CHAPITRE III
qui avoyent un office prochain à celuy des Apostres, combien qu'ils fussent inférieurs en dignité, comme ont esté Luc, Timothée, Tite et les autres semlilables. Possible que nous pourrons aussi bien mettre en ce reng les septante disciples que Jésus Christ esleut pour estre en second degré après ses Apostres (Luc 1(1, i). Si on reçoit ceste interprétation, comme je pense que c'est le vray sens de sainctPaul, ces trois offices n'ont pas esté ordonnez pour estre perpétuels en l'Eglise, mais seulement pour le temps qu'il falloit dresser les Eglises où il n'y en avoit point: ou bien qu'il falloit annoncer Jésus Christ aux. Juifs, afin de les amener à luy comme à leur Rédempteur. Combien que je ne nie pas que Dieu n'ait encore suscité des Apostres puis après, ou bien des Evangelistes en leur lieu, comme nous voyons qu'il a esté fait de nostre temps. (]ar il estoit mestier qu'il y en eust de tels pour réduire au droit chemin le povre peuple, qui s'estoit destourné après l'Antéchrist. Neantmoius je dy que c'est un office extraordinaire, pource qu'il n'a point de lieu où les Eglises sont deuement ordonnées. S'ensuyvent les Docteurs et les Pasteurs, desquels l'Eglise ne se peut jamais passer. Or je pense que c'est la dilîerence entre ces deux espèces, que les Docteurs n'ont point charge de la discipline, ne d'administrer les Sacremens, ne de faire les exhortations et remonstrances : mais seulement d'exposer l'Escriture, afin qu'il y ait tousjours saine doctrine et pure conservée en l'Eglise. Or la charge des Pasteurs s'estend à toutes ces choses.
o. Nous avons maintenant quels ont esté les offices ordonnez à un temps pour le régime de l'Eglise et quels ont esté ceux qui ont deu durer à tousjours. Si nous voulons conjoindre les Evangelistes avec les Apostres, pour en faire une seule espèce, il nous restera deux couples correspondantes l'une à l'autre. Car telle similitude qu'ont les Docteurs avec les Prophètes, est des Apostres avec des Pasteurs. L'office des Prophètes a esté plus excellent, à cause du don singulier de révélation qui leur estoit fait : mais l'office des Docteurs a du tout une mesme fin, et s'exerce quasi par un mesme moyen. Ainsi, les douze Apostres que Jésus Christ esleut pour publier son Evangile par tout le monde, ont excédé tous les autres en dignité et en ordre. Car combien que selon la déduction du mot, tous ministres de l'Eglise se peuvent nommer Apostres (Matth. 10, 1; Luc 6, 13), d'autant qu'ils sont envoyez de Dieu, et sont ses messagiers, toutesfois pource qu'il estoit bien requis que la vocation de ceux qui devoyent mettre en avant l'Evangile, du temps qu'il estoit nouveau, fust approuvée par certain tesmoignage, il convenoit que ces douze-là qui avoyent telle commission, et sainct Paul qui a esté puis après adjousté à
leur compagnie (Gai. 1, 1 : Act. 9, 15), fussent ornez d'un tiltre excellent par dessus les autres. Sainct Paul lait bien cest honneur à Andronique et Junie, de les nommer Apostres, voire excellons entre les autres (Rom. 16, 7) ; mais quand il veut parler proprement, il n'attribue ce nom qu'a ceux (pii avoyent telle prééminence que nous avons dite : et tel est l'usage commun de l'Escriture. Toutesfois les Pasteurs ont une semblable charge qu'estoit celle des Apostres, excepté que chacun d'eux a son Eglise limitée. 11 est mestier d'exposer plus clairement que cela veut dire.
6. Nostre Seigneur envoyant ses Apostres, leur commanda, comme dit a esté, de prescher l'Evangile, et de baptiser tous croyans, en la remission des péchez (Matth. 28, 19). Or auparavant il leur avoit ordonné de distribuer à son exemple le sacrement de son corps et de son sang (Luc 22, 19). Voila une loy inviolable qui est imposée à tous ceux qui se disent successeurs des Apostres, laquelle ils doyvent observer à perpétuité : c'est de prescher l'Evangile et administrer les Sacremens. Dont je conclu que ceux qui négligent l'un et l'autre, faussement prétendent d'estre en Testât Apostolique. Que dirons-nous des Pasteurs ? Sainct Paul ne parle point de soy : mais d'eux trestous, quand il dit, Qu'on nous estime comme serviteurs de Christ, et dispensateurs des mystères de Dieu (i Cor. 4, 1). Item, en un autre passage, 11 faut (lu'un Evesque soit diligent observateur de la doctrine de vérité, afin qu'il puisse exhorter le peuple par saine doctrine, et redarguer tous contredisans (Tite 1, 9). De ces deux sentences et des autres semblables, nous pouvons inférer que l'office des Pasteurs contient ces deux parties : assavoir, d'annoncer l'Evangile et administrer les Sacremens. Or la façon d'enseigner n'est pas seulement de prescher en public, mais appartient aussi aux admonitions particulières. Pourtant sainct Paul appelle les Ephesiens en tesmoins qu'il n'a point fuy qu'il ne leur ait annoncé tout ce qui leur estoit expédient de savoir, les enseignant en public et par les maisons, recommandant aux Juifs et aux Gentils pénitence etfoy en Jésus Christ (Act. 20, 20. 21). Item, un peu après il proteste qu'il n'a cessé d'admonnester un chacun d'eux avec larmes (Act. 20, 31). Or mon intention n'est pas de raconter icy toutes les vertus d'un bon Pasteur, mais seulement de monstrer en bref quelle profession font ceux qui se nomment Pasteurs, et veulent estre tenus pour tels : c'est de tellement présider en l'Eglise, qu'ils n'ayent point une dignité oysive, mais qu'ils instruisent le j)euple en la doctrine Chrestienne, qu'ils administrent les Sacremens, et qu'ils corrigent les fautes par bonnes admonitions, usans de la discipline paternelle que Jésus Christ a ordonnée. Car Dieu