CHAPITRE IV
l'Eglise ne soit en rien enfraint ou amoindri. Parquoy sainct Cyprion dit bien, en alTernianl que cela procède de l'authorité de Dieu, (ju'un Prestre soit esleu devant un chacun en la présence du peuple, afin qu'il soit approuvé di^^ne et idoine par le lesnioigiiage de tous. Car nous voyons que cela a esté observé par le commanmandenieut de Dieu aux Prestres Leviiiiiues, qu'on les amenast et produist devant le peuple, avant que les consacrer (Levit. 8, 6; Nomb. 20, 26). En ceste manière Matthias fut adjoint en la compagnie des Apostres : et ne furent point autrement créez les sept Diacres, que le peuple voyant et les approuvant (Act. 1, 26; 6, 2. 6). Ces exemples, dit sainct Cyprien, monstrent (jue la création d'un Prestre ne se doit faire, sinon en l'assistance du peuple®: afm que l'élection qui am'a esté examinée par le tesmoignage de tous, soit juste et légitime. Nous avons donc que la vocation d'un ministre ordonné par la parolle de Dieu, est telle : assavoir quand celuy qui est idoine est créé avec consentement et approbation du peuple. Au reste, que les Pasteurs doyvent présider sur l'élection, afm que le populaire n'y procède point par legiereté, ou par brigues ou par tumultes.
16. Reste le quatrième poinct, que nous avons mis en la vocation des ministres : assavoir la cérémonie de les ordonner. Or il appert que les Apostres n'en ont point eu d'autre que l'imposition des mains. Or je pense bien qu'ils avoyent prins ceste façon de la coustume des Juifs, lesquels presentoyent à Dieu par imposition des mains ce qu'ils vouloyent bénir et consacrer. En ceste manière Jacob voulant bénir Ephraim et Manassé, mit ses mains sur leurs testes (Gen. 48, 14). Autant en fit nostre Seigneur Jésus sur les enfans pour lesquels il prioit (Matth. 19, lo). Je pense que pour une mesme fin il estoit ordonné en la Loy, qu'on mist les mains sur les sacrifices qu'on olîroit. Pourtant les Apostres par l'imposition des mains signifioyent qu'ils oflroyent à Dieu celuy qu'ils introduisoyent au ministère, com-
bien (ju'ils en ont aussi usé sur ceux ausquels ils distribuoyent les dons visibles du sainct Esprit (Act. 19, 6). Quoy qu'il soit, ils ont usé de ceste solennité toutes fois et quantes qu'ils ordonnoyent (juclcun au ministère de l'Eglise, comme nous en voyons les exemples tant aux Pasteurs qu'aux Docteurs et aux Diacres. Or combien ([u'il n'y ait nul commandement exprés touchant l'imposition des mains : loutesfois puis que nous voyons (jue les Apostres l'ont eue en usage perpétuel, ce qu'ils ont observé tant tliiigemmenl nous doit estre au lieu de précepte. Et certes c'est une chose utile, de magnifier au peuple la dignité du ministère par une telle cérémonie, et d'advertir par icelle mesme celuy qui est ordonné qu'il n'est plus à soy, mais (ju'il est dédié au service de Dieu et de l'Eglise. Davantage, ce ne seroit pas un signe vain et sans vertu, quand il seroit réduit à sa vraye origine. Car si l'Esprit de Dieu n'a rien institué en l'Eglise en vain, nous cognoislrons que ceste cérémonie, laquelle est procedée de luy, ne seroit pas inutile, moyennant qu'elle ne fust pas convertie en superstition. Finalement, il nous faut noter que tout le commun peuple ne metloil point les mains sur les ministres, mais les autres ministres seulement. Combien qu'il n'est pas certain si plusieurs le faisoyent ou un seul. Il appert bien que cela fut fait aux sept Diacres, à Paul et à Barnabas, et à quelques autres (Act. 6, 6; 13, 3). Mais sainct Paul fait mention que luy sans autre a imposé les mains à Timothée : Je t'admonneste, dit-il, de faire valoir la grâce laquelle est en toy par l'imposition de mes mains (2 Tim. 1, 6). Ce qu'en un autre passage il parle de l'imposition des mains de la Prestrise (1 Tim. 4, 14), je n'enten pas cela, comme font aucuns, de la compagnie des Prestres : mais de Testât et office, comme s'il disoit, Regarde que la grâce que tu as receue par l'imposition de mes mains, quand je t'eslisoye en l'ordre de Prestrise, ne soit pas vaine.