LIVRE IV
lesquels il sembloit advis qu'ils ordonnassent plus outre des choses que Dieu ne l'avoit exprimé en l'Escriture, toulesfois ils ont tellement compassé toute leur discipline et police à la seule reigle de la parolle de Dieu, qu'on peut bien voir qu'ils n'ont rien eu estrange ou divers d'icelle. Mais encore qu'il y eust quelque chose à reprendre en leur façon de faire : neantmoins puis que d'un bon zèle ils ont mis peine de conserver l'institution du Seigneur, et ne s'en sont pas fort esloignez, il nous profitera grandement de recueillir icy en bref quelle a esté leur pratique. Comme nous avons dit que l'Escriture nous parle de trois ordres de ministres : aussi l'Eglise ancienne a divisé en trois espèces tous les ministres qu'elle a eu. Car de l'ordre des Prestres on prenoit les Pasteurs et les Docteurs : les autres estoyent pour la discipline et les corrections. Les Diacres avoyent la charge de servir aux povres, et distribuer les auiiiosnes. Touchant des Lecteurs et Acolythes, ce n'estoyent point noms de certains offices, mais les jeunes gens qu'on recevoit au Clergé, on les accoustumoit de bonne heure par certains exercices à servir k l'Eglise : afin qu'ils entendissent tant mieux à quoy ils estoyent destinez, et qu'ils s'apprestassent pour mieux faire leur office quand le temps seroit venu : comme je le monstreray tantost plus amplement. Pourtant sainct Hierome après avoir divisé fEglise en cinq ordres, nomme les Evesques, secondement les Prestres, tiercement les Diacres, puis les fidèles en commun, finalement ceux qui n'estoyent point baptizez encores, mais qui s'estoyent présentez pour esire instruis en la foy Chrestienne, et puis recevoyent le Baptesme. Ainsi il n'attribue point de certain lieu au reste du clergé ny aux moynes i".
2. Ils appeiloyent Prestres, tous ceux qui avoyent l'office d'enseigner. Iceux en eslisoyent un de leur compagnie en chacune cité, auquel ils donnoyent spécialement le filtre d'Evesque, afin que fequalité n'engendrast des noyses, comme il advient souventesfois. Toutesfois l'Evesque n'estoit pas tellement supérieur de ses compagnons en dignité et honneur, qu'il eust seigneurie par dessus eux : mais tel office qu'a un président en un conseil, assavoir de proposer les choses, demander les opinions, conduire les autres par bons advertissemens et admonitions, empescher par son authorité qu'il n'y ait aucun trouble, et de mettre en exécution ce qui aura esté délibéré de tous en commun : tel estoit f office de l'Evesque entre les Prestres. Les anciens Pères confessent que cela a esté introduit par consentement humain, pour la nécessité. Sainct Hierome sur l'Epistre à Tite, C'estoit, dit-il, tout un, d'un Prestres et d'un Evesque : et devant que par l'instigation du diable il se fist des bandes en la Chrestienté, et que l'un dit. Je suis de Cephas: l'autre. Je suis d'Apollo
(1 Cor. 3, 4), les Eglises estoyent gouvernées en commun par le conseil des Prestres. Apres pour arracher le semence des dissensions, la charge a esté commise à un. Parquoy comme les Prestres savent qu'ils sont sujets selon la coustume de l'Eglise à l'Evesque qui préside sur eux: aussi qu'iceluy cognoisse que c'est plustost par coustume que par la disposition du Seigneur, qu'il est plus grand que les Prestres, et qu'il doit gouverner l'Eglise en commun avec eux. Toutesfois en un autre lieu il monstre combien ceste façon a esté ancienne : car il dit qu'en Alexandrie, depuis le temps de sainct Marc Evangeliste, les Prestres eslisoyent tousjours un de leur compagnie pour présider entre eux, lequel ils nommoyent Evesque ". Ainsi chacune cité avoit une assemblée de Prestres qui estoyent Pasteurs et Docteurs : car tous avoyent la charge d'enseigner le peuple, l'exhorter et corriger, selon que sainct Paul commande aux Evesques de faire; et afin de laisser semence après eux, ils instruisoyent les jeunes qui estoyent receus au Clergé pour succéder après eux. Chacune cité avoit sa diocèse, laquelle elle prouvoyoit de Prestres : et ainsi tant ceux de la ville que ceux des champs faisoyent tous comme un corps d'Eglise. Ce que chacun corps avoit son Evesque, cela estoit pourlapohce seulement, et afin d'entretenir la paix. Et l'Evesque precedoit tellement les autres en dignité, qu'il estoit sujet cà l'assemblée. Si la diocèse estoit si ample qu'il ne se peut acquitter partout de son office, on elisoit des Prestres en certains lieux, qui faisoyent son office aux affaires de petite importance. Iceux s'appelloyent Evesques champestres, d'autant qu'ils representoyent l'Evesque par le pays.
3. Toutesfois quant à l'office, il falloit que tant l'Evesque que les Prestres fussent dispensateurs de la parolle de Dieu et des Sacremens. Seulement il fut ordonné en Alexandrie, qu'un Prestre n'y preschast point, pource qu'Arrius avoit là troublé fEglise, selon que recite Socrates en l'iiistoire Tripartite, au neufieme livre, ce que sainct Hierome reprouve, et à bon droit ^^ Au reste : c'eust esté un monstre, si quelcun se fust vanté d'estre Evesque sans s'acquitter de l'office. On gardoit donc telle discipline en ce temps-là. que tous ministres estoyent contrains de faire foffice tel qu'il leur est enjoinctde Dieu. Je ne dy pas qu'il ait esté fait pour un aage seulement, mais tousjours; car mesmes au temps de sainct Grégoire, auquel l'Eglise estoit fort decheute, ou pour le moins avoit fort décliné de son premier eslat, ce n'eust pas esté chose tolerable qu'un Evesque se fust déporté de prèscher. Il dit en quelque passage, qu'un Prestre est coulpable de mort si on n'oit point de son de luy : pource qu'il provoque l'ire de Dieu contre soy, s'il ne se fait ouyr en prédication**. Etenuii