‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 462 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

que c'est que Dieu fait tousjours, et par tout, et en tous : mais advertit qu'il nous luy faut laisser en sa liberté d'attirer les Rois, Princes et Magistrats à obéir à sa doctrine : combien que pour un temps ils soyent comme enragez contre icelle, pource qu'ils sont aveugles errans en ténèbres. Il sembleroit bien de prime face, que le passage de sainct Pierre nous fust contraire: c'est que Dieu ne veut point que personne périsse, mais qu'il reçoit tous à pénitence (2 Pierre 3, 9) : sinon qu'en ce dernier mot le nœud est solu, veu qu'on ne peut dire que Dieu veuille recevoir à repentance, sinon à la façon qui est monstrée par toute l'Escriture. Certes la conversion des hommes est en sa main. Qu'on l'interrogue s'il les veut tous convertir, veu qu'il promet seulement à un petit nombre de leur donner un cœur de chair, laissant les autres avec leur cœur de pierre (Ezech. 36, 26). Vray est que s'ils n'estoit prest et appareillé de recevoir ceux qui ont leur refuge à sa miséricorde, ceste sentence ne consisteroit pas. Convertissezvous à moy, et je me convertiray à vous (Zach. 1, 3). Mais je dy que nul n'approche jamais de Dieu,' sans estre prévenu et attiré de luy. Et de fait, si la pénitence estoit au propre mouvement et arbitre de l'homme, sainct Paul ne diroit pas qu'il faut essayer si Dieu donnera repentance à ceux qui ont esté endurcis (2 Tim. 2, 2o)? Mesme si ce n'estoit Dieu qui attirast par secrète inspiration ses esleus à repentance, a laquelle il convie tout le monde, Jeremie ne diroit pas, Seigneur, converti-moy, et je seray converti. Car depuis que tu m'as converti, je me suis amendé (Jer. 31, 18).

16. Mais quelcun me dira : Si ainsi est, il y aura peu de certitude aux promesses Evangeliques, lesquelles en testiflant de la volonté de Dieu, declairent qu'il veut ce qui répugne à ce qu'il a déterminé en secret. Je respon que non. Car combien que les promesses de salut soyent universelles, toutesfois elles ne contrarient nullement à la prédestination des reprouvez, moyennant que nous regardions l'accomplissement d'icelles. Nous savons que les promesses de Dieu nous sont lors vallables, quand nous les recevons par foy : aucontraire, quand la foy est anéantie, qu'elles sont abolies. Si la nature des promesses est telle, regardons maintenant si elles contreviennent à la prédestination de Dieu : c'est qu'il est dit que Dieu a déterminé dés le commencement, lesquels il vouloit prendre en grâce, et lesquels il vouloit rejetter : et neantmoins qu'il promet indifféremment salut à tous. Je dy que cela convient iresbien. Car le Seigneur en promettant ainsi, ne signifie autre chose sinon que sa miséricorde est exposée à tous ceux qui la chercheront. Or nul ne la cherche, sinon ceux qu'il a illuminez. Finalement, il illumine ceux qu'il a prédestinez à salut. Or ceux-là expéri-

mentent la vérité des promesses seure et certaine : tellement qu'on ne peut dire qu'il y ait quelque contrariété entre l'élection éternelle de Dieu, et ce qu'il offre le tesmoignage de sa grâce à ses fidèles. Mais pourquoy nomme-il Tous iiommes ? c'est afin que les bonnes consciences j'eposent plus seurement : voyant qu'il n'y a nulle différence entre les pécheurs, moyennant (ju'on ait foy. Et d'autrepart, que les iniques n'allèguent point qu'ils n'ont nul refuge pour se retirer de leur misère : veu qu'ils le rejettent par leur ingratitude. Comme ainsi soit donc que la miséricorde de Dieu soit présentée aux uns et aux autres par l'Evangile, il n'y a que la foy, c'est à dire l'illumination de Dieu, qui discerne entre les fidèles et incrédules : h ce que les premiers sentent l'efficace de l'Evangile, les seconds n'en reçoyvent nulle utilité. Or ceste illumination a l'élection éternelle de Dieu pour sa reigie. La complainte et lamentation de Jésus Christ sur Jérusalem, assavoir qu'il a voulu amasser ses poucins, et qu'elle l'a refusé (Matth. 23. 37) : combien qu'ils en facent un grand bouclier, ne leur aide en rien. Je confesse que Jésus Christ ne parle point comme homme, mais qu'il reproche aux Juifs qu'ils ont refusé de tout temps sa grâce. Cependant nous avons à regarder quelle est ceste volonté de Dieu, de laquelle il fait mention. C'est chose toute patente, comment Dieu a soigneusement travaillé à retenir ce peuple-là. On sait aussi, comme estans addonnez à leurs concupiscences esgarées, ils ont résisté obstinément à n'estre point recueillis : mais il ne s'ensuit pas de là, que le conseil immuable de Dieu ait esté rendu frustraloire par la malice des hommes. Nos contredisans repli- (luent. qu'il n'y a rien moins convenable à la nature de Dieu, que d'avoir double volonté. Ce que je leur accorde, moyennant qu'ils sachent interpréter ce dire droitcment. Mais comment ne considerent-ils tant de passages, ausquels Dieu prenant en soy les affections des hommes, descend par manière de dire de sa majesté pour se conformer à nostre rudesse? Il dit par Isaie ([u'il a tendu les bras à ce peuple rebelle (Is. 6o, 2), qu'il s'est levé matin, et a veillé tard pour le réduire. S'ils veulent approprier tout cecy a Dieu, en rejettant la figure et façon de parler ([ue nous avons dite, ils ouvriront la porte à Ijeaucoup de contentions superflues, lesquelles se peuvent appaiser en un mot : c'est que Dieu transfère à soy par similitude ce qui est propre aux hommes. Combien que la solution que nous avons desja amenée suffise : c'est combien que ia volonté de Dieu soit diverse quant à nostre sens, que toutesfois il ne veut pas cecy et cela en soy, mais seulement rendre noz sens estonnez de la variété de sa sagesse (comme sainct Paul en parle) (Ephes. 3, 10), jusques à ce qu'il nous soit donné de comprendre au dernier jour,

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