CHAPITRE XXV
a esté approuvée de bien peu. El combien (lu'en cela ils ne soyent pointa excuser, touteslois nous sommes advertis (jue c'est une chose troj) liante pour attirer a soy les sens laiiaains. Or atin t|ue la t'oy puisse outrepasser un si grand empescbement, l'Escrituie M(ius dtnnu' ileu\ aides : l'une est en la similitude de Jésus Christ, l'autre en la puissance inlinie de Dieu. Maintenant toutes lois et (plantes (ju'on parlera de la résurrection, mettons-nous devant les yeux l'image de Jésus Christ, lequel a tellement ache\ é le cours de sa vie mortelle en la nature qu'il avoit prinse de nous, qu'estant fait immui'tel, il nous est un lion gage de nostre immortalité a venir. Car en toutes les misères dont nous sommes environez, nous portons sa mortilication en nostre chair, afin que sa vie soit manil'estée en nous (:2 Cor. 4, 10). Et de le séparer d'avec nous, il n'est pas licite, ne inesmes possible, (ju'on ne le descire. Dont procède cest argument de sainct Paul, que si les morts ne resuscitent point, Jésus Christ n'est resuscité non plus (1 Cor. l.'i, 1:5. 16): d'autant (ju'il prend ce principe pour résolu, que Jésus Christ n'a point esté asservy à la mort pour son utilité privée, et (}u'il n'a pas esté victorieux siu" icelle en resuscitant, pour son profit : mais que ce qui doit estre accomply en tous les membres, selon l'ordre et degré d'un chacun, a esté commencé au chef, (^ar de fait, ce ne seroit pas raison qu'ils hissent en tout et par tout égalez à luy. Il est dit au Pseaume, Tu ne soulTriras point que ton débonnaire voye corruption (Ps. 16, 10). Combien qu'une portion de ceste fiance nous appartienne selon la mesure qui nous est donnée, touteslois le plein effect n'en est apparu qu'en Jésus Christ, lequel a esté alTranchy de toute j)ourriture. pour rejjrendre son corps entier. Et afin qu'il n'y ait nulle ambiguïté ou scrupule, que Jésus Christ ne nous associe à sa résurrection, tellement ipie ce gage nous contente, sainct Paul notiunment prononce qu'il règne au ciel, et ([u'il viendra au dernier jour comme Juge, pour conformer nostre coips povre et conteinplible au sien glorieux (Phil. 3, -il). En l'autre passage (Col. a, 4) il monstre que Dieu n'a point suscité son Fils de la mort, pour mettre seulement en avant un chef d'œuvre de sa vertu, mais pour desployer une mesme efficace de son Esprit sur les fidèles. Parquoy il nomme cest Esprit, Vie, quand il habite en nous : pource qu'il nous est donné à ceste fin, de vivifier ce (pie nous avons de mortel. Je touche brièvement les choses qui se pourroyent bien déduire plus au long, et méritent bien d'estre ornées d'un plus haut stile : mais j'estime que les lecteurs Chrcstiens trouveront en cette brièveté assez de matière pour édifier leur foy. Jésus Christ donc est resuscité pour nous avoir compagnons de la vie future. Le Père l'a resuscité comme chef de l'Eglise, de
laquelle il ne soulïre nullement estre séparé. Il est resuscité en la vertu du .sainct Esprit, le(piel nous est commun avec luy quant a l'office de vivifier : bi'cf, il est resuscite pour nous estre résurrection et vie. Or comme nous avons dit (pie lums avons une image vive de nostre résurrection toute patente en ce miroir : aussi que ce nous soit un fondement certain pour appuyer noz esprits, afin ([ue la trop longue attente ne nous fasclie ou ennuyé : veu ([ue ce n'est pas à nous de mesurer les minutes des temps à nostre fantasie, mais d'attendre patiemment que Dieu selon son opportunité dresse et establisse son règne. A quoy tend ceste exhortation de sainct Paul, que Jésus Christ est les prémices : puis après ceux qui sont à luy, chacun selon son ordre (1 Cor. 15, %\). Au reste, afin qu'on n'esmeust point (jucstion ne doute de la résurrection de Jésus Christ, en laquelle celle de nous tous est fondée, nous voyons en combien de sortes il la nous