LIVRE IV
Eglise entièrement? Qu'est-ce que fuisoit sainct Paul en cest endroit, sinon de réduire plustost tout le peuple en bonne voye, que l'abandonner en extrême malédiction? Le revoltement qu'avoyent fait les Galatiens de l'Evangile (Gai. 1, 6 ; 3, 1 ; 4, 9), n'estoit pas une legiere faute. Les Corinthiens estoyent encores moins excusables qu'eux, d'autant qu'ils avoyent plus de vices et autant énormes (2 Cor. 12, 2i): neantmoins ne les uns ne les autres ne sont exclus de la bonté de Dieu. Mais aucontraire, ceux qui avoyent plus grièvement offensé que les autres par paillardise, impudicité et toute vilenie, nommément sont appeliez à repentance. Car l'alliance que nostre Seigneur a faite avec Christ et tous ses membres, demeure et demeurera tousjours inviolable : c'est assavoir quand il dit, S'il advient que ses enfans délaissent ma Loy, et ne cheminent point en mes préceptes, s'ils profanent ma justice, et ne gardent point ma doctrine, je visiteray avec verges leurs iniquitez, et leurs péchez avec chastiement: toutesfois ma miséricorde n'en départira point (Ps. 89, 31 — 34). Finalement par l'ordre du Symbole il nous est monstre que ceste grâce et clémence demeure et réside tousjours en l'Eglise : d'autant qu'après avoir constitué l'Eghse, la remission des péchez est consequemment adjoustée. Pourtant il faut qu'elle ait lieu en ceux qui en sont.
28. Aucuns un peu plus subtils, quand ils voyent la doctrine des Novatiens estre si clairement reprouvée par l'Escriture, ne font point chacun péché irrémissible, mais seulement les transgressions volontaires, esquelles un homme sera cheut de son propre seu et vouloir. Or en parlant ainsi, ils ne pensent point qu'aucun péché se remette, sinon celuy qui aura esté commis par ignorance. Mais puis que le Seigneur en la Loy a ordonné aucuns sacrifices pour effacer les péchez volontaires de son peuple, les autres pour purger les ignorances: quelle témérité est-ce de ne laisser nulle espérance de pardon à un péché volontaire? Je maintien qu'il n'y a rien plus clair que cela: c'est que le sacrifice unique de Jésus Christ a la vertu de remettre les péchez volontaires des fidèles, veu que Dieu par les hosties charnelles l'a ainsi tesmoigné, lesquelles en estoyent figures. Davantage, qui excusera David sous couleur d'ignorance, veu que c'est chose notoire qu'il estoil si bien instruit en la Loy ? Ne savoitil pas quel crime c'estoit d'adultère et homicide
luy qui les punissoit tous les jours en ses sujets? Les Patriarches pensoyent-ils que ce fust chose bonne et honneste de meurtrir leur frère ? Les Corinthiens avoyent-ils si mal profité, qu'ils estimassent incontinence, paillardise, haine, contention, estre plaisante à Dieu ? Sainct Pierre, après avoir esté si diligemment admonnesté, ignoroit-il quelle faute c'estoit de renoncer son maistre? Ne fermons point donc par nostre inhumanité la porte à la miséricorde de Dieu, laquelle si libéralement se présente à nous.
29. Ce ne m'est pas chose incogneue, qu'aucuns anciens Docteurs ont interprété les péchez qui se remettent journellement, estre les fautes légères qui surviennent par l'infirmité de la chair. Davantage, qu'il leur a semblé advis que la pénitence solenneUe, laquelle estoit lors requise pour les grandes otîenses, ne se devoit non plus réitérer que le Baptesme. Laquelle sentence ne se doit tellement prendre, comme s'ils eussent voulu jelter en desespoir celuy qui estoit retombé depuis avoir esté une fois receu à repentance: ou bien qu'ils'eussent voulu amoindrir les fautes quotidiennes, comme petites devant Dieu. Car ils savoyent bien que les saincts trebuschent ou chancellent souvent en quelque infidélité, qu'il leur advient de jurer sans mestier, de se courroucer outre mesure, voire aucunesfois venir jusques à injures manifestes, et choir en d'autres vices que nostre Seigneur n'a pas en petite abomination: mais ils usoyent de ceste manière de parler, afin de mettre différence entre les fautes privées, et les crimes publiques qui emportoyent grans scandales en l'Eglise. Davantage, ce qu'ils pardonnoyent avec si grande difficulté à ceux qui avoyent commis quelque cas digne de correction Ecclesiasfique, n'estoit pas qu'ils pensassent les pécheurs obtenir difficilement pardon de Dieu: mais par telle sévérité ils vouloyent donner frayeur aux autres, afin qu'ils ne cheussent point en telles offenses dont ils méritassent d'estre excommuniez de l'Eglise. Combien que la paroUe de Dieu, laquelle nous devons seule icy tenir pour nostre reigle, requiert une plus grande modération et humanité. Car elle enseigne que la rigueur de la discipline Ecclésiastique ne doit point aUer jusques là, que celuy dont on doit chercher le profit, soit accablé de tristesse: comme nous avons plus amplement monstre cv dessus.