CHAPITRE XI
esté déterminé en un Concile. Il y a un certain livre de réfutation conijiosé sous le nom de Cliarlemagne, lo(iuel par le style on peut facilement jufxer avoir esté eserit de ce temps-là nu'sme. ()r là sont recitées par le menu les opinions des Evestpies, avec les ar^'umens sur lesquels ils se fondoyent. Jean ambassadeur des Eglises Orientales, allef^ue le passage deMoyse, Dieu a créé l'homme à son image : dont il conclud, 11 faut donc avoir des images. Item, pource qu'il est eserit, Monstre-moy ta face, car elle est belle : un autre evesque vovdant i)rouver qu'on doit colloquer les images sur les autels, allègue la sentence de Jésus Christ, Que nul n'allume une lanqie pour la cacher sous un vaisseau. Un autre, pour prouver que le regard des images est utile, allègue ce verset du Pseaume, Seigneur, la clarté de ta face est inq)rimée sur nous. Un autre ameinc ceste similitude. Que connue les Patriarches ont usé des sacrifices des Payens : aussi qu'au lieu des idoles d'iceux les Chrestiens doivent avoir des images. Ils font aussi \enirà propos ce verset. Seigneur, j'ai aimé la beauté de ta maison. Mais sur tout ils donnent une exposition plaisante de ce qui est dit, (Connue nous l'avons ouy, nous l'avons veu: di.><ans qu'on ne cognoist pas Dieu seulement par ouir sa parolle, mais aussi par le regard des images. Il y a une subtilité aussi feriale d'un autre Evesque nonuné Théodore: Dieu, dit-il, est nommé merveilleux en ses Saincts: et il est dit en un autre passage. Aux Saincts qui sont en la terre : il faut donc contempler la gloire de Dieu aux images. J'ay si grand'honte certes de raconter telles vilenies, que je me déporte de passer outre.
la. Quand ce vient à parler de l'adoration, là ils amènent comment Jacob a adoré Pharaon, et la verge de Joseph. Item, qu'il a dressé un tiltre pour l'adorer. Or, en ceste dernière allégation, non seulement ils dépravent le sens de l'Escriture, mais ils produisent à fausses enseignes ce qui ne se lit mille ])art. Ils entassent puis après d'autres probatious aussi convenables, comme quand il est dit, Adorer le scabeau de ses pieds. Item, Adorer en sa montagne saincte. Item, Tous les riches supplieront devant ta face. Si quelcun par risée et moquerie vouloit faire jouer aux advocats des marmousets personnage de badins, il ne les pourroit faire parler plus sottement que font ces asniers. Mais encorcs pour faire la bonne bouche, Theodose, Evesque de Mire, conclud qu'on doit adorer les images, pource que son Archediacre l'a ainsi songé : et le dit
d'aussi grande asseurance, comme si Dieu estoit descendu du ciel pour le relever. Que maintenant les Papistes facent parades de ce vénérable Concile, comme si ces badaux et resvcurs ne se desnuoyent point de toute authorité, traittans si puérilement l'Escriture, ou la deschiraus d'une façon par trop meschante et détestable.
16. Je vien maintenant aux Ijlasphemes, lesquels c'est merveille qu'ils aycnt osé desgorger, et plus que merveille, qu'il ne leur ait point esté contredit, et qu'il ne se soit trouvé gens qui leur crachassent au visage. Or il est bon, comme j'ay dit, (luc telle infamie soit descouverte, non seulement pour oster aux Papistes la couleur dont ils se fardent, faisant semblant que l'ancienneté est pour eux : mais afin (pie tous soyent admonestez de l'horrible vengeance de Dieu, laquelle est tombée sur ceux qui ont introduit les idoles. Theodose, Evesque d'Amora, analhematizc tous ceux qui ne veulent point (ju'on adore les images. Un autre sien compagnon impute toutes les calamitez de Grèce et d'Orient, à ce qu'on ne les a point adorées. Ainsi voila tous les Prophètes, Apostres et MartvTS damnez, lesquels n'ont peu adorer les images, veu qu'ils n'en avoyent nulles. Un autre dit, (]ue si on fait perfum aux images de l'Empereur, (|u'il en faut bien ftiire autant, pour le moins, à celles des Saincts. Constance Evesque de Constance en Cji)re, se desborde d'une fureur diabolique, protestant de faire aux images le mesme honneur et égal, qui est dcu à la saincte Trinité : et quiconque refusera de le suivre, il l'anathematize, et l'envoyé avec les Manichéens et Marcionites : combien qu'il ne faut pas prendj-e cela comme l'opinion d'un seul homme, car tous disent Amen après luy. Sur cela, Jean ambassadeur des Eglises Orientales, s'eschaufant en plus grande colère, prononce (ju'il vaudroit mieux avoir tous les bordeaux du monde en une ville, que de rejetter le service des images. En la fin il est arresté d'un comnuin accord que les Samaritains sont pires (|uc tous les hérétiques : mais (pic ceux qui rejettent les images sont encore pires que les Samaritains. Ayans si bien opiné et conclud, pour le dernier Proficiat, ils chantent un Jubilé à tous ceux qui ont l'image de Christ et luy offrent sacrifice. Où est maintenant ceste belle distinction de Latrie et Dulie, sous ombre de laquelle ils pensent tromper Dieu et les hommes? Car le Concile sans rien excepter en donne autant aux simulacres qu'au Dieu vivant.