‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 501 sur 703 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

autre passage il dit, Quand sainct Paul proteste qu'il est pur du sang de tous (Act. 20, !26), par ceste paroUe nous tous qui sommes nommez Prestres, sonnues adjournez, et conveinous, et declairez coulpahles, d'autant (ju'outre nos propres maux, nous sommes conlpahles de la mort des autres : car nous en tuons autant qu'il eu meurt journellement, cependant que nous nous reposons, et nous taisons ^*. 11 dit que luy et les autres se taisent, d'autant qu'ils n'estoyenl point si continuellement à labesoigne comme ils de- Yoyent. Veu qu'il ne pardonne point à ceux qui faisoyent leur office à demy. que pensez-vous (lu'il eust l'ait si quelcun s'en liist déporté du tout? Cela donc a duré long temps en l'Eglise, que le principal office de rEves(pie estoit de paistre le peuple par la paroUe de Dieu, ou édifier l'Eglise t^mt en public qu'en particulier par saine doctrine.

4. Touchant ce qu'une chacune province avoit son Archevesque : item, qu'au Concile de Nice furent ordonnez des Patriarches, qui fussent encorespar dessus les Arrhevesques en dignité et honneur, cela estoit pour la conservation de la police. Et pource que l'usage n'en estoit pas fréquent, je me fusse déporté d'en parler, mais il n'est que bon de le noter icy comme en passant. Ces degrez donc ont esté ordonnez [principalement pour ceste cause : afin que s'il survenoit quelque chose en une Eglise, qui ne se peut point despescher par peu de gens, que cela fust remis au Synode provincial. Si c'estoit cause de telle importance ou difficulté qu'il la faillist mener plus avant, la cignoissance venoit aux Patriarches, qui assembloyent le Concile de tous les Evesques respondans à leur primauté, et de là il n'y avoit point d'appel qu'au Concile gênerai. Aucuns ont nommé ce gouvernement Hiérarchie, d'un nom impropre, comme il me semble, pour le moins qui n'est point usité en l'Escriture. Car le sainct Esprit a voulu obvier, que quand il est question du gouvernement de l'Eglise, nul n'imaginast quelque principauté ou domination : toutesfois si nous considérons la chose sans regarder au mot, nous trouverons que les Evesques anciens n'ont point voulu forger une forme de gouverner l'Eglise, diverse de celle que Dieu a ordonnée par sa parolle.

o. Semblablement Testât des Diacres n'a point esté autre pour ce temps-là, qu'il avoit esté sous les Apostres : car ils recevoyent tant les aumosnes qui se faisoyent un chacun jour par les fidèles, que les rentes annuelles, pour les reserver à leur vray usage : c'est à dire, partie pour la nourriture des ministres, partie pour les povres: le tout neantmoins avec l'authorité de î'Evesque, auquel ils rendoyent conte chacun an. Car ce que les Canons ordonnent, que I'Evesque soit dispensateur des biens de l'Eglise,

il ne le faut pas prendre comme si les Evesques eussent eu ceste charge pour l'exécuter par eux-mesmes; mais pource que c'est à eux à faire de commander aux Diacres quelles gens ils devoyent recevoir pour estre nourris du bien comnuin. à qui ils devoyent distribuer ce qui demcuroit de reste: et qu'ils avoyent aussi la superintendence pour savoir comme tout alloit. Il y a un Canon entre ceux qu'on intitule des Apostres, qm dit ainsi, Nous ordonnons que I'Evesque ait les biens de l'Eglise en sa puissance: car si les âmes des hommes, qui sont plus précieuses, leur ont esté commises, par {)lus forte raison ils peuvent bien avoir le gouvernement de l'argent, afin que le tout se distribue en leur authorité par les Prestres et Diacres, avec crainte et solicitude *^. Et au Concile d'Antioche, il fut décrété qu'on corrigeast les Evesques qui prenoyent le maniement des biens de l'Eglise, sans avoir les Prestres et Diacres comme adjoints. Mais de cela il n'en fant ja disputer plus outre, veu qu'il appert par plusieurs Epistres de sainct Grégoire, que de son temps mesme, amiuel toutesfois tout l'ordre de l'Eglise estoit fort corrompu, cest usage duroit encore, que les Diacres fussent dispensateurs des biens de l'Eglise sous l'autliorilé des Evesques. Il est vray-semblable que les Sousdiacres leur ont esté adjoints du commencement, pour les ayder à servir aux povres: mais ceste différence a esté petit à petit confondue. On commença de créer les Archediacres, quand le bien fut augmenté : et pour ceste cause la charge estoit plus grande, et requeroit une façon de gouvernement plus exquise. Combien que sainct Hierome recite qu'il y en avoit desja de son temps ^^ Or ils avoyent entre mains tant les possessions et revenus, que les ustensiles et les aumosnes quotidiennes. Pourtant sainct Grégoire escrit à l'Archediacre de Salonite, que si rien perist du bien de l'Eglise par négligence ou par fraude, qu'il en sera tenu ". Ce qu'on les ordonnoit à lire l'Evangile et exhorter le peuple à prier, item à donner le calice au peuple en la Cène pour boire, cela se faisoit pour honnorer leur estât, afin qu'ils s'acquitassent de leur devoir avec plus grande crainte de Dieu: d'autant qu'ils estoyent admonnestez par telles cérémonies, qu'ils n'estoyent point en une recepte profane, mais en une charge spirituelle et dédiée à Dieu.

6. De là il est facile de juger quel a esté l'usage des biens Ecclésiastiques, et quelle en a esté la dispensation. Il est souvent dit tant aux Canons (pie par les anciens Docteurs, que tout ce que l'Eglise possède, ou en terre ou en argent, est le patrimoine des povres. Et pourtant ceste leçon est là souventesfois répétée aux Evesques et aux Diacres, que les richesses qu'ils manient ne sont point à eux, mais desti-

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