‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 492 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Item, si ce sont Eglises, ceste promesse de Jésus Christ leur appartient, que tout ce qu'ils auront lié en terre sera lié au ciel (Matth. 1(5,19: 18,18; Jean 20, 23), etc. Or tous ceux qui font profession sans feintise d'estre serviteurs de Jésus Christ, en sont rejetiez. Paniuoy oula promesse de Jésus Christ scroit vaine, ou ce ne sont point Eglises: au moins selon ceste considération. Finalement, au lieu d'y avoir le ministère de la ParoUe, on n'y a que des escoles d'impiété, et un abvsme de toute espèce d'erreur. Parquoy encore ne sont-ce point Eglises quant à ce regard, où il n'y restera nulle marque par laquelle les sainctes assemblées des fidèles soyent discernées des conventicules des Turcs.

11. Toutesfois comme il y avoit encore pour lors quehiues prcrogatives appartenantes à l'Eglise, qui rcstoyent aux Juifs : aussi nous ne nions pas que les Papistes aujourdhuy n'ayent quelques traces qui leur sont demeurées par la grâce de Dieu, de la dissipation de l'Eglise. Dieu avoit une fois fait son alliance avec les Juifs, laquelle persistoit entre eux: estant plustost appuyée en sa propre fermeté, quepource qu'elle fust observée d'eux. Qui plus est, leur impiété estoit comme un empeschement, lequel il falloit qu'elle surmontast. Pourtant, combien que par leur deslovauté ils meritoyent bien que Dieu retirast son alliance d'eux, neantmoins selon qu'il est constant et ferme h exercer sa bonté, il continuoit tousjours de maintenir sa promesse entre eux. Ainsi la circoncision ne pouvoit tellement eslre souillée de leurs mains impures, qu'elle ne fust tousjours signe et sacrement de l'alliance de Dieu. Et pour ceste raison Dieu appeloit les enfans qui naissoyentde ce peuple-la, Siens (Ezech. 16, 20): lesquels n'eussent de rien appartenu à luy, sinon par une bénédiction spéciale. En ceste manière, d'autant qu'il a mis une fois son alliance en France, en Italie, en l'Alemagne et autres pays, combien que tout ait esté après oppressé par la tyrannie de l'Antéchrist : neantmoins afin que son alliance y demeurast inviolable, il a voulu que le Baptesme y soit demeuré pour tesmoignage d'icelle alliance: lequel d'autant qu'il est ordonné et consacré de sa bouche, retient sa vertu maugré l'impiété des hommes. Semblablement il a fait par sa providence, qu'il y demeurast aussi d'autres reliques, afm que l'Eglise ne perist point du tout. Et comme aucunesfois les bastimens sont démolis en telle sorte,

que les fondemens demeurent et quelques a])parences de la ruine : aussi nostre Seigneur n'a point permis que son Eglise fust tellement rasée ou destruite par l'Antéchrist, qu'il n'y demeurast rien de l'édifice. Et combien que pour se venger de l'ingratitude des hommes (|ui avoyent mesprisé sa paroUe, il ait permis qu'il se fist une horrible ruine, toutesfois il a voulu qu'il y demeurast encore quelque portion de reste, pour monument et enseigne que le tout n'estoit point aboly.

12. Pourtant quand nous refusons d'ottroyer simplement aux Papistes le filtre d'Eglise, nous ne leur nions pas du tout qu'ils n'ayent quelques Eglises entre eux: mais nous contcndons seulement du vray estât de l'Eglise, qui emporte communion tant en doctrine, qu'en tout ce qui appartient à la profession de nostre Chrestienté. Daniel et sainct Paul ont prédit que l'Antéchrist seroit assis au temple de Dieu (Dan. 9, 27; 2 Thess. 2, 4): nous disons que le Pape est le capitaine de ce règne maudit et exécrable, pour le moins en l'Eghse Occidentale. Puis qu'il est dit que le siège de l'Antéchrist sera au temple de Dieu, par cela il est signifié que son règne sera tel, qu'il n'abolira point le nom de Christ ne de son Eglise. De là il appert que nous ne nions point que les Eghses sur lesquelles il domine par sa tyrannie, ne demeurent Eglises : mais nous disons qu'il les a profanées par son impieté, qu'il les a affligées par sa domination inhumaine, qu'il les a empoisonnées de fausses et meschantes doctrines, et quasi mises à la mort : tellement que Jésus Christ y est à demy ensevely, l'Evangile y est sufibqué, la Chrestienté y est exterminée, le service de Dieu y est presque aboly : bref, tout y est si fort troublé, qu'il y apparoist plustost une image de Babylon, que delasaincte cité de Dieu. Pour conclusion, je dy que ce sont Eglises : premièrement, entant que Dieu y conserve miraculeusement les reliques de son peuple, combien qu'elles y soyent povrement dispersées. Secondement, entant qu'il y reste quelques marques de l'Eglise: principalement celles desquelles la vertu ne peut estre abolie, ne par l'astuce du diable, ne par la malice des hommes. Mais pource que de l'autre costé, les marques que nous avons principalement à regarder en ceste dispute, en sont effacées: Je dy qu'il n'y a point droite apparence d'Eglise, ny en chacun membre, ny en tout le corps.

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