‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 495 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

dénonce à tous ceux qu'il met pour faire le guet en l'Eglise, que si quelcun perist en son ignorance par leur négligence, qu'il en requerra le sang de leurs mains (Ezech. ;i, 17). Semblablement ce que dit sainct Paul leur compete à tous : assavoir (ju'ils sont maudits s'ils ne presclient l'Evangile, veu que la dispensation leur en est commise (1 Cor. 9, 16). Finalement, ce que les Apostres ont fait par tout le monde, un chacun Pasteur est altenu de le faire en son Eglise, à la(iuelle il est député.

7. Combien qu'en assignant i\ un chacun son Eglise, nous ne nions point que celuy qui est lié en un lieu no puisse bien ayder les autres Eglises, soit qu'il y survinst quelque tumulte lequel peut estre appaisé par sa présence, soit qu'on vousistuser de son conseil en quelque difficulté. Mais pource que ceste police est nécessaire pour entretenir la paix des Eglises, assavoir qu'un chacun sache sa charge, afm qu'il ne courent tous en un lieu pour troubler l'un l'autre, et que de là n'advienne confusion : semblablement que ceux qui ont plus de soin de leur aise ou de leur profit que de l'édification de l'Eglise, n'abandonnent leur lieu à leur fantasie, ceste division des places se doit communément observer tant qu'il est possible, afm qu'un chacun se tenant en ses limiies, ne s'ingère point d'usurper la charge des autres. Et cela n'est point inventé des hommes, mais est institué de Dieu mesme. Car nous lisons que sainct Paul et Barnabas ont ordonné des Prestres par toutes les Eglises de Lystre,d'Antioche et d'Iconie (Act. 14, 23). Aussi sainct Paul commande à Tite d'ordonner des Prestres en chacun lieu (Tite 1, o). Suyvant cela il fait mention des Evesques de Philippes (Phil. 1, 1) : et en un autre passage, d'ArchippusEvesque des Golossiens (Col. 4, 17). Pareillement sainct Luc recite la prédication qu'il fit aux Prestres de l'Eglise d'Ephese (Act. 20, 18 etc.), Pourtant quiconque aura prins la charge d'une Eglise, qu'il sache qu'il est obligé a la servir selon la vocation de Dieu : non pas qu'il soit là tellement attaché qu'il n'en puisse jamais bouger, quand la nécessité publique le requerroit, moyennant que cela se face par bon ordre : mais j'enten que celuy qui est appelle en un lieu, ne doit plus penser de changer et prendre de jour en jour nouvelle délibération, selon que sa commodité le portera. Secondement, (juand il seroit expédient que quelcun changeast déplace, j'enten qu'il ne doit point attenter cela de sa propre teste, mais qu'il se doit reigler par l'authorité publique de l'Eglise.

8. Au reste, ce que j'ay nommé indilTeremment ceux qui ont le gouvernement de l'Eglise, Evesques, Prestres, Pasteurs et Ministres, je l'ay fait suyvant l'usage de l'Escriture, laquelle prend tous ces mots pour une chose. Car tous ceux qui ont charge d'administrer la ParoUe, sont là

nommez Evesques. En ceste manière sainct Paul, après avoir commandé à Tite d'ordonner des Prestres en chacun lieu, adjouste quant et quant, Car il faut que l'Evesque soit irrépréhensible (Tite 1,3. 7). Suyvant cela il salue les Evesques de Philippes (Phil. 1, 1), comme estans plusieurs en un mesme lieu. Et sainct Luc, après avoir dit que sainct Paul convoqua les Prestres d'Ephese, les nomme puis après Eves- (lues (Act. 20, 17. 28). Or nous avons icy à noter, que jusques à ceste heure je n'ay parlé que des offices qui consistent en l'administration de la ParoUe : comme aussi sainct Paul ne fait mention que de ceux-là en ce chapitre quatrième des Ephesiens que j'ay allégué. Mais en l'Epistre aux Romains, et en !a première aux Corinthiens il en recite d'autres, comme les puissances, les dons de guérir maladies, les gouvernemens, l'interprétation, la charge de soliciter les povres (Rom. 12, 7. 8; 1 Cor. 12, 28) : desquels nous laisserons là ceux qui n'ont esté que pour un temps, pource qu'il n'est ja besoin pour le présent de nous y arrester. Tl y en a deux espèces qui durent à perpétuité [ assavoir, les gouvernemens et lasolicitude des povres. Or j'estime qu'il appelle Gouverneurs, les Anciens qu'on eslisoit d'entre le peuple pour assister aux Evesques a, faire les admonitions, et tenir le peuple en discipline. Car on ne peut autrement exposer ce qu'il dit, Celuy qui gouverne, qu'il face cela en solicitude (Rom. 12,8). Pourtant du commencement chacune Eglise a eu comme un conseil ou consistoire de bons preudhommes, graves et de saincte vie, lesquels avoyent l'authorité de corriger les vices comme Usera veu puis après. Or que cest estât n'ait point esté pour un seul aage, l'expérience le demonstre. Il faut donc tenir que cest office de gouvernement est nécessaire pour tout temps.

9. La solicitude des povres a esté commise aux Diacres : combien que sainct Paul en met deux espèces en l'Epistre aux Romains, Celuy qui distribue, dit-il, qu'il le face en simplicité : celuy qui exerce miséricorde, qu'il le face joyeusement (Rom. 12, 8). Yeu qu'U est certain qu'U parle là des offices publiques de l'Eglise, U faut qu'il y ait eu deux genres de Diacres differens. Or si je ne suis bien aliusé, au premier membre il dénote les Diacres (\m administroyent les aumosnes : au second, ceux qui avoyent la charge de penser les po\Tes, et leur servir : comme estoyeut les vefves, desquelles il fait mention à Timothée. Caries femmes ne pouvoyent exercer autre office publique, que de s'employer au service des povres (1 Tim. 5, 9. 10). Si nous recevons ceste exposition, comme elle en est digne, veu qu'eUe est fondée en bonne raison, il y aura deux genres de Diacres : dont les premiers serviront à l'Eglise, en gouvernant et dispensant les biens des povres : les seconds, en servant

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