‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 378 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

anie avec les iniques (Ps. '26, 1 et 9), etc. J'ay dit cy dessus de la confiance que les fidèles semblent advis simplement prendre de leurs œuvres. Les passages (pie nous avons icy amenez ne nous enipescheront pas beaucoup, si nous les considérons en leur circonstance, laquelle est double. Car les fidèles en ce taisant ne veulent [)as que t(MUe leur vie soit examinée, aliii (pie selon icelle ils soyent absous ou condamnez: mais présentent a Dieu ipiehpie cause particulière pour en juger. Secondement, ils s'attribuent justice, non pas au regard de la perfection de Dieu, mais en comparaison des mesclians et ini(|ues. Premièrement, (piand il est (piestion de justifier l'Iiomme, il n"est pas seulement requis qu'il ait bonne et juste cause en (juehiue atlaire particulier, mais qu'il ait une justice entière en tout le cours de sa vie : ce que nul n'a jamais eu et n'aura. Or en ces oraisons où les saincts invoquent le jugement de Dieu pour approuver leur innocence, ils ne se veulent pas vanter d'estre purs et nets de tout péché, et qu'il n'y ait rien à redire en leur vie : mais après avoir mis toute fiance de salut en la bonté de Dieu, se confians neantmoins qu'il est le protecteur des powes, pour venger les injures qu'on leur tait, et pour les défendre quand on les afflige à tort, ils luy recommandent leur cause, en la(|uelle ils sont affligez estans innucens. D'autrepart, en se présentant avec leurs adversaires devant le throne de Dieu, ils n'allèguent point une innocence laquelle puisse respondre à sa pureté, si elle estoitespluchée selon sa rigueur : mais pourco (pi'ils savent bien que leur svncerité, justice et simplicité est plaisante et aggreable a Dieu, au prix de la malice, mesclianceté et astuces de leurs adversaires : ils ne doutent pas d'invoquer Dieu pour juge entre eux et les ini(pies. Kn ceste manière quand David disoit à Saul, Que le Seigneur rende à chacun selon la justice et vérité qu'il trouvera en luy (1 Sam. 20, 23), il n'entendoit pas que Dieu examinast un chacun par soy, et le remunerast selon ses mérites : mais il protestoit devant Dieu quelle estoit son innocence au ]iri\ de l'iniquité de Saul. Sainct Paul aussi, (juaiid il se glorifie au bontesmoignage de sa conscience, qu'il a fait son office en simplicité et intégrité <2 Cor. 1, li: Act. 2:î, 1): il n'entend pas s'appuyer et reposer sur ceste gloire (juand il viendra au jugement de Dieu : mais estant contraint par les cal(jmnies des meschans, il maintient contre leur maledicence sa loyauté et preutihonnuie, laquelle il savoit estre cogneue et agréable a Dieu. Car nous voyons ce ([u'il dit en un autre lieu : c'est qu'il ne se sent point coulpable mais qu'en cela il n'est pas justifié (1 Cor. 4, 4). Certes il reputoit bien que le jugement de Dieu est bien autre que l'estime des hommes. Pourtant combien que les fidèles allèguent Dieu pour

tesmoin et juge de leur innocence contre la mauvaistie des hypocrites, toutesfois quand ils ont affaire à Dieu seul, ils crient tous d'une voix. Seigneur, si tu prens garde aux iniquitez, qui est-ce qui subsistera (Ps. 130, 3)? Item, Seigneur, n'entre point en jugement avec tes serviteurs : car nul vivant ne sera justifié devant ta face iPs. 143, H). Et se deffians de leurs œuvres confessent volontiers que sa bonté est meilleure (pie toute vie (Ps. H3, 4).

lo. Il y a d'autres lieux quasi semblables, ausquels quelcun pourroit estre empesché. Solomon dit ([ue celuy qui chemine en intégrité, est juste : item, (|u'en la voye de justice on trouvera vie, et (pi'il n'y aura point' de mort (Prov. 20, 7 ; 12, 28). Selon laquelle raison Ezechiel dénonce. (pi(> celuy qui fera justice et jugement, vivra tousjoursiEzecli. 1», 9. 21 : 33, lo). Je respon que nous ne voulons rien nier ne dissimuler, n'obscurcir de toutes ces choses; mais (ju'il V en vienne un seul en avant avec une telle intégrité. S'il ne se trouve nul homme mortel qui le puisse faire, ou il faut que tous périssent au jugement de Dieu, ou qu'ils ayent leur refuge à sa miséricorde. Cependant encores ne nionsnous pas que l'intégrité qu'ont les fidèles, combien qu'elle soit imparfaite, et qu'il y ait beaucoup à redire, ne leur soit comme un degré à imuKjrtalité: mais dont vient cela, sinon que quand le Seigneur a receu un homme en l'alliance de sa grâce, il n'espluche point ses oeuvres selon leurs mérites, mais les accepte de bénignité paternelle, sans ce fju'elles eu soyent dignes? Par lesquelles paroUes nous n'entendons pas seulement ce qu'enseignent les Scolastiques, c'est que les œuvres ont leur valeur de la grâce de Dieu qui les accepte : car en cela disant, ils entendent que les oeuvres lesquelles seroyent autrement insuffisantes pour acquérir salut, reçoyvent leur suffisance de ce qu'elles sont prisées et acceptées de Dieu, selon la paction de la Loy. Mais je dy au contraire : que toutes œuvres, entant ([u'elles sont pollues tant par autres transgressions que de leurs propres macules, ne peuvent rien valoir sinon d'autant ipie nostre Seigneur n'impute })oint les macules dont elles sont entachées, et pardonne à l'homme toutes ses fautes: ce qui est donner justice gratuite. Et n'y a point de propos d'alléguer icy les prières que fait aucunesfois sainct Paul, où il désire une si grande 5)erfection aux fidèles, qu'ils soyent trouvez irrépréhensibles et sans coulpe au jugement du Seigneur (Ephes. i, 4; Phil. 2, 15; 1 Thess. 3, 13, et autres). Les Celestins anciens hereti(iues s'aidoyent de telles sentences, pour prouver que l'homme peut avoir parfaite justice en la vie présente. Nous respondons après sainct Augustin, ce que nous pensons pouvoir suffire : c'est (}ue tous fidèles doy vent bien aspirer a ce but. d'apparoistre une

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