‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 444 sur 703 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

que l'élection ne consisteroil point, si elle n'estoit mise à l'opposite de la réprobation. Il est dit que Dieu sépare ceux qu'il adopte à salut : ce sera donc une sottise trop lourde, de dire (|ue ceux qui ne sont point esleus, obtiennent .par cas fortuit, ou acquièrent par leur industrie ce qui n'est donné d'en iiaut qu'à peu de ^^ens. Ainsi, ceux que Dieu laisse en eslisant, il les reprouve : et non jiour autre cause, sinon qu'il les veut exclurre de l'héritage le(juel il a prédestiné à ses enfans. Au reste, l'audace des hommes n'est point supportable, si elle ne souffre d'estre l)ridée par la paroUe de Dieu, quand il est question de son conseil incomprelicnsiblc, lequel mesmes les An<i:es adorent. Or nous avons ouy n'agueres, que l'endurcissement est aussi bien en la main et liberté de Dieu, que la miséricorde. Et de fait, nous avons aussi veu que sainct Paul ne se tormente pas comme ces frois docteurs, d'excuser Dieu par mensonj^e. Seulement il remonstre qu"il n'est pas licite à un pot de terre de plaider contre celuy qui l'a formé (Rom. 9, 20. il). Davantage, ceux qui ne peuvent porter que Dieu en reprouve aucuns, comment se desvelopperont-ils de ceste sentence de Christ : Toute arbre que mon Père n'aura point jilantée sera arrachée (Mattii. 13, i:{j? Ils oyent que tous ceux que le Père n'a daigné planter en son champ comme arbres sacrées, sont ouvertement destinez à perdition. S'ils nient que cela ne soit signe de réprobation, il n'y aura rien si clair qui ne leur soit obscur. Mais s'ils ne cessent d'abbayer ou de gronder, que nostre foy se tienne en ceste sobriété, d'escouter l'advertissement de sainct Paul : qu'il n'y a de quoy plaider contre Dieu, si d'un costé voulant mimstrer son ire et manifester sa puissance, il supporte en grande patience et douceur les instrumens d'ire apprestez à perdition (Rom. y, 22) : et de l'autre costé, il demonstre les richesses de sa gloire envers les vaisseaux de miséricorde, lesquels il a appre.stez à gloire. Notons bien que sainct Paul, pour coupper broche à toutes detractions et murmures, donne à l'ire et à la puissance de Dieu un empire souverain : pource que c'est chose trop desraisonnable d'appeller à conte les jugemens profonds de Dieu, qui engloutissent tous nos sens. La response qu'ils ameinent est frivole, que Dieu ne rejette point du tout ceux qu'il endure en douceur, mais qu'il suspend son alfection envers eux, pour voir si d'aventure ils se repentiront. Voire, comme si sainct Paul attribuoit à Dieu ime patience, par laquelle il attende la conversion de ceux lesquels il dit estre apprestez à périr. Et .sainct Augustin exposant ce passage, note prudemment (lue (juand la patience est conjointe avec sa puissance et vertu, que non seulement il permet, mais qu'il gouverne actuellement^*. Nos contredisans amènent une autre

rephque : c'est que sainct Paul, en disant que les vaisseaux d'ire sont apprestez à perdition, adjouste (jue Dieu a disposé à salut les vaisseaux de miséricorde : comme si par ces mots il entcndoit (lue Dieu est autheur du salut des fidèles, et que la louange luy en appartient, mais (]ue ceux qui périssent s'apprestent d'euxmesmes, et par leur franc arbitre, sans estre reprouvez de luy. Mais encore que je leur accorde, (jue sainct Paul ait \ oulu par telle façon de parler adoucir ce qui pouvoit estre trouvé rude de prime face : toutesfois il n'y a nul propos d'assigner ceste préparation, par L'upielle il est dit (lue les reprouvez sont destinez a périr, ailleurs qu'au conseil secret de Dieu; comme aumesme lieu sainct Paul l'avoit desja exposé, disant que Dieu a suscité Pharaon : et puis qu'il endurcit ceux qu'il veut, dont il s'ensuit que son conseil incompréhensible est cause de l'endurcissement. Pour le moins j'ay ce poinct gagné avec sainct Augustin, des mots duquel j'useray : c'est que Dieu en faisant les loups brebis, les reforme d'une grâce plus forte, pour domter leur dureté : et par ainsi, (jue les obstinez ne se convertissent point, pource que Dieu ne desploye point pareille grâce envers eux, de laquelle il n'est pas destitué, s'il en vouloit user^^

2. Cela suffira a toutes gens craignant Dieu et modestes, et qui se souviennent (ju'ils sont liommes : mais pource (jue les chiens qui grondent alencontre, vomissent plusieurs espèces de blasphèmes, il nous faudra respondre k chacun. Les hommes charnels, comme ils sont pleins de folie, plaidoyent ici en plusieurs sortes contre Dieu, comme s'ils le tenoyent sujet à leurs reprehensions. Premièrement, ils demandent à (|uel propos Dieu se courrouce contre ses créatures, lesquelles ne l'ont provoqué par aucune offense; car de perdre et ruiner ceux que bon luy semble, c'est chose plus convenable à la cruauté d'un tyran, qu'à la droiture d'un .luge. Ainsi il leur semble que les houuues ont bonne cause de se plaindre de Dieu, si par son pur vouloir, sans leur propre mérite, ils sont prédestinez a la mort éternelle. Si telles cogitations viennent (luelquefois en l'entendement des fidèles, ils seront assez armez pour les repousser, quand seulement ils reputerout quelle témérité c'est mesme d'enquérir des causes de la volonté de Dieu, veu qu'icelle est, et à bon droict doit estre la cause de toutes les choses qui se font. Car si elle a quelque cause, il faut que ceste cause-là précède, et qu'elle soit comme attachée à icelle : ce qu'il n'est licite d'imaginer; caria volonté de Dieu est tellement la reigle suprême et souveraine de justice, que tout ce qu'il veut, il le faut tenir pour juste, d'autant (ju'il le veut^®. Pourtant quand on demande, Pourquoy est-ce (jue Dieu a tait ainsi ? Il faut respondre, Pource qu'il l'a voulu. Si on passe outre, en demandant,

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