‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 431 sur 703 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

chacune personne, mais en toute la lignée d'Abraham, laquelle il a mis pour exemple, que c'est à luy .l'oriionner selon son Ixtn plaisir (|uelle doit estre la condition d'un ciiacnn peuple. Ouand le Souverain divisoit les nations, ce dit Moyse, et partissoit les enfans d'Adam, sa portion a esté le peuple d'Israël, et le cordeau de son héritage (Deut. M, 8). L'élection est toute patente: c'est ([u'en la personne d'Aluaham, comme en un tronc tout sec et mort, un jieupie est choisi et segregé d'avec les autres qui Sdut rejetiez. La cause n'appert point, sinon que Moyse, afin d'ahhatre toute matière de gloire, remonstre aux successeurs, (pie toute leur dignité gist en l'amour gratuite de Dieu. Car il assigne ceste cause de leur rédemption, (pie Dieu a aimé leurs pères : et a esleu leur lignée après eux (Deut. 4, :{7l. Il paile plus expressément en un autre lieu, disant, Ce n'est pas que vous fussiez plus grans en nomlire que les autres peuples, que Dieu a prins son plaisir en vous aliu de vous choisir : mais d'autant qu'il vous a aimez (Deut. 7. 8i. Cest adverlissement est plusieurs fois réitéré par luy : Voicy, le ciel et la terre sont au Seigneur ton Dieu, toutesfois il a prins en amour tes Pères, et y a prins son plaisir, et t'a esleu. pource que tu estois leur semence (Deut. 10, 11. lo). Item ailleurs, ii leur commande de se tenir purs en saincteté, pource qu'ils sont esleuz en peuple peculier (Deut. 23. o). En un autre lieu derechef, il remonstre que la dilection de Dieu est cause qu'il est leur protecteur. Ce que les fidèles aussi confessent d'une bouche. Il nous a choisi nostre héritage, la gloire de .lacob, lequel il a aimé (Ps. 47, o). (^ar ils attribuent à ceste amour gratuite tous les ornemens desquels Dieu les avoit douez: non seulement poui'ce (lu'ils savoyent bien iceux ne leur avoir esté acquis par aucun mérite, mais aussi que le sainct Patriarche Jacob mesme n'avoit point eu telle vertu en soy, que pour acquérir tant a luy qu'à ses successeurs une si haute prérogative. Et pour rompre et abbatre plus fort tout orgueil, il reproche souvent aux .luifs, qu'il n'ont rien mérité de l'honneur que Dieu leur a fait: veu qu'ils sont un peuple de dur col et reveschc (Deut. 9, 6). Quelques fois aussi les Prophètes mettent en avant la mesme élection, pour faire honte aux Juifs de leur opprobre, entant qu'ils en estoyent vilainement decheuz par leur ingratitude. Quoy qu'il soit, (pie ceux (pii \ eu lent attacher l'élection de Dieu a la dignité des liummes ou aux mérites de leurs œuvres, respondent icy: Quand ils voyent ipi'une seule lignée est préférée a tout le reste du monde, et qu'ils entendent de la bouche de Dieu, qu'il n'a esté esmeu pour aucun regard d'estre plus enclin envers un troupeau petit et mesprisé. et puis malin et pervers, (ju'envers les autres: plaideront-ils contre luy, de ce qu'il luy a pieu d'esta-

blir un tel exemple de sa miséricorde ? Mais si est-ce qu'avec tous leurs murmures et contredits, ils n'emposcheront jinint son oMivre : et en jettant leurs dcspiteinçiis cinitre le ciel ainsi (|ue pieries, si ne frapperont-ils point ne blessenmt sa justice, mais le tout retombera sur leur teste. Ci} principe aussi de Teleclion gratuite, est réduit en mémoire au peuple d'Israël, quand il est (piestion de rendre grâces a Dieu, ou de se confermer en bonne contiaiu^e itour l'advenir. (^est luy, dit le Prophète, ipii nous a faits, et ne nous sommes pas faits nous-mesmes: nous sommes son pou[tie et les Itrebis de sa pasture (Ps. 1(K), :{|. La négative qu'il met n'est pas superdue: mais est adjoustée pour nous exelurre, afin que non seulement nous apprenions en confus que Dieu est autheur de tous les biens qui nous rendent excellens, mais aussi (pi'il a esté induit de soy-mesme à nous les faire, pource qu'il n'eust rien trouvé en nous digne d'un tel honneur. Il leur monstre aussi ailleurs, ([u'ils se doivent tenir cachez sous l'ombre du bon plaisir de Dieu, en disant qu'ils sont semence d"Abi-abam serviteur d'iceluy, et enfans de Jacob son esleu (Ps. lOo, 6). Et après avoir raconté les bénéfices continuels qu'ils avoyent receus comme fruits de leur élection, il conclud qu'il les a ainsi libéralement traitez, pource ijuli sest souvenu de son alliance. A quelle doctrine respond le Cantique de toute l'Eglise, Seigneur, c'est ta dextre et la clarté de ton visage, qui a donné ceste terre a noz Pères, pource que tu as prins ton plaisir en eux (Ps. 44, 4). Or il est a noter que quand il est fait mention de la terre, c'est un mereau visible de l'élection secrète de Dieu, par laquelle ils ont esté adoptez. L'exhortation que fait ailleurs David, tend a un mesme but, Bien-heureux est le peuple dinpiel l'Eternel est Dieu, et la lignée qu'il s'est esleue pour héritage (Ps. 33, 12). Samuel tend ci la seconde fin en disant, Vostre Dieu ne vous délaissera point à cause de son grand nom, puis qu'il luy a pieu de vous créer à soy pour peuple (1 Sam. 12, 22). David fait le seinlilalile quant à soy. ('ar voyant sa foy assaillie, il prend ces armes pour résister au combat: Bien-heureux est celuy que tu as esleu, Seigneur : il habitera en tes parvis (Ps. <jo, o). Or pource que l'élection (pii autrement est cachée en Dieu, a esté jadis ratifiée tant en la première rédemption des Juifs, (pi'en la seconde, et autres bénéfices, le mot d'P^lire s'applique quelque fois à ces tesmoignages païens, (pii toutesfois sont au dessous de l'élection. Comme en Isaie, Dieu aura pitié de Jacob, et élira encore Israël (Is. 14, 1). ('ar en parlant du temps a venir, il dit que le recueil (lue Dieu fera du résidu de son peuple, le{|uel il avoit comme déshérité, sera un signe que son élection demeurera tousjours ferme et stable : combien qu'il sembloit qu'elle fust quant et quant decheute. Et en disant ailleurs. Je t'ay

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