve : ce qui est bien digne d'ostro notté, pourco ([ue de telle comparaison, l'ancienneté de la Loy et des Prophètes est i)lus évidente. Et par (|uolles gens Dieu nous a-il gardé sa doctrine contenue en la Loy et aux Prophotos, alin do nous manifester par icelle Jésus Christ en temps opportiui ? à savoir par les plus grans (Minomis ilo la Chri\stionlé : lesquels a bon droit S. Augustin ap])elle libraires de l'Eglise, poiuTo (ju'ils nous ont fourni des livres, dont eu\-mesmcs ne se peuvent aider no servir.
10. Si on \ ient au Nouveau testament, encores y trouvera-on plus forme ap|)rol)ation. Les trois Evangelistes récitent lour histoire en stylo bas. Plusieurs arrogans dosdaignont ceste simplicité, pource qu'ils ne regardent point à la substance. Dont il soroit aisé do recueillir combien ils surinoulont toute capacité humaine en traittant les mystères du ciel. Certes quicomiue aura une goutte d'honesteté, sera confus en lisant seulement le premier cha()itre de .saint Luc. Da\anlago, le sonunairo des sermons de Jésus Christ, selon ([u'il est là brefvement récité, ne soulTre point (pi'uno doctrine si haute soit mospriséo. Mais sur tous sainct Jean, comme tonnant du ciel, doit bien assujettir tous esprits en obéissance de foy : ou bien s'ils demeurent revosches, il est suffisant plus (juo toutes les foU'Jros du monde, pour abbattre tant et plus lour obstination. Que ces conti'orollours se monstrent un pou, et puis qu'ils se baignent a rejector dos cœurs humains toute révérence de ï'Escriture, qu'ils se bandent hardiment pour maintenir leur (pierclle : mais ayant leu l'Evangile sainct Jean, maugré qu'ils en ayont, ils trouveront la mille sentences, Ics- (luelies pour le moins réveilleront leur brutalité : mosme qui inqirimorojit chacune un horrible cautère en leurs consciences, jwur rabbattre leurs risées. Aut;uit en est-il de sainct Pierre ot de sainct Paul : car combien que la l)luspart du monde soit si eslourdie, que de ne j)oint recevoir leur doctrine : si est-ce (ju'cllc a en soy une majesté céleste pour tenir en bride, voire attacher île près tous ceux qui font des retifs. Quand il n'y auroit (]ue cecy, c'est bien pour magnitier lour doctrine par dessus le monde : assavoir que Matthieu estant du tout adonné à son gain do changeur et peager.