‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 430 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

que craignent ces bonnes gens dont nous avons parlé, n'est pas de toile importance que nous devions pourtant laisser de prester audience à Dieu en tout ce qu'il dit. Geste sentence de Solomon est bien notable, (pie la gloire de Dieu est de cacher la parolle (Prov. 2o, i) : mais puis que la pieté et le sens conunun monsU'cnt qu'elle ne doit pas estre entendue en gênerai de toutes choses, nous avons à chercher quekpie distinction, de peur (pie sous couveiture de modestie et sobriété, nous ne prenions plaisir, et nous flattions en ignorance brutale. Or Moyse nous distingue le tout en peu de parolles, disant, Nostre Dieu a ses secrets vers soy : mais il nous a manifesté sa Loy à nous et à noz entans (Deut. 29, 29). Nous voyons comment il exhorte le peuple d'ap])liquer son estude à la doctrine contenue en la Loy : pource qu'il a pieu à Dieu la publier. Et cependant il retient le mesme peuple sous les barres et limites de l'instruction qui luy est donnée, par ceste seule raison, qu'il n'est pas licite aux hommes mortels de se fourrer aux secrets de Dieu.

4. Je confesse (jue les meschans et blasphémateurs trouvent incontinent en ceste matière de prédestination, à taxer, caviller, abbayer ou se moquer. Mais si nous craignons leur pétulance, il se faudra taire des principaux articles de nostre foy : desquels ils n'en laissent quasi pas un qu'ils ne contaminent de leurs blasphèmes. Un esprit rebelle ne se jettera pas moins aux champs, quand il orra dire (|u'en une seule essence de Dieu il y a trois personnes, cpie quand on luy dira que Dieu a preveu en créant l'homme, ce qui luy devoit advenir. Pareillement ces meschans ne s'abstiendront point de risée, quand on leur dira (pi'il n'y a gueres plus de cinq mille ans (|ue le monde est créé: car ils demanderont comment c'est que la vertu de Dieu a si long temps esté oisive. Pour reprimer tels sacrilèges, nous faudroit-il laisser de parler de la divinité de Christ, et du sainct Esprit? nous faudroit-il taire de la création du monde ? Plustost au contraire, la vérité de Dieu est si puissante tant en cest endroit comme par tout, qu'elle ne craind point la maledicence des iniques, (^omme aussi sainct Augustin remonstre tresbien au livret (pi'il a intitulé. Du bien de persévérance (Chap. 15, jusques au 20). Car nous voyons que les faux Apostres, en blasmant et diffamant la doctrine de sainct Paul, n'ont peu faire (ju'il en ait eu honte. Ce cpi'aucuns estiment toute ceste dispute estre périlleuse, mesme entre les fidèles, d'autant qu'elle est contraire à exhortations, qu'elle esbranle la foy, (|u'elle trouble les cœurs et les abbat. c'est une allégation frivole. Sainct Augustin ne dissinuile pas (ju'on le reprenoit par ces raisons, (ju'il preschoit trop librement la prédestination : mais comme il luy esloit facile, il les réfute suffisamment. ** Touchant de nous.

pource qu'on objecte plusieurs et diverses absurditez contre la doctrine que nous baillerons, il vaut mieux différer de soudre mie chacune en son ordre. Pour le présent je désire d'inipetrer de tous hommes en gênerai, (pie nous ne cherchions point les choses (jue Dieu a voulu estre cachées, et aussi que nous ne négligions point cefies qu'il a manifestées: de peur que d'une part il ne nous condanme de trop grande curiosité, ou de l'autre, d'ingratitude. Car ceste sentence de sainct AugusUn est tresbonne : que nous pouvons seurement suyvre l'Escriture, laquelle condescend à nostre petitesse, comme une mère à l'infirmité de son enfant, quand elle le veut apprendre d'aller. ^^ Quant à ceux qui sont si prouvoyables ou timides, qu'ils voudroyent (|ue la prédestination fust du tout abolie, afin de ne i)oint troubler les âmes débiles, de quelle couleur, je vous prie, desguiseront-ils leur orgueil? veu qu'obliquement ils taxent Dieu d'une sotte inconsideration, comme s'il n'avoit point preveu le péril auquel ces outrecuidez pensent sagement remédier. Parquoy quiconque rend la doctrine de la prédestination odieuse, detracte ou niesdit de Dieu ouvertement: comme s'il luy estoit eschappé par inadvertance de publier ce qui ne peut estre que nuisible à l'Eglise.

5. Quicon(iue voudra estre tenu pour homme craignant Dieu, n'osera pas simplement nier la piedeslination, par laquelle Dieu en a ordonné aucuns à salut, et assigné les autres à damnation éternelle: mais plusieurs l'enveloppent par diverses cavilkuions, et sur tous ceux qui la veulent fonder sur sa prescience. Or nous disons bien qu'il prévoit toutes choses comme il les dispose: mais c'est tout confondre, de dire que Dieu élit (ju rejette selon (pi'il prévoit cecy et cela. Quand nous attribuons une prescience à Dieu, nous signifions que toutes choses ont tousjours esté et demeurent éternellement en son regard, tellement qu'il n'y a rien de futur ne de passé à sa cognois.sance : mais toutes choses luy sont présentes, et tellement présentes, qu'il ne les imagine point comme par quel(|ucs espèces, ainsi que les choses que nous avons en mémoire, nous viennent quasi au devant des yeux par imaginations : mais il les voit et regarde a la vérité, comme si elles estoyent devant sa face. N'ous disons que ceste prescience s'entend par tout le circuit du monde, et sur toutes créatures. Nous appelions Prédestination : le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé ce qu'il vouloit faire d'un chacun homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition: mais ordonne les uns à vie eterneUe, les autres à éternelle damnation. Ainsi selon la fin à laquelle est créé l'homme, nous disons qu'il est prédestiné à mort ou à vie. Or Dieu a rendu tesmoignage de sa prédestination, non seulement en

Page 1