CHAPITRE XXV
comment il veut d'une façon admirable ce qui semble aujourdhuy estre contraire à son vouloir. Ils amènent aussi des caviilations indignes de response : Puis que Dieu est Père de tous, ce n'est pas raison qu'il en déshérite nuls, sinon ceux qui de leur propre coulpe se sont desja rendus indignes de salut. Voire, comme si la libéralité de Dieu ne s'estendoitpasjusques aux chiens et aux pourceaux. S'il est (}uestion du genre humain. (|u'ils me respondent pouniuoy ■ Dieu s"est voulu allier à un seul peuple pour luy estre père, laissant les autres derrière : et pourquoy de ce peuple-là qu'il avoit choisi, il en a seulement réservé un petit nombre a soy comme la tleur. Mais l'appétit enragé de mesdire qui incite ces vilains, les empesche qu'ils ne peuvent considérer ce que tout le monde voit : assavoir que Dieu fait tellement luire chaque jour son soleil sur les bons et sur les mauvais (^latth. o, 45). que cependant il reserve l'héritage éternel au petit troupeau de ses esleus, ausquels il sera dit, Venez bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a esté appresté devant la création du monde (Mattli. 2o, ;U). Ils objettent plus outre, que Dieu ne hait rien de ce qu'il a lait. Ce que je lem' puis accorder sans prejudicier à ce que j'enseigne : assavoir, que les reprouvez
sont hais de Dieu, voire à bon droit : pource qu'estans destituez de son Esprit ils ne peuvent apporter que cause de malédiction. Ils se servent aussi trop sottement de ce propos, que la grâce de Dieu est indiileremment commune à tous, d'autant qu'il n'y a nulle diversité entre le Juif et le Gentil. Ce que je leur accorde derechef, moyennant que ce soit selon (pie sainct Paul le declaire, assavoir que Dieu appelle tant des Juifs que des Payons (Rom. 9, 2\) ceux que bon luy semble, .sans estre obligé à nul. Par cecy est aussi bien rabbatu ce (ju'ils allèguent, que Dieu a tout enclos sous péché, afin d'avoir pitié de tous (Rom. 11, ;{^). Ouy bien, pource (ju'il veut que le salut de tous soit attribué à sa miséricorde : combien qu'un tel bénéfice n'est pas commun à tous. Or quand on aura amené beaucoup de raisons, et débattu d'un costé et d'autre, si nous faut-il venir à ceste conclusion, d'estre ravis en estonnement avec sainct Paul : et si les langues desbordées jettent leurs brocards à rencontre, que nous n'ayons point honte de nous escrier, 0 homme, qui es-tu, pour plaider contre Dieu (Rom. 9, 20) ? Car sainct Augustin dit bien vray, que ceux qui mesurent la justice de Dieu à la proportion de celle des hommes, font trop perversement "*.