CHAPITRE II
Jésus Christ, sous ombre que Caiphe avoit succédé à beaucoup de bons sacrificateurs, mesmes que depuis Aaron jusques à luy l;i surcession avoit persévéré. Or tant s'en l'aut (|ue cela ait lieu, ([ue mcsnies aux gouverueniens terrestres il ne seroit point supportable. Comme il n'y a nul propos de dire que la tyrannie de Caligula, Néron, Heliogabale et leurs sendjlables, soit le vray estât de la cité de Rome, pource qu'ils ont succédé aux bons gouverneurs qui estoyent establis par le peuple. Sur tout il n'y a rien plus frivole, que d'amener pour le régime de l'Eglise la succession des personnes, en oubliant la doctrine. Et nïesmes les saincts Docteurs, lesquels ces canailles nous objectent faussement, n'ont rien moins prétendu que de vouloir prouver qu'il y eust droit héréditaire d'Eglise par tout où les Evesques ont succédé les uns aux autres. Mais pource que c'estoit une chose notoire et sans doute, que depuis l'aage i\e<' Apostrcs jusques à leurs temps, il ne s'estoit fait nul changement de doctrine ny à Rome, ny aux autres villes : ils prennent cecy comme un principe suffisant à renverser tous erreurs qui s'estoyent eslevez de nouveau : c'est qu'ils estoyent repugnans à la vérité, laquelle avoit esté constamment gardée et maintenue d'un commun accord depuis le temps des Apostres. Ces brouillons donc ne profiteront rien, en fardant leur synagogue du filtre d'Eglise. De nostre part ce nom nous est honnorable : mais il est question de distinguer et savoir que c'est d'Eglise. En quoy non seulement ils se trouvent empeschez, mais plongez en leur bourbier : pource qu'au lieu de la saincte Espouse de Jésus Christ, ils nous supposent une paillarde puante et infecte. Or afin (ju'un tel desguisement ne nous trompe, ayons mémoire de cest advertissement de sainct Augustin entre beaucoup d'autres: c'est qu'il dit que l'Eglise est quelquefois obscurcie, et comme enveloppée des grosses nuées et espesses, sous multitude de scandales : quelque fois elle apparoist libre et tranquille : (jueique fois elle est troublée et couverte de grans flots d'afflictions et tentations ^ Et puis il produit pour exemple, (jue souvent ceux qui estoyent les plus fermes colomnes estoyent bannis pour la foy, ou bien se tenoyent cachez rà et la en régions escartées.
4. Semblablemcnt aujourdhuy les défenseurs du siège Romain nous importunent, et estonnent les rudes et ignorans du nom de l'Eglise : comme ainsi soit que Jésus Christ n'ait point de plus grans ennemis que le Pape et tous les siens. Combien donc qu'ils nous allèguent le temple, la prestrise, et toutes autres telles masciues, cela ne nous doit point esmouvoir pour nous faire concéder qu'il y ait Eglise où il n'y apparoist point de parolle de Dieu. Car voicy une enseigne perpétuelle, de laquelle le Seigneur a marqué les siens : Qui est de la vérité, dit-il, il oit
ma voix (Jean 18, 37). Item, Je suis le bon pasteur : je cognoy mes brebiz, et elles me cognoissent. Mes brebis oyent ma voix, et je les recognoy, et elles me suyvent (Jean 10, 11. il). Or un peu auparavant il avoit dit que les brebiz suyvent leur pasteur, d'autant qu'elles cognoissent sa voix (Jean 10, 4j: (ju'elles ne suyvent point un eslrangier, mais qu'elles s'enfuyent arrière, pource qu'elles ne cognoissent point la voix des estrangiers. Pourquoy donc erronsnous à nostre escient en cerchant l'Eglise, veu que Jésus (christ nous en a donné une marque (jui n'est point douteuse ? Laquelle ne nous peut tromper par tout où nous la verrons, qu'elle ne nous rende certains que • là il y a Eglise : comme par tout où elle n'est point, il n'y peut rien avoir qui nous donne vraye signification d'Eglise. Car sainct Paul dit que l'Eglise est fondée, non point sur l'opinion des hommes, non point sur la prestrise, mais sur la doctrine des Prophètes et des Apostres (Ephes. "2, 20). Qui plus est, il nous faut discerner Jérusalem de Habylone: l'Eglise de Dieu, de la congrégation des infidèles et meschans, par la seule dilîerence que Jésus Christ y a mise, en disant que celuy qui est de Dieu oit la parolle de Dieu : au contraire (jue celuy qui ne la veut point ouyr. n'est point de Dieu (Jean 8, 47). En somme, puis que l'Eghse est le règne de Christ, et qu'il est ainsi que Jésus Christ ne règne que par sa parolle : qui est-ce qui doutera que ce ne soyent parolles de mensonge, quand on veut faire accroire que le règne de Jésus Christ est où son sceptre n'est point ? c'est à dire ceste saincte parolle par laquelle seule il gouverne.
o. Touchant ce qu'ils nous accusent d'heresie et de schisme, pource que nous preschons une doctrine diverse de la leur, et n'obéissons point à leurs loix et statuts, et avons noz assemblées à part tant pour faire les prières publiques que pour administrer les Sacremens : c'est bien une grieve accusation, mais elle n'a point mestier de longue défense. On appelle hérétiques et schismatiques ceux qui en faisant un divorce en l'Eglise, rompent l'union d'iceUe. Or ceste union consiste en deux liens : assavoir qu'il y ait accord en saine doctrine, et qu'il y ait charité fraternelle. Pour laquelle raison sainct Augustin distingue entre les hereti(iues et schismatiques, disant que les premiers sont ceux qui corrompent la pure vérité par fausse doctrine : les secons sont ceux qui se séparent de la compagnie des fidèles, combien qu'ils ayent autrement convenance avec eux en la foy". Mais il faut aussi noter ce poinct, que la conjonction que nous devons avoir en charité, dépend tellement de l'unité de foy, que ceste-cy en est le fondement, la fin et la reigle d'icelle. Pourtant qu'il nous souvienne que quand l'unité de l'Eglise nous est recommandée de Dieu, par cela