‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 523 sur 703 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

nom lequel fust nieschant, profane, exécrable, plein d'orgueil et de sacrilège : voire mesnie procédé du diable, et publié par le procurseur d'Antecbrist : comme il le dit. Et toutesl'ois il adjouste que son prédécesseur l'a refusé,- de peur que les autres Kvesques ne fussent privez de leur honneur légitime. En un autre passage, Nul n'a voulu estre ainsi nommé, nul ne s'est ravy ce nitm téméraire, de peur (ju'il ne semblast advis (ju'il despuuillast ses frères de leur honneur en se collo(iuanl en degré souverain^*.

o. Je vien maintenant à lajurisdiction hujuelle le l'ape s'atlrilme sur toutes les Kglises, sans aucune difficulté