‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 449 sur 703 · Quelcun possible dira que je n'ay pas en · texte numérisé non relu

Quelcun possible dira que je n'ay pas en

core amené raison, pour refréner ceste excuse blasphématoire que je condamne. Je confesse que cela mesme ne se peut faire, que l'impiété ne nmrmure et dolracte tuusjuurs : toutesfois il m'est advis que j'en ay dit ce qui doit suffire pour oster à l'homme non seulement toute raison de nuu-murer, mais aussi toute couverture. Les reprouvez veulent estre veuz excu.sables en péchant, pource qu'ils ne peuvent évader la nécessité de pécher, principalement veu qu'icelle procède de l'onionnance et volonté de Dieu : je nie aucontraire, que cela soit pour les excuser, pource que ceste ordonnance de Dieu, de la- (luelle ils sepleignent, est e(iuitable. Et combien (jue l'équité nous en soit incogneue, elle est neantmoins trescerLaine, dont nous concluons (pi'ils n'endurent nulle peine, la(iuelle ne leur soit imposée par le jugement de Dieu tresjusto. Nous enseignons aussi, que c'est perversement fait à eux de vouloir entrer aux secrets de Dieu, ausquels on ne peut atteindre, pour chercher l'origine de leur damnation, et laisser derrière la corruption de leur nature, dont elle procède à la vérité. Or que ceste corruption ne doyve estre imputée à Dieu, il appert de ce qu'il a rendu bon tesmoignage h sa création. Car coml)ien que par la providence éternelle de Dieu, l'homme a esté créé pour venir en ceste misère en laquelle il est, il a neantmoins prins la matière d'icelle de soy-mesme, et non pas de Dieu. Car il n'est péri pour autre cause, sinon pource qu'il a dégénéré de la pure nature que Dieu luy avoit donnée, en perversité.

10. Les adversaires de Dieu ont encore une autre absurdité pour diffamer sa prédestination. <>ar comme ainsi soit qu'en parlant de ceux que nostre Seigneur retire de la condition universelle des hommes, pour les faire héritiers de son royaume, nous n'assignions point d'autre cause de cela que son bon plaisir, ils infèrent qu'il y a donc acception de personnes envers Dieu : ce que l'Escriture nie partout : pourtant ou qu'il faut dire que l'Escriture se contrarie, ou que Dieu regarde les mérites de ceux qu'il eslist. Premièrement ce que dit l'Escriture, que Dieu n'a point acception de personnes, c'est en autre sens qu'ils ne le preiuient. Car par ce vocable de Persoimes. elle ne signifie pas l'homme, mais les choses qui apparoissent à l'œil en l'homme, pour luy acquérir faveur, grâce, dignité, ou aucontraire hayne, contemnement ou diffame : comme sont, richesses, crédit, noblesse, offices honorables, pays, beauté de corps, et choses semblables : ou bien povreté, ignobilité, d'estre sans crédit, sans honneur, etc. En telle manière sainct Pierre et sainct Paul remonstrent que Dieu n'est point acceptateur de personnes (Act. 10, 31: Rom. ^1, 10; Gai. 3, 28), pource qu'il ne discerne point entre le Grec et le Juif, pour en avoir l'un agréable et rejetter

l'autre, seulement à cause de la nation. Sainct Jacjues use de mesmes parolles quand il dit que Dieu en son jugement u'estinie rien les richesses (Jaq. 2, 5). Sainct Paul aussi en un autre lieu en use. voulant monstrer que Dieu ne met point de dilïerence entre maistre et serviteur, ayant à juger l'un et l'autre (Col. 3, 23; Ephes. 6, 9). Parquoy il n'y aura nulle répugnance, de dire, que Dieu eslist ceux que bon luy semble par son bon plaisir, sans aucun mérite, en réprouvant et rejettant les autres. Toutesfois pour s.;tisfaire plus pleinement nous exposerons ainsi la chose. Ils demandent comment cela se fait, que de deux hommes qui ne ditïerent rien en mérites. Dieu en laisse l'un derrière, et choisist l'autre "'. Je leur demande d'autre part, si en celuy qui est esleu ils pensent qu'il y ail quelque chose pour encliner le cœur de Dieu à l'aimer. S'ils confessent qu'il n'y a rien, comme il est nécessaire, il s'ensuyvra que Dieu ne regarde point l'homme, mais qu'il jirend de sa bonté matière de luy bien faire. Pourtant ce que Dieu en eslit l'un, en rejettant l'autre, cela ne vient point du regard de l'homme, mais de sa seule miséricorde : à laquelle il doit estre libre de se monstrer où bon luy semble, et quand bon luy semble. Mesme aussi nous avons desja veu, que Dieu du commencement n'a pas esleu beaucoup de nobles, sages, ou riches et excellens (1 Cor. 1, 26), afm d'humilier l'orgueil de la chair : tant s'en faut que sa faveur ait esté attachée à quelque apparence.

11. C'est donc faussement et meschamment qu'aucuns accusent Dieu d'inequalité de justice : pource qu'en sa prédestination il ne fait pas tout un k tous hommes. Si Dieu, disent-ils, trouve tous hommes coulpables, qu'il les punisse tous également : S'ils les trouve innocens, qu'il s'abstienne de rigueur envers tous. Mais ils traitent Dieu comme s'il luy estoit interdit de faire miséricorde : ou Ijien quand il la veut fau'e, qu'il fust contraint de renoncer du tout à son jugement. Car qu'est-ce autre chose (|u'ils demandent, en voulant que si tous ont ollensé, ils soyent tous punis également? Nous confessons l'offense estre universelle : mais nous disons que la miséricorde de Dieu subvient à d'aucuns. Qu'elle subvienne donc à tous, disent-ils. Mais nous rephquons, que c'est bien raison qu'il se monstre aussi juste Juge en punissant. Quand ils ne veulent endurer cela, ne s'etTorcent-ils point d'oster à Dieu la faculté de faire miséricorde : ou bien de luy permettre seulement à telle condition, (ju'il se démette de faire jugement? Pourtant ces sentences de sainct Augustin conviennent tresbien : Comme ainsi soit, dit-il, que la masse universelle du genre humain soit tombée en condamnation en Adam, les hommes qui sont prins pour estre mis en honneur, ne sont pas instrumens de leur propre justice : mais de la misé-

ricorde de Dieu : Comme des autres qui sont mis en opprobre, il n'en faut rien assigner sinon à son jugement, sans le redarguer d'iniquité '"'-. Item, Ce que Dieu rend à ceux qu'il a reprouvez, la punition qui leur estoit doue : et à ceux ([u'il a esleuz, donne la grâce (jui ne leur estoit point deue : cela peut estre monstre équitable et irrépréhensible par la similitude d'un créditeur, auquel il est loisible de remettre sa dette à l'un, et la demander de l'autre. Le Seigneur donc peut aussi bien donner grâce à qui il veut, pource qu'il est miséricordieux : et ne la donner pas à tous, pource qu'il est juste Juge. Et donnant à aucuns ce qu'ils ne méritent point, il peut demonstrer sa grâce gratuite : en ne le donnant point cà tous, demonstrer ce (lue tous méritent, (^ar sainct Paul en escrivant que Dieu a enclos tous sous péché, afm de faire miséricorde à tous, ne faut quant et quant d'adjouster, qu'il ne doit rien <à personne, pource ([ue nul ne luy a rien apporté pour luy en demander recompense (Rom. M, 32. 3o). *

12. Les adversaires de la vérité usent encore d'une autre calomnie, pour renverser la prédestination : c'est que quand eUe est establie, toute solicitude et cure de bien vivre est abbatue. Car qui sera celuy, disent-ils, lequel oyant que la mort ou la vie luy est desja décrétée par le conseil immuable de Dieu, n'ait incontinent ceste pensée en l'entendement, qu'il ne peut challoir comment il vive, veu que la prédestination de Dieu ne peut estre empeschée n'advancée par ses œuvres? Ainsi chacun s'abandonnera, et se laissera transporter desordonnément par tout où sa cupidité le mènera. Ceste allégation n'est point du tout fausse : car il y a d'aucuns porceaux qui souillent la prédestination de Dieu de tels blasphèmes : et sous ceste couverture se moquent de toutes admonitions et remonstrances : Dieu sait bien ce qu'il a délibéré de faire une fois de nous. S'il a déterminé de nous sauver, il nous conduira à. salut en son temps : s'il a déterminé de nous damner, nous nous tormenterions en vain pour nous sauver. Mais l'Escriture en remonstrant combien nous devons en plus grande révérence et crainte penser de ce mystère, instruit les enfans de Dieu à un sens bien divers, et condamne la meschante audace et rage de telle manière de gens : car elle ne nous parle pas de la prédestination, pour nous faire enller de témérité, ou pour nous inciter à esplut^her par une hardiesse illicite les secrets inaccessibles de Dieu : mais plustost à ce qu'en humilité et modestie nous apprenions de craindre son jugement, et magnifier sa miséricorde: pourtant tous fidèles tendront à ce but. Le grondement de ces porceaux est bien rab- Ijalu par sainct Paul. Ils disent qu'ils ne se soucient de \i\ve dissoluement, à cause que s'ils sont du nombre des esleus, leurs vices ne les

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