‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 465 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

haut, et que rien ne les empesche ne retient icy bas, qu'il ne nous tirent et portent à la béatitude promise, ceste sentence est vrayement accomplie en nous, que nostre cœur est là ou est nostre thresor (Matth. G, 21). Et voila pourquoy la foy est si rare au monde: c'est (ju'il n'y arien plus difficile à nostre tardiveté, que de surmonter des obstacles infinis, pour continuer alaigrement nostre course, jusques à ce qae nous ayons obtenu la palme de la vocation céleste. Outre ce que nous sommes quasi opprimez de grande multitude de misères, nous sommes asprement tentez des moqueries de beaucoup de gaudisseurs, qui en plaisantant nous tiennent pour simples et sots, en ce que de nostre bon gré nous renonçons aux allechemens et délices présentes, pour parvenir à une béatitude (pii nous est cachée, comme si nous pourchassions une ombre laquelle nous eschappera lousjours. Bref, haut et bas, en face et à dos, à dcxtre et à gauche nous sommes assiégez et assaillis de tentations si gricves et violentes que nous ne serions pas pour les soustenir ne poury résister, si nous n'estions desveloppez des choses terrestres,,pour estre comme attachez à la vie celeste, laquelle semble estre fort loing de nous. Panjiioy nul n'a dcuementne fermement profité en l'Evangile, s'il ne s'est accoustumé de méditer continuellement la resmTection bienheureuse.

2. Les Philosophes ont jadis fort curieusement disputé du souverain bien, et en ont debatu avec grande contradiction : nul toutcsfois, excepté Platon, ne s'est peu résoudre que le souverain bien de l'homme est d'estre conjoint à Dieu. Mais cependant il n'a peu gouster quelle estoit ceste conjonction. Dont il ne se faut csbahir: veu qu'il n'avoit rien apprins du vray bien, sans lequel eUe ne peut consister. Or quant à nous, desja en ce pèlerinage terrien nouscognoissons'quelle est la félicité unique et parfaite: mais entelle sorte, qu'il faut qu'elle enflambe journellement de plus en plus noz cœurs à la désirer, jusques à ce que nous soyons rassasiez de la pleine jouissance d'icelle. Voila pourquoy j'ay dit que nous ne pouvons recevoir aucun fruit des bénéfices de Jésus Christ, sinon en eslevanl noz esprits à la résurrection. Comme aussi sainct Paul propose ce but à tous fidèles, disant qu'il s'ell'orce à y tendre, et qu'il oublie tout le reste pour y parvenir (Phil. 3, 14). Et d'autant plus nous y devons-nous de nostre part esvertuer d'un cœur ardent, de pour que si nous sommes occupez au monde, nous recevions un povre salaire de nostre lascheté et paresse. Pourtant en un autre lieu il donne ceste marque aux fidèles : c"est que leur conversation est au ciel, dont ils attendent leur Sauveur (Phil. 3, 20). Et afin qu'ils ne soyent point debihtez ou lasches à courir, il leur donne toutes

créatures pour compagnes (Uom. 8, 19). Car comme ainsi soit qu'en tout le monde on voye des traces de ruine et désolation à cause du péché d'Adam, il dit que tout ce qui est au ciel et en la terre aspire avec travail à estre renouvelle. Car d'autant qu'Adam par sa cheute a dissipé le vray ordre et intégrité de nature, la servitude en laquelle toutes choses se voyent, leur est dure et grieve à porter. Non pas qu'elles ayent jugement ny intelligence : mais pourcc que naturellement elles appetent de retourner en Testât duquel elles sont decheutes. Parquoy sainct Paul leur attribue une douleur comme d'une femme (lui enfante : afin que nous qui avons receu les prémices de l'Esprit, ayons tant plus grand'honte de croupir en nostre corruption, et n'ensuyvre pas pour le moins les elemens insensibles, qui. portent la punition du péché d'autruy. Et afin de nous poindre plus au vif, il appelle l'advenement de Jésus Christ, Nostre rédemption. Il est bien vray que toutes les parties de nostre rédemption sont desja accomplies : mais pource que Jésus Christ ayant esté une fois olîert pour noz péchez, apparoistra derechef sans péché à salut (Hebr. 9, 28), de quelques misères que nous soyons accablez, ceste rédemption dernière nous doit soustenir jusqu'en la fin.

3. L'importance de la chose doit bien aiguiser nostre estude ; car ce n'est pas sans cause que sainct Paul remonstre, que si les morts ne resuscitent, tout l'Evangile n'est que fumée et mensonge (1 Cor. 15, 14) : pource que nostre condition seroit la pire d'entre les hommes mortels, d'autant que nous sommes exposez à la haine, reproches et vitupères de la pluspart du monde, sommes en hazard h chacune heure, niesmes sommes comme moutons qu'on meine à la boucherie (Rom. 8, 36 ; Ps. 44, 23). Et ainsi l'authorité de l'Evangile seroit abbatue non-seulement en cest endroit, mais en toute sa substance, laquelle est comprinse tant en nostre adoption qu'en raccomplissement de nostre statut. Au reste, soyons tellement attentifs à une chose de si grand prix, que nulle longueur de temps ne nous y apporte ennuy pour nous en fascher. Pour laquelle raison j'ay différé de traiter de la résurrection jusqu'à présent, afin que les lecteurs apprennent, après avoir receu Jésus Ciirist pour autheur de leur salut parftiit, de s'eslever plus haut, et cognoistre qu'il a esté revestu d'immortalité et gloire céleste, afin que tout le corps soit conformé au chef. Comme aussi le sainct Esprit nous propose souvent l'exemple de la résurrection en la personne d'iceluy. C'est mie chose difficile à croire, que les corps estans consumez en pourriture doyvent resusciter en leur temps. Pourtant, combien que plusieurs des Philosophes ayent maintenu l'immortalité des âmes, la resurrecfion de la chair

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