‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 45 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

comme desfruiscmons prophanes. S'il n'est point licite de figurer Dieu par effigie corporelle, tant moins sera-il permis d'adorer une image pour Dieu ou d'adorer Dieu en icellc. Il reste donc qu'oune pcinde et qu'on ne taille sinon les choses qu'on voit à l'œil. Parainsi, que la majesté de Dieu, qui est trop haute pmir la veue humaine, ne soit point corrompue par lantosuies, ([ui n'ont nulle convenance avec elle. Quant à ce qui est licite de peindre ou engraver, il y a les histoires pour en avoir mémorial : ou bien ligures, ou medales de bestes, ou villes, ou pais. Les histoires peuvent profiter de quelque advertissement, ou souvenance qu'on en prend : touchant du reste, je ne voy i)oint à f[Uoy il serve, sinon à plaisir. Et toutesfois il est notoire que les images qu'on a en la Papauté sont quasi toutes de cestc façon : dont il est aisé de voir qu'elles ont esté dressées non point de jugement rassis et considéré, mais d'une sotte convoitise et desraisonnable. Je laisse à dire pour le présent combien elles sont faites mal à propos, quelles absurditez on y voit, et quelle licence les peintres et tailleurs se sont donnez k y faire des badinagesplus que ridicules, comme j'en ay desjcà touché : seulement je di, encores que ces vices n'y fussent point, qu'elles ne sont point faites pour enseigner.

13. Mais laissans ceste distinction, voyons comme en passant, s'il est expédient d'avoir des images aux temples de Chrestiens: soit qu'elles contiennent déclaration d'histoire, ou qu'elles monstrent seulement quelque effigie d'homme ou de femme. Pom' le premier, si l'authorité de l'Eglise ancienne a quelque vigueur entre nous, notons que par l'espace de cinci cens ans ou environ, du temps que la Chrestienté estoit en sa vigueur, et qu'il y avoit plus grande pureté de doctrine, les temples des Chrestiens ont communément esté nets et exemptez de telle souilleure. Ainsi, depuis que le ministère de l'Eglise s'est abastardi, on s'est avisé de forger des images pom' orner les temples. Je ne disputeray point quelles raisons ont eu les premiers autheurs de ceste invention : mais si on compare un aage avec l'autre, l'intégrité de ceux qui se sont passez d'images, mérite bien d'estre prisée au prix de la corruption qui est survenue depuis. Or je vous prie, qui est-ce (jui pensera que ces saincts Pères eussent privé à leur escient l'Eghse d'une chose, qu'ils eussent cognu luy estre utile et salutaire ? Mais aucontraire, pource (lu'ils voyoyent qu'il n'y avoit nuUe utilité, et dangier apparent de beaucoup de grans maux, ils l'ont rejettée par bonne prudence et avis, plustost que laissée par oubly ou nonchalance. Ce que sainct Augustin tesm.oigne clairement, en disant qu'on ne peut coUoquer les images en sièges hauts et honnorables, pour estre regardées de ceux qui prient et adorent, qu'elles

n'attirent les sens des infirmes, comme si elles avoyent sens etame.^" Item en un autre passage, ^^ La figure des membres humains (ju'on voit aux idoles, contraint l'esprit des hommes à imaginer qu'un corps qu'il voit semblable au sien, est vivant, etc. Item, Les simulacres ont plus de vertu à courber les povres âmes, en ce (pi'ils ont bouches, yeux, aureilles et pieds, qu'ils n'ont à les redresser, en ce qu'ils ne parlent, ne voyent, n'oyent et ne cheminent point. Et il est bien vray semblable que pour ceste cause S. Jean nous exhorte de nous garder non seulement de l'idolâtrie, mais aussi des idoles (1 Jean 5, 21). Et de faict, nous avons par l'horrible rage dont la religion a esté renversée par tout, expérimenté trop plus qu'il ne seroit de besoin, (juc si tost qu'il y a des images en un temple, c'est comme une baniere dressée pour attirer les hommes à idolâtrer. Car la folie de nostre entendement ne se peut tenir qu'elle ne décline et découle comme eau cà sottes dévotions et superstitieuses. Et encores que les dangers n'y fussent pas si apparens, si est-ce que quand je considère à quel usage les temples sont dédiez et ordonnez, il me semble que c'est chose mal séante à leur saincteté, qu'on y mette d'autres images que celles que Dieu a consacrées par sa paroUe, lesquelles ont sa vraye marque imprimée. J'enten le Baptesme et la saincte Cène du Seigneur, aveques les cérémonies : ausquelles noz yeux doivent estre si attentifs, et tous noz sens si bien affectionnez, qu'il ne soit plus question d'appeler images forgées à la fantasie des hommes. Voila le bien inestimable pour lequel les Papistes s'escarmouchent tant, qu'il leur semble qu'il n'y ait nulle recompense qui vaille un marmouset guignant de travers, et faisant la mine tortue.

14. Cest argument seroit desja assez amplement déduit, n'estoit que les Papistes nous barbouillent, mettans en avant le Concile de Nicene : non pas le grand Concile qui fut assemblé sous Constantin l'Empereur, afin que personne ne s'abuse au nom : mais un autre qu'assembla une meschante proserpine nommée Irène du temps de Charlemagne,il y a un peu plus de huit cens ans. Car il fut déterminé en ce Concile-là, que non seidement il estoit bon d'avoir des images, mais aussi qu'il les faloit adorer. Parquoy les Papistes nous pensent bien opprimer, faisans bouclier de l'authorité du Conçue. Ainsi il est besoin que je monstre combien cela doit et peut valloii' : mais pour dire vray. Une me chaut pas tant de repousser l'objection que nous font les Papistes, comme je désire que chacun voye à l'œil jusqu'où s'est desbordée la rage de ceux qui ont appeté d'avoir des images plus qu'il n'estoit permis à Chrestiens. Toutesfois depeschons ce point-là le premier : c'est que ceux qui trouvent les images bonnes, s'arment qu'il en a ainsi

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