LIVRE I
ccstc toile ambition de consacrer des images aux trespassez rej^nast entre les hommes. Quand il récite que Rachel dcsroba les idoles de son père, il parle conune d'un vice toutconuium(rien. 'M. ID). Dont on ])eut voir (jue l'esprit de riionuiie est une bouticpie perpétuelle et de tout temps pom' forger idoles. Le monde fut renouvelle après le déluge comme par une seconde naissance, toutesfois il ne s'est point i)assé long temps que les honmies ne controuvassent des dieux à leur faiitasie : mesmes il est vray semblable (lue desja du vivant de ce saim-t l'atriarche les successeurs se sont adonnez à l'idolâtrie : tellement qu'avec grande tristesse il a veu de ses propres yeux la teri'e qui nagueres avoit esté purgée de ces pollutions, par un si horrible jugement estre derechef souillée d'idoles. Car Tharé et Nachor devant ([u' Abraham fust né servoyent desja aux faux dieux, comme le tesmoigne Josué (Josué 24, 2). Puis que la lignée de Sem s'est si tost abastardie, que jugerons nous de la race de Cam, laquelle desja de long temps estoit maudite en la personne de son père? Voila que c'est: l'entendement humain, comme il est rempli d'orgueil et témérité, prend l'audace d'imaginer Dieu tel que son appréhension le porte : comme il est lourd et comme accablé d'ignorance brutale, il conçoit au lieu do Dieu toute vanité et je ne say quels fantosmes. Avec tous ces maux il y a l'outrecuidance, qu'il ose attenter d'exprimer au dehors les foUies qu'il a conceu en soy touchant de Dieu. Parquoy l'esprit humain engendre les idoles, et la main les enfante. Que telle soit la source d'idolâtrie, assavoir que les hommes ne croyent point que Dieu leur soit prochain, sinon qu'ils l'ayent présent d'une façon charnelle, il appert par l'exemple du peuple d'Israël. Nous ne savons, disoyentils, qu'il est advenu à Moyse : pourtant qu'on nous face des dieux qui marchent devant nous (Exode 32, 1). Ils cognoissoyent bien que celuyqui leur avoit fait sentir sa vertu en tant de miracles, estoit Dieu : mais ils ne se fioyent pas qu'il leur fust prochain, s'ils ne voyoyent à l'œil quelque figure corporelle do luy, qui leur fust comme tesmoignage de sa conduite. En somme, ils vouloyent avoir quelque image qui les menast à Dieu: et l'expérience monstre tous les jours cela, que la nature des hommes ne se peut tenir quoye jusques à ce qu'elle ait rencontré quelque masque ou fantosme, respondantàsafonie,pour s'y esjouir comme en la remembrance de Dieu. Et n'y a eu aage depuis la création du monde, auquel les hommes pour obéir à ceste cupidité insensée, ne se soyent dressez des signes et figures, ausquelles ils ont pensé que Dieu se monstrast à eux.
9. Or il faut que telles imaginations amènent quant et quant une sotte dévotion d'adorer les images: et de fait, ({uand les hommes ont pensé
qu'ils voyoyent Dieu ou sa remembrance aux inwiges, ils l'ont là aussi honnoré. Et en la fin, ayans là fichez leurs yeux et leurs sens, ils s'y sont abestiz, estans ravis en admiration, comme s'il y eust eu quelque divinité. Il appert donc que les hommes ne se jettent point à faire honneur aux idoles, qu'ils n'ayent ja conceu quel- (pic opinion lourde et charnelle: non pas d'estimer que les idoles soyent dieux, mais en imaginant qu'il y habite quelque vertu divine. Par ainsi ceux qui s'adonnent à adorer les simulacres, soit qu'ils se proposent d'adorer là Dieu ou ses Saincts, sont desjà ensorcelez de superstition. Parquoy Dieu non seulement a défendu de faire statues pour représenter sa Majesté, mais aussi de consacrer aucuns tiltres ne pierres qui fussent dressées pour y faire adoration. Par une mesme raison, au second précepte de la Loy a esté adjousté de ne point adorer les images. Car si tost qu'on a inventé quelque forme visible à Dieu, on y attache sa vertu: d'autant que les hommes sont si stupides, d'enclorre Dieu où ils ont imaginé sa présence: pourtant il est impossible qu'ils n'adorent là mesme. Et ne peut chaloir s'ils adorent l'idole simplement, ou Dieu en l'idole : car c'est tousjours idolâtrie, quand on présente à l'idole quekiue service divin, sous ([uelque couleur que ce soit. Etpourceque Dieu ne veut point estre servi par superstition, tout ce qu'on attribue à l'idole luy est ravy et desrobé. Que tous ceux qui cherchent des malheureuses cavillations pour maintenir les idolâtries de la Papauté, pensent bien a cecy. Il est certain que la vraye religion a esté confuse et comme anéantie de long temps par les choses exécrables qui se sont commises : et toutesfois telles abominations trouvent des advocats tant et plus pour les maintenir. Les images, disentils, ne sont point tenues pour Dieu. .le respon que les Juifs n'estoyent pas si despourveus de sens, qu'ils ne seussent que c'estojt Dieu qui les avoit tiré d'Egypte, devant qu'ils forgeassent le veau. Mesme quand Aaron publia que c'estoyent les dieux qui les avoyent délivrez, ils s'y accordoyent sans difficulté : signifians par cela qu'ils se vouloyent bien tenir à Dieu qui avoit esté leur rédempteur, moyennant qu'ils eussent sa remembrance en la figure du veau. Nous ne devons pas aussi penser que les Payons eussent esté si sots, qu'ils ne cogneussent que Dieu estoit autre chose qu'une pièce de bois ou de pierre : car ils changeoyent les simulacres selon que bon leur scmbloit, retenans tousjours les mesmes dieux. Davantage chacun de leurs dieux avoit plusieurs simulacres: neantmoins ils ne disoyent point pour cela qu'un dieu fust divisé. Finalement ils consacroyent journellement nouvelles idoles, et leur intention n'estoit pas de faire des dieux nouveaux. Qu'on lise les excuses que sainct Augustin recite avoir esté prétendues