‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 497 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

à ce qu'ils avoyent à faire. Principalement ils faisoyent leur devoir de prier Dieu pour demander l'Esprit de conseil et discrétion.

13. Le troisième poinct que nous avons mis en nostre division, estoit à qui il appartient d'eslire les ministres. Or on ne peut prendre une certaine reigle de cela en l'institution ou élection des Apostres, d'autant qu'elle n'a point esté du tout semblable à la vocation commune des autres. Car pource que c'estoit un office extraordinaire, afin qu'ils eussent quelque prééminence pour estre discernez d'avec les autres, il a fallu qu'ils ayent esté esleus de la propre bouche du Seigneur. Les Apostres donc ont esté ordonnez en leur estât, non point par élection humaine, mais par le seul commandement de Dieu et de Jésus Christ. De là aussi vient, que quand ils en voulurent substituer un au lieu de Judas, ils n'en osèrent point nommer un lequel y fust : mais ils en prindrent deux, prians Dieu qu'il declairast par sort lequel il avoit choisi (Act. 1, 23). Et en ce mesme sens faut prendre ce que dit sainct Paul aux Galatiens, quand il nie qu'il n'a point esté créé Apostre, ne des hommes, ne par hommes, mais par Jésus .Christ et par Dieu le Père (Gai. 1, 1). Quant au premier, as.savoir de n'estre esleu des hommes, ce luy a esté une chose commune avec tous bons ministres. Car nul ne peut exercer le sainct ministère de la ParoUe, qu'il ne soit appelle de Dieu. Quant à l'autre, de n'estre point esleu par les hommes, il l'a eu propre et particulier à soy. Pourtant, quand il se glorifie de n'estre point esleu par les hommes, non seulement il se vante d'avoir €6 que doit avoir chacun bon Pasteur, mais il veut aussi approuver son Apostolat. Car pource qu'il y en avoit entre les Galatiens qui s'estudioyent de diminuer son authorité, allegans qu'il estoit un petit disciple ordonné par les Apostres, afin de maintenir la dignité de sa prédication, laquelle ces meschans vouloyent amoindrir, il lui estoit mestier de monstrer qu'il n'estoil rien inférieur aux autres Apostres. Pourtant il afferme qu'il n'a pas esté esleu par le Jugement des hommes, comme estoyent les Pasteurs communs, mais par l'ordonnance et décret de Dieu.

14. Que cela soit requis à la vocation légitime des Evesques, qu'ils soyent esleus par les hommes, nul de sain entendement ne ,1e niera, veu qu'il y en a tant de tesmoignages de l'Escriture. Et à cela ne contrevient rien ceste sentence de sainct Paul que nous venons d'exposer: assavoir qu'il n'a point esté esleu des hommes ne par les hommes (Gai. 1,1): veu qu'il ne parle point là de l'élection ordinaire •des ministres, mais du privilège spécial des Apostres. Combien que luy-mesme a tellement esté esleu par le Seigneur, que cependant l'ordre Ecclésiastique est intervenu en sa vocation. Car

sainct Luc recite que comme les Apostres prioyent et jusnoyent, le sainct Esprit leur dit. Séparez moy Paul et Barnabas à l'ouvrage auquel je les ay esleus (Act. 13, 2). Dequoy servoit ceste séparation et imposition de mains, depuis que le sainct Esprit avoit testifié son élection, sinon pour conserver la police de l'Eglise, que les ministres fussent esleus par les hommes? Pour'tant Dieu ne pouvoit approuver cest ordre par un exemple plus notable et évident, que quand après avoir prononcé qu'il avoit constitué Paul Apostre des Gentils, il veut toutesfois qu'il soit ordonné par l'Eglise. La mesme chose se peut aussi appercevoir en l'élection de Matthias (Act. 1, 23). Car pource que l'office d'Apostre estoit si digne, que l'Eglise n'y osoit pas constituer un certain homme de son jugement, elle en choisit deux pour les présenter au sort. Et ainsi la police de l'Eglise avoit lieu en ceste élection, et neantmoins on remettoit à Dieu de savoir lequel il avoit esleu des deux.

15. La question est maintenant, assavoir si un ministre doit estre esleu ou par toute l'Eglise, ou par les autres ministres et gouverneurs : ou bien s'il doit estre constitué par un homme seul. Ceux qui veulent mettre cela en la puissance d'un seul homme, allèguent ce que dit sainct Paul à Tite, Je t'ay laissé en Crète afin que tu constitues des Prestres en chacune ville (Tit. 1, 5). Item à Timothée, N'impose pas subitement les mains à aucun (1 Tim. o, 22). Mais s'ils pensent que Timothée ait exercé une domination royale en Ephese, pour disposer du tout à son plaisir, ou que Tite ait fait le semblable en Crète, ils s'abusent grandement. Car tous les deux ont présidé sur les élections, afin de conduire le peuple par bon conseil, et non pas pour en faire et tailler ce que bon leur sembloit en excluant les autres. Et afin qu'il ne semble que je forge cela de ma teste, je demonstreray qu'ainsi est par un semblable exemple. Car sainct Luc recite que Paul et Barnabas ont créé des Prestres par les Egfises (Act. 14, 23) : mais en disant cela, il note quant et quant la façon : c'est qu'ils les ont créez par suffrages, ou par les voix du peuple, comme porte le mot Grec. Ils les creoyent donc eux deux : mais le peuple selon la façon du pays, ainsi que les histoires tesmoignent, levoit les mains pour declairer lequel il vouloit avoir. Et c'est une forme commune de parler : comme les Historiens disent qu'un Consul creoit des officiers, quand il recevoit les voix du peuple, et presidoit sur l'élection. Certes il n'est point croyable que sainct Paul ait plus permis à Timothée ou à Tite, que luymesme n'osoit entreprendre. Or nous voyons qu'il avoit accoustumé de créer des ministres par le consentement et suffrages du peuple. Il faut donc teUement entendre les passages precedens, que la liberté et le droit commun de

Page 1