certifie. Les gaudisseurs se pourront moquer du récit que font les Evangelistes, comme si c'estoyenl des contes de petis enfans. Car cpielle autliorité, disent-ils, a un message apporté par des femmes si effrayées que rien plus, et puis conformé par les disciples qui sont espcrdus de frayeur ? Pourquoy Jésus Chiist ii'a-il idustost tait les monstres et triomphes de sa victoire, au milieu du temple et aux places publiques ? Pouniuoy ne s'est-il présenté redoutable en majesté devant les yeux de Pilate ? Pounjuoy ne s'est-il monstre vivant aux sacrificateurs, et à toute la ville de Jérusalem f Bref, les hommes profanes n'accorderont point (lue les tesmoins (lu'il a esleus soyent coinpetens. Je respon, combien ([ue l'infirmité de ces commencemens fust contemptible. que neantmoins le tout s'est gouverné par une providence admirable de Dieu: afin que ceux qui avoyent un peu au paravant esté comme esvanouis de crainte, fussent attirez comme par force au sepulchre, partie par l'amour et zèle qu'ils avoyent envers leur maistre, partie par leur incrédulité : non seulement pour estre tesmoins d'une chose veue, mais aussi pour ouyr des Anges ce qu'ils voyoyent des yeux. Comment leur autliorité nous sera-elle suspecte, veu qu'ils ont tenu [lour fable ce que les femmes racontoyent, jusques à ce (ju'ils en ont eu plein regard ? Quant à Pilate^ aux sacrificateurs età tout le peuple, il ne se faut esbahir si après avoir esté tant et plus conveincus, ils sont pri\ ez tant de la présence de Jésus Christ, que de tous autres signes. Le sepulchre est cacheté, les gardes y font le guet, le corjis ne se trouve i)oint le troisième jour, les gendarmes estans corrompus par argent sèment le bruit qu'il a esté desrobé par ses disciples (Malth. 27, 66; :28, 11, etc.). Voire comme s'ils eussent eu moyen d'amasser quelque grosse bande, ou qu'ils fussent garnis d'armes, ou qu'ils fussent
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exercez à oser attenter un tel acte. Que si les gendarmes n'estoyent assez hardis pour les rebouter et chasser, que ne les poursuyvoyent-ils, afin d'estre secourus du peuple pour les prendre? Ainsi, à parler proprement, Pilate a scellé de son cachet la résurrection de Jésus Christ: et les gardes qui avoyenl esté establies au sepulchre, en se taisant ou en mentant ont esté faits heraus à pui)lier la résurrection. Ce pendant la voix des Anges a retcnty haut et clair, Il est resuscité, il n'est plus icy (Luc2'i, 6). La splendeur qui a reluy en eux a monstre clairement que c'estoyent Anges, non pas hommes mortels. Finalement, s'il y avoit encore quelque queue de doute, Jésus Christ mesme l'a ostée. Les disciples l'ont veu, et non pas pour un coup. Ils ont manié ses pieds et ses mains (Luc 24, 39): et leur incrédulité a grandement servi à confermer nostre foy. îl leur a familièrement parlé des secrets du royaume de Dieu (Act. 1, 3.9). Finalement ils l'ont veu de leurs propres yeux monter au ciel. Et non seulement les onze Apostres ont esté introduits à un tel spectacle, mais il a esté veu pour un coup de plus de cinq cens frères (;1 Cor. 13, 6). Outreplus, envoyant le sainct Esprit, il a donné certaine approbation non seulement de sa vie, mais aussi de son empire souverain : comme il avoit prédit. Il vous est expédient que je m'en aille, autrement le sainct Esprit ne viendra point (Jean 16. 7). Finalement, sainct Paul n'a pas esté abljatu au chemin de Damas par la vertu d'untrespassé : mais a «enty que celuy contre lequel il combatoiî. estoit armé de puissance souveraine (Act. 9, 4). Il est apparu à sainct Estienne à autre fin (Act. 7, 55) : c'est pour luy faire vaincre la crainte de mort par la certitude de sa vie. De ne vouloir adjouster foy h tant de tesmoignages et si authentiques, ce ne seroit pas seulement incrédulité, mais une obstination perverse, voire du tout furieuse.
4. Ce que nous avons dit, que pour estre certifiez de la résurrection il nous convient appliquer noz sens k la puissance infinie de Dieu, sainct Paul le declaire en peu de mots, disant que nous espérons qu'il transfigure nostre corps contemptible à son corps glorieux, selon l'efficace de sa vertu, par laquelle il se peut assujettir toutes choses (Phil. 3, 21). Et pourtant ce n'est pas raison de regarder icy ce qui se peut naturellement faire : veu qu'il est question d'un miracle qui engloutist par l'excellence de sa grandeur tous noz sens. Toutesfois sainct Paul use d'un exemple naturel pour redarguer la bestise de ceux qui nient la résurrection : Fol, dit-il, ce que tu semés ne cueille pointde vigueur, sinon qu'il soit mort auparavant (1 Cor. 13, 36). 11 veut que nous contemplions l'image de la résurrection en la semence, laquelle se produit de pourriture. Et de fait, la chose ne nous seroit
pas si difficile à croire, si nous esUons attentifs comme il seroit requis, à tant de miracles qui se présentent à noz yeux par toutes les régions du monde. Au reste, notons bien que nul ne sera jamais vrayement persuadé de la résurrection à venir, sinon qu'estant ravy en admiration, il donne a la vertu de Dieu la gloire qu'elle mérite. Parquoy Isaie estant animé de telle fiance s'escrie, Tes morts vivront, ils resusciteront, voire mon corps pourri. Esveillez vous et bénissez Dieu, vous qui habitez en la poudre (Is. 26, 19). Les choses estans désespérées tout à l'entour, il s'adresse a l'autheur de vie, lequel a en sa main les issues de mort, comme il est dit au Pseaume (Ps. 08, 21). Job aussi estant plus semblable à une povre charongne qu'a un homme, toutesfois s'appuyant sm' la puissance de Dieu ne doute point, comme s'il estoit en pleine et entière vigueur, se remettre à ce jour-la. Je say, dit-il, que mou iiedempteur vit, et qu'au dernier jour il se lèvera sur la poudre (assavoir pour y desployer sa vertu) et que derechef je seray vestu de ma peau, et veri ay Dieu en ma chair. Je le verray, et non autre (Job 19, 25). Car combien qu'aucuns destournent ces passages plus subtilement, connue s'ils ne devoyent point estre entendus de la résurrection : quoy qu'ils disent, ils coufermeut ce qu'ils veulent ruiner : d'autant que les Saincts ne cherchent meilleur allégement en leurs fascheries, que de la sinulitude de la résurrection. Ce qui sera encore mieux entendu par le passage d'Ezechiel. Car pource (lue les Juifs ne pouvoyent accepter la promesse de leur retour, mais objectoyent alencontre, qu'il n'estoit non plus vray semblable que le chemin leur fust ouvert, que défaire sortir les morts du sepulchre : une vision est donnée au Prophète, c'est qu'il y a un champ plein d'os tout secs, ausquels Dieu commande de reprendre chair, peau et nerfs (Ezech. 37, 8). Combien que Dieu sous ceste figure incite son peuple à bien espérer de sa rédemption, toutesfois il prenl l'argument d'espérance, de ce que son office est de resusciter les morts : comme aussi ce nous est le souverain patron de toutes les délivrances que les fidèles reçoivent au monde. Pourtant Jésus Christ après avoir dit que la parolle de l'Evangile a force de vivifier : d'autant que les Juifs rejettoyent cela bien loin, adjouste tantost après, Ne vous esbahissez pas de cela : car l'heure vient en laquelle tous ceux qui sont es sepulchres, orront la voix du Fils de Dieu, et en sortiront (Jean 5, 28. 29). Commençons donc à l'exemple de sainct Paul, de triompher desja au milieu de noz combats : d'autant que celuy qui nous a promis la vie à venir, est puissant pour garder nostre depost (2 Tim. 1, 12). Et ainsi, glorifions nous hardiment que la couronne de justice, laquelle le juste Juge nous rendra, nous est apprestée (2 Tim. 4, 8). Par ce