LIVRE IV
entre eux. Ils reviennent donc à ce poinct-Là, qu'ils ont la \Taye Eglise, d'autant que jamais elle n'a esté destituée d'Evesques, depuis qu'elle a commencé d'estre, veu que les uns ont succédé aux autres par un ordre perpétuel. ^lais que sera-ce, si je leur allègue d'autre costé la Grèce? Je leur demande donc derechef, pourquoy c'est qu'ils disent que l'Eglise est perie en (irece : entre lesquels ceste succession, laquelle selon leur fantasic est le seul moyen de conserver l'Eglise, n'a jamais cessé, mais a tou.sjours duré sans interruption ? Ils font les Grecs schismatiques. A quel tiltre ? Pourtant, disent-ils, qu'en se révoltant du sainct siège Apostolique de Rome, ils ont perdu leur privilège. Mais quoy? ceux qui se révoltent de Jésus Christ, ne meritent-ils pas beaucoup plus de le perdre ? De là il s'ensuit que la couverture qu'ils prétendent de leur succession, est vaine, sinon qu'ils retiennent la vérité de Jésus Christ en sou entier, selon qu'ils l'ont receue des Pères.
3, Ainsi il appert que les défenseurs de l'église Romaine ne prétendent aujourdhuy autre chose que ce qu'amenoyent anciennement les Juifs, quand les Prophètes de Dieu les redarguoyent d'aveuglement, d'impiété et idolâtrie. Car comme iceux se vantoyent du Temple, des cérémonie'^ et de Testât de prestrise, ausquelles choses ils pensoyent que l'Eglise fust située: pareillement ceux-cy, au lieu de l'Eglise nous mettent en avant je ne say quelle masques, lesquelles souvent peuvent estre où l'Eglise ne sera point, et sans lesquelles l'Eglise peut trèsbien consister. Pourtant il ne me faut user d'autre argument pour les repousser, que de celuy dont usoil Jeremie pour abattre ceste vaine confiance des Juifs : assavoir qu'ils ne se glori. fient point en paroUes de mensonge, disant, C'est le temple du Seigneur, c'est le temple du Seigneur, c'est le temple du Seigneur (Jer. 7, i). Car Dieu ne recognoit point pour son temple, un lieu où sa parolle ne soit ouye et honnorée. Pour ceste cause, combien que la gloire de Dieu fust anciennement au temple entre les Chérubins (Ezech. 10, 4), et qu'il eust promis d'avoir Là son siège perpétuel, neantmoins quand les sacrificateurs eurent corrompu son service par superstitions, il s'en départit et laissa le lieu sans aucune gloire. Si ce temple-là, lequel sembloit advis estre dédié à une perpétuelle résidence de Dieu, a peu estre abandonné de luy et devenir profane, il ne nous faut point imaginer que Dieu soit tellement attaché aux lieux ou aux personnes, ou lié à des cérémonies externes, qu'il soit comme contraint de demeurer avec ceux qui ont seulement le tiltre et apparence d'Eglise (Rom. 9, 6). Et c'est le combat qu'a sainct Paul en l'epistre aux Romains, depuis le neufieme chapitre jusques au douzième. Car cela troubloit fort les consciences infirmes,
que les Juifs, qui sembloyent estre le peuple de Dieu, non seulement rejettoyent l'Evangile, mais aussi le persecutoyent. Pourtant après avoir traité la doctrine, il respond à ceste difficulté, en niant que les Juifs qui estoyent ennemis de la vérité, fussent l'Eglise : combien que rien ne leur defaillist de tout ce qui est requis en apparence extérieure : et n'allègue autre raison que ceste-là, pource qu'ils ne reçoyvent point Jésus Christ. Il parle encore plus expressément en l'epistre aux Galates, où en faisant comparaison d'Isaac avec Ismael, il dit que plusieurs occupent lieu en l'Eglise, ausquels toutesfois l'héritage n'appartient point, pource qu'ils n'ont point esté engendrez d'une mère franche et libre. Et de là il descend à mettre en avant deux Jérusalem opposites f une à l'autre (Gai. 4, 22 etc.) : pource que comme la Loy a esté publiée en la montagne de Sinai, et FEvangile est sorti de Jérusalem, aussi plusieurs estans nais et nourris en doctrine servile, se vantent hardiment d'estre enfans de Dieu et de FEglise, mesmes n'estans que semence bastarde, mesprisent les vrays enfans de Dieu et légitimes. Or quant à nous, puis qu'il a esté une fois prononcé du ciel, Que la chambrière soit exterminée avec ses enfans (Gen. 21, 10) : estans munis de ce décret inviolable, foulions aux pieds toutes leurs sottes vanteries. Car s'ils s'enorgueillissent en leur profession externe, Ismael de son costé estoit circonci : s'ils se fondent sur l'ancienneté, il estoit premier nay de la maison d'Abraham : nous voyons toutesfois qu'il en est retranché. Si on demande la cause, sainct Paul nous l'assigne (Rom. 9, 6) : c'est que nous ne devons reputer pour droits enfans de Dieu, sinon ceux qui sont engendrez de la pure semence de la Parolle, pour les rendre légitimes. Selon ceste raison, Dieu declaire (Mal. 2, 4) qu'il n'est nuUement obligé aux meschans sacrificateurs : veu qu'il avoit faict paction avec leur père Levi, qu'il luy serviroit d'Ange ou messager. Mesmes il retourne contre eux leur fausse gloire, en laquelle ils s'eslevoyent contre les Prophètes : c'est que la dignité de prestrise doit estre singulièrement prisée et honnorée. Ce qu'il leur confesse volontiers : mais c'est pour rendre leur cause tant pire, veu qu'il est prest de garder fidèlement ce qu'il a promis de son costé. Mais eux n'en tiennent conte : et ainsi méritent par leur déloyauté d'estre rejetiez. Voyla que vaut la succession des pères aux enfans, s'il n'y a un train continuel et conformité, qui monstre que les successeurs ensuyvent ceux qui les ont précédez. Quand cela n'y est point, il faut que ceux qui seront convaincus de s'estre abastardis de leur origine, soyent déboutez de tout honneur : sinon qu'on vueille donner le tiltre et l'authorité de l'Eglise à la synagogue si perverse et meschante comme elle estoit du temps de