CHAPITRE XXIII
cela mesme ne soit point de soy ^Tay-semblablo, (lue c'est par la seule permission, et non par l'ordonnance do Dieu, que l'homnie s'est acquis damnation : comme si Dieu n'avuit puint ordonné de quelle condition il vouloit que fust la principale et jilus noble tle ses créatures. Je ne doute point donc de simplement confesser avec sainct Au^aistin. que la volonté de Dieu est la nécessité de toutes choses, et qu'il faut nécessairement (|ue ce (pi'il a ordonné et voulu advienne, couuiie tout ce (ju'il a preveu advientlra certainement"^"'. Maintenant si les Pelagiens, ou Manichéens, ou Anabaptistes, ou Epicuriens (car nous avons alïaire à ces (juatrc sectes, en traitant de ceste matière) allej^uent pour leur excuse la nécessité, dont ils sont contraints par la prédestination de Dieu, ils n'amènent rien de propre à la cause. Car si la prédestination n'est autre chose que l'ordre et dùspensation de la justice divine, laquelle ne laisse point d'estre irrépréhensible combien qu'elle i^oit occulte : puis tiu'il est certain qu'ils n'estoyent pas indignes d'estre prédestinez à telle fui, il est aussi certain que la ruine en laquelle ils tombent par la prédestination de Dieu, est juste et eciuitable. Davantage, leur perdition procède tellement de la prédestination de Dieu, que la cause et matière en sera trouvée eu eux. Le premier homme est cheut, pource que Dieu avoit jugé cela estre expédient. Or pourquoy il l'a jugé, nous n'en savons rien. Si est-il neantmoins certain, qu'il ne l'a pas jugé sinon poarce qu'il voyoit que cela faisoit à la gloire de son Nom. Or quand il est fait mention de la gloire de Dieu, pensons aussi bien à sa justice: car il tant que ce qui mérite louange soit équitable. L'homme donc trebusche selon iju'il avoit esté ordonné de Dieu: mais il trebusche par son vice. Le Seigneur avoit prononcé un peu auparavant, toutes les choses qu'il avoit faites estre fort bonnes (Gen. 1, 31): dont vient donc la perversité de l'homme, sinon qu'il s'est destourné de son Dieu ? Afin qu'on ne pen.sast qu'elle vinst de sa création, le Seigneur avoit approuvé par son tesmoignage tout ce (|u'il avoit mis en luy. Il a donc par sa propre malice corrompu la bonne nature qu'il avoit receue du Seigneur. Et ainsi par sa clieute a tiré avec soy en ruine tout son lignage. Parquoy contemplons plustost en la nature corrompue de l'homme, la cause de sa "lamnation, laquelle luy est évidente, que de la chercher en la prédestination de Dieu, où elle est cachée et du tout incompréhensible. Et (ju'il ne nous face point mal de submettre justpic là nostre entendement a la .sagesse infinie de Dieu, qu'il luy cède en beaucoup de secrets. Car des choses qu'il n'est pas licite ne possible de savoir, l'ignorance en e^l docte : l'appétit de les savoir, est une espèce de rage.