CHAPITRE XVIII
Que c'est mal arguer, de dire que nous sommes justifiez par œuvres,
pource que Dieu leur promet salaire.
1. Venons maintenant à exposer les passages ausquels il est dit ([ue Dieu rendra à chacun selon ses œuvres (Mattli. 16, 27), comme sont ceux qui s'ensuyvent : Un chacun recevra selon (ju'il aura fait en son corps, soit bien soit mal (2 Cor. o, 10). Gloire et honneur à celuy qui fera bien: tribulation et angoisse sur l'ame du pervers (Rom. 2, 6. 9. 10). Item, Et iront ceux ((ui auront bien vescu, en la résurrection de vie (Jean 5, 29). Item, Venez, vous qui estes bénits de mon Père : j'ay eu fai m, et vous m'avez repeu : j'ay eu soif, et vous m'avez donné a boire (Matth. 25, 34. 33), etc. Auscpiels il sera bon de conjoindre aussi ceux où la vie éternelle est appellée Loyer, (^.omme quand il est dit que la rémunération sera faite ;i l'homme selon l'œuvre de ses mains. Item, Celuy qui obéit au commandement de Dieu sera rémunéré (Prov. 12, 14; 13, 13), llem, Esjouisssez-vous, car vostre loyer est grand au ciel (Matth. o, 12 ; Luc 6, 23). Item, Un chacun recevra salaire selon son labeur (1 Cor. 3, 8). Touchant ce qui est dit cpie Dieu rendra a un chacun selon ses œuvres, il se peut soudre sans grande difficulté. Car ceste locution dénote plustost un ordre de conseciuence, (jue la cause pour laquelle Dieu rémunère les hommes. Or il n'y a nulle doute que nostre Seigneur use de ces degrez en accomplissant nostre salut: qu'après nous avoir esleuz, il nous appelle: après nous avoir appeliez, il nous justifie : après nous avoir justifiez, il nous glorifie (Rom. 8,30). Combien donc que par sa seule miséricorde il reçoyve les siens en vie, toutesfois pource qu'il les conduist en icelle par le chemin des bonnes œuvres, afin d'accomplir en eux son vouloir, par l'ordre (pi'il a destiné: ce n'est point de merveilles s'il est dit qu'ils sont couronnez selon leurs œuvres, par lesquelles ils sont préparez à recevoir la couronne d'immortalité. Et mesme pour ceste cause il est dit (|u'ils lontleur salut (Phil. 2, 12), quand en s'appli-
quant à bonnes œuvres ils méditent la vie éternelle. Voire, comme il leur est commandé de travailler pour la viande qui ne périt point (Jean 6, 27), quand ils s'acquièrent vie croyans en Jésus Christ: neantmoius il est adjousté quant et (|uant, que le Fils de l'homme leur donnera ceste viande. Dont il s'ensuit que le mot de Travailler ou opérer ne s'oppose point à la grâce, mais seulement emporte zèle et estude. Par ainsi il ne s'ensuit pas, ou qu'ils soyent autheurs de leur salut, ou que leur salut procède des bonnes œuvres. Quoy donc ? Incontinent après que par la cognoissance de l'Evangile et l'illumination du sainct Esprit ils ont esté appeliez en la compagnie de Christ, la vie éternelle est commencée en eux : en après le Seigneur achevé son œuvre qu'il a commencée en eux, jusques au jour de Jésus (Christ (Phil. 1, 6). Or l'œuvre de Dieu est accomplie en eux, quand en justice et saincteté representans l'image de leur Père céleste, ils se declairent estre ses enfans légitimes.
2. Quant est de ce mot Loyer, il ne faut pas qu'il nous induise h faire noz œuvres cause de nostre salut. Premièrement, que cela soit arresté en nostre cœur, que le Royaume des cieux n'est pas salaire de serviteurs, mais héritage d'enfans : duquel jouyront seulement ceux que Dieu a adoptez pour ses enfans (Ephes. 1, 5): et n'en jouyront pour autre cause, que pour ceste adoption. Car le fils de la chambrière ne sera point héritier (comme il est escrit), mais le fils de la femme libre (Gai. 4,30). Et de fait, aux mesmes passages, où le sainct Esprit promet la vie éternelle pour loyer des œuvres, en l'appellant nommément Héritage, il demonstre (lu'elle nous vient d'ailleurs. En ceste manière, (Christ en appellant les esleuz de son Père à posséder le royaume céleste, recite bien les œuvres qu'il veut en cela recompenser : mais il adjousté quant et quant qu'ils le posséderont de droit