‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 42 sur 703 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

6. Davantage (luuii lise ce quo LacUince et Eusebe, tieu\ des plus anciens docteurs de rEt,flise, ont escrit de ceste matière, et on trouvera (ju'ils prennent ce fondement pour certain et infallilile, (pie tous ceux (iu\)n figure par images, ont esté mortels. Sainct Augustin n'en dit i)as uKtiiis: dedairant (pie c'est chose illicite et mescliante, non seuleiiieiil d"ad(jier images, mais d'en dresser pour représenter Dieu. Et n'ameine rien (pii n'eustja esté déterminé au paravant au Concile Elibertin, dont le trentesixiesme Décret est tel. Il a esté conclu (}u'il n'y eust point de iieinture aux temples, afin que ce (ju'on doit adorer et servir, ne soit peint aux parois. Mais c'est une sentence digue de mémoire, (jue celle qu'allègue sainct Augustin, de Varro homme payen. Que ceux (pii ont mis les premiers en avant les idoles, oui osté la crainte de Dieu du monde, et ont augmenté l'erreur. Si Varro seul eust dit cela, il n'auroit possible guère d'authorité : et toutesfois ce nous devroit estre une grand'houle, ([u'un liumme payen, comme tastonnant eu ténèbres, ait attaint jusquesà cette dairtf. de dire que les images visibles (lu'on lait a Dieu, sont indécentes h sa majesté, d'autant qu'elles diminuent la crainte d'icelle entre les hommes, et font croistre l'erreur. Certes c'est chose notoire (|ue cela est aussi vray comme il a esté prudemment escrit. Au reste, sainct Augustin empruntant ceste sentence de Varro. la prend comme certaine, remonstrant en premier lieu, (lue les premiers erreurs (ju'ont eu les hommes, quant à transfigurer Dieu, n'ont pas commencé [tar les images : mais se sont augmentez alors, comme un feu s'allume de plus en plus selon le bois qu'on y apporte de nouveau. Apres il expose que la crainte de Dieu est amoinurie par les idoles, voire quelque fois du tout abatue : pource (lue la gloire de sa divinité est vilipendée en une chose si sotte et lourde, comme est un marmouset : et pleust à Dieu <iue nous n'eussions point la ])rati(|ue de ce second article, telle qu'elle est ! Pourtant (juiconque désire d'estre bien et proprement enseigné, qu'il apprenne d'ailleurs que des images, ce qui est à cognoistre de Dieu.

7. Si les Papistes ont quelque goutte d'honnesteté. qu'ils n'usent plus doresnavant de ces subterfuges, ([ue les images sont les livres des idiots : veu qu'ils sont conveincuz du contraire par Umt de tesmoignages de l'Escriture. Mais encore ([ue je leur accorde cela, si n'auront-ils pas beaucoup gagné. Chacun voit quels desguisemens monstrueux ils font à Dieu. Quant est des peintures, ou autres remembranees qu'ils dédient aux saincts : (pie sout-ce, sinon patrons de pompe dissolue, et mesme d'infameté ? ausquels si quelcun se vouloit conformer, il seroit digne du fouet. Qu'ainsi soit, les putains seront plus modestement accoustrées en leurs bor-

deaux, que ne sont point les images des Vierges aux temples des Papistes : l'ornement des Martyrs n'est de rien plus convenable. Qu'il y ait donques quehiuc peu d'honnesteté en leurs images, s'ils veulent colorer leurs mensonges en prétendant (jue ce seront livres de quelque saincteté. ^lais encores respoiidi'ons nous, que ce n'est point la manière d'enseigner les Chrestiens au temple, lesquels Dieu veut là estre autrement endoctrinez fine de ces fatras. Il propose une doctrine commune à tous, en la prédication de sa paroUe et aux sacremens. Ceux (pii [irennent loisir de jetter les yeux çii et là pour contempler les images, monstrent (pi'ils ne sont gueres affectionnez à l'adresse ■ (lue Dieu leur donne. Mais encoresje demande à ces bons docteurs, quels sont ces idiots (pii ne peuvent estre enseignez que par images: ils ne peuvent alléguer d'autres, sinon ceux que nostre Seigneur advoue pour ses disciples, et ausquels il fait cest honneur de révéler ses secrets célestes: comme il commande qu'ils leur soyent communiquez. Je confesse, selon que les choses sont aujourdhuy, (lu'ils s'en trouvera beaucoup (lui ne se peuvent passer de tels livres, c'est à dire d'idoles. Mais d'où vient, je vous prie, ceste stupidité, sinon qu'ils se sontprivez de ceste saincte doctrine, laquelle estoit propre à les enseigner? Et de fait, les prélats de l'église n'ont eu autre raison de resigner aux idoles l'office d'enseigner, sinon d'autant (preux estoyent muets. S. Paul tesmoignc que .lesus Christ nous est peint au vif par la prédication de l'Evangile, voire crucifié devant iioz yeux (Gai. 3,1): dequoy donc servoit-il d'eslever aux temples tant de croix de pierre et de bois, d'or et d'argent, si cela eust esté bien imprimé au peuple, que Christ a esté crucifié pour porter nostre malédiction en la croix ? pour effacer noz péchez par son sacrifice ? nous laver par son sang, et nous reconcilier à Dieu son Père ? Car de ceste simple parolle ou eut peu plus profiter vers les simples, que de mille croix de bois ou de pierre. Quant à celle d'or et d'argent, je confesse que les avaricieux y seront plus attentifs qu'à nulles paroUes de Dieu.

8. Quant à l'origine et source des idoles, on tient ce qui est escrit au livre de Sapience comme re.solu: c'est que ceux qui ont voulu honorer les morts qu'ils avoyent aimez, ont commencé ceste superstition, leur faisant (luehiuc reinerabrance, afin qu'on eust tousjours mémoire d'eux (Sapience 14, lo). Or je confesse que ceste mauvaise et perverse façon a esté fort ancienne: et ne nie pas que ce n'ait esté comme un flambeau, pour allumer tousjours plus la rage des hommes à se desborder en idolâtrie. Toutesfois je ne confesse pas que c'ait esté la première fontaine : car il appert par Moyse que les idoles ont esté en usage long temps auparavant que

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