‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 485 sur 703 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

^'ine de l'Ej^^lise, les Patriarches estoyent cireonris, reoeuz en l'alliance de Dieu : et n'y a point de doute qu'ils ne lussent aussi enseij^nez par leur père de suy\Te justice et intégrité, quand ils conspirèrent à tuer leur frère ; c'estoit un crime abominable, voire aux plus désespérez brigans du monde. En la lin estans adoucis par l'admonition de Judas, ils le vendirent (Gen. 'M, 18. 28): mais c'estoit encore une cruauté intolérable. Symeoa et l.evi meurtrirent tout le peuple de Sichem, pour faire la vengeance de leur sœur: laquelle ne leur estoit licite, et de l'ait fust condamnée par leur père (Gen. 34, io. :k)j. Ruben commit un inceste exécrable avec la femme de son père (Gen. 35, 2:2). Judas voulant paillarder contrevient à l'honnesteté de nature, ayant compagnie de sa bcUe-lille (Gen. 38, 18). Or tant s'en faut qu'ils soyent ett'acez d'entre le peuple esleu. ({u'ils sont aucontraire constituez pour chefs. Que dirons-nous de David ? lequel estant chef de justice, combien oil'ensoit-il grièvement, voulant satisfaire à sa paillardise en espandant le sang innocent (2 Sam. H, 4. lo)? Il estoit desja régénéré, et avoit eu mesmes par dessus les autres enfans de Dieu excellent tesmoignage. Il commit neantmoins une mesclianceté, dont les Payens mesmes eussent eu horreur: cela ne fait point qu'il n'obtienne mercy (2 Sam. 12, 13). Et afin de ne nous arrester par trop aux exemples particuliers, combien avonsnous de promesses de la miséricorde de Dieu envers les Israélites ? Combien de fois y est-il monstre que le Seigneur leur a tousjours esté propice? Car qu'est-ce que promet Moysc au peuple, quand il se retournera à Dieu après avoir décliné en idolâtrie, et abandonné le Dieu vivant ? Le Seigneur, dit-il, te retirera de captivité, et aura pitié de toy, et te rassemblera d'entre le peuple où tu auras esté dispersé. Si tu estois espars aux quatre bouts du monde, il te recueillera (Deut. 30, 3. 4).

25. Mais je ne veux point commencer à faire un récit qui n'auroit jamais fin. Car les Prophètes sont pleins de telles promesses, esquelles ils présentent miséricorde au peuple qui avoit commis crimes infinis. Quelle iniquité y a-il plus grieve que rébellion ? Pour ceste cause elle est nommée Divorce entre Dieu et son Eghse; et neantmoins icelle est pardonnée par la bonté de Dieu. Qui est l'homme, dit-il par la bouche de Jeremie, duquel si la femme s'abandonne a paillardise, il la vueille après recevoir? Or tous les chemins sont infects de tes paillardises, peuple de Judée, la terre en est toute pleine : neantmoins retourne toy à moy, et je te recevray. Hevien à moy, peuple rebelle et obstiné, je ne destourneray point ma face de toy : car je suis sainct, et ne sera point mon courroux perpétuel (Jer. 3, 1. 2. 12). Et certes il n'y pourroit avoir autre affection en celuy qui dit qu'il ne désire

pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et vive (Ezech. 18. 23. 32). Pourtant Solomon, en dédiant le Temple le destinoit a cesl usage, que les oraisons faites pour obtenir pardon des péchez y fussent exaucées: Quand tes enfans, dit-il, auront péché (comme il n'y a nul homme qui ne pèche) et qu'en ton ire tu les ayes livrez à tes ennemis, et puis (pi'ils se soyent repentis en leurs co'urs, et estans convertis te i)rient en leur captivité disans. Seigneur, nous avons péché, et avons mal vescu : et qu'ainsi supplians, ils regardent vers la terre que tu as donnée à leurs pères, et vers ton sainct Temple où nous sommes : tu exauceras du ciel leurs prières, et seras propice à ton I)euple lequel t'aura olîensé: et luy i)ardonneras toutes les transgressions qu'il aura commises contre toi (1 Rois 8, 46 — 49). Ce n'a pas aussi esté en vain, que Dieu en sa Loy a ordonné sacrifices ordinaires pour les péchez entre son peuple (Nomb. 28, 3) : car s'il n'eust cogncu que ses serviteurs sont assiduelleinent entachez de vices, il ne leur eust point baillé ce remède.

26. Or je demande si par la venue de Christ en laquelle toute plénitude de grâce a esté desployée, cela a esté osté aux fidèles, de n'oser plus prier pour obtenir pardon de leurs fautes: et quand ils auront offensé Dieu, de ne trouver nulle miséricorde. Et que seroit cela à dire autre chose, sinon que Christ est venu pour la ruine des siens, plustost que pour leur salut, si la bénignité de Dieu, qui estoit tousjours appareillée aux saincts en l'ancien Testament, est maintenant osté du tout ? Mais si nous adjoustons foy à l'Escriture, laquelle crie haut et clair que la grâce de Dieu et l'amour qu'il porte aux hommes est pleinement apparue en Christ, que les richesses de sa miséricorde ont esté en luy desplovées, et la reconciliation avec les hommes accomphe (Tite 2, 11 : 3, 4 : 2 Tim. 1, 9), il ne nous faut douter que sa clémence ne nous soit maintenant plustost exposée en plus grande abondance, qu'accourcie et diminuée. De quoy aussi nous avons les exemples a l'œil. Sainct Pierre, qui avoit ouy de la bouche de Jésus Christ, que quiconque ne confesseroit son nom devant les hommes, ne seroit point de luy recognu devant les Anges du ciel (Matth. 10, 33 ; Marc 8, 38), le renonça trois fois, voire avec blasphème mesme (Matth. 26, 69 — 74): neantmoins il n'est point débouté d'avoir grâce. Ceux qui vivoyent desordonnément entre les Thessaloniciens, sont teUement chastiez de sainct Paul qu'il les convie à repentance (2 Thess. 3, 6. 11. 12. 14). Mesme sainct Pierre ne met point en desespoir Simon le Magicien, mais plustost luy donne bonne espérance, luy conseillant de prier Dieu pour son péché (Act. 8, 22).

27. Qui plus est, n'y a-il pas eu de grosses fautes, qui ont autresfois occupé toute une

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