‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 451 sur 703 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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de l'Eglise qui les ont suyvis, ont fait tous les deux : c'est de traitter sainement de l'Election éternelle de Dieu, et d'entretenir les fidèles en reigie de saincte vie : qu'est-ce que ces nouveaux docteurs, estans contraints et convaincus par la vérité invincible, disent qu'il ne faut point prèscher au peuple la prédestination, encore que ce qu'on en dise soit vray? Mais (luoy qu'il en soit il la faut prescher, afin que ceux qui ont oreilles pour ouyr, oyent. Et qui est-ce qui les aura, sinon les ayant receues de celuy qui a promis de les donner? Or que celuy qui n'a pas receu un tel don rejette la bonne doctrine, moyennant que celuy qui l'a, l'accepte et en boive, qu'il en boive et en vive. Car comme il faut prescher les bonnes œuvres afin que Dieu soit deuement servy : ainsi faut-il prescher la prédestination, alin que celuy qui a oreilles pour ouvr se glorifie en Dieu, non pas en sov ^"° (Matth. 13, 9).

14. Neantmoins selon que ce sainct Docteur avoit un singulier désir d'édifier, il advertit de modérer tellement la façon d'enseigner ce qui est vray, qu'on se garde tant qu'il sera possible, de scandaliser. Car il remonsîre que ce qui se dit vrayement, peut bien estre conforme à l'utilité. Si quelcun parloit ainsi au peuple : Ce que vous ne croyez, c'est pource que vous estes prédestinez à périr, non seulement il nourriroit la paresse, mais aussi flatteroit la malice. Si quelcun passoit encore plus outre, en disant qu'en ne croyant point à î'advenir, ils monstreront qu'ils seront reprouvez, ce seroit maudire plustost qu'enseigner. Ainsi sainct Augustin veut bien que telles gens soyent rejettez, comme n'ayans nul goust, et mesmes troublans les sim-

ples : cependant il maintient que nul ne profite en la correction, sinon que celuy qui fait profiter mesmes sans correction, y aide par sa pitié. Or pourquoy il aide à l'un, et non pas à l'autre, ce n'est pas raison que l'argille en juge, et non pas le potier. Il aiJjouste puis après, Quand les hommes par le moyen de la prédication viennent ou retournent en la voye de justice, qui est-ce qui besongne en leurs cœurs pour leur donner salut, sinon celuy qui donne accroissement quand les ministres plantent et arrousent (1 Cor. 15, 10)? Or s'il luy plaist de sauver, il n'y a nul franc-arbitre qui luy résiste. Parquoy il n'y a doute que les volontez des hommes ne peuvent résister à ceUe de Dieu, (lequel fait tout ce qu'fi veut au ciel et en terre, et qui mesmes a fait ce qui est h venir) veu qu'il fait ce que bon luy semble des volontez des hommes. Item, ([uand il veut amener les hommes, les attache-il à des liens corporels ? Il tient les cœurs au dedans, il les pousse et les tire par leurs volontez lesquelles il a formées en eux. Mais ce qu'il adj ouste ne doit pas estre oublié, c'est, Pource que nous ne savons pas ceux qui appartiennent au nombre et à la compagnie des prédestinez, ou non, que nous devons estre affectionnez à souhaiter le salut de tous. Si ainsi est, nous tascherons de faire tous ceux que nous rencontrerons, participans de nostre paix. Au reste, elle ne reposera sinon sur ceux qui sont enfans de paix. Bref, entant qu'en nous est, nous avons à user de correction salubre et severe, comme de médecine, envers tous, k ce qu'ils ne périssent ou perdent les autres : mais c'est à faire à Dieu de rendre nostre correction utile à ceux qu'il à prédestinez.

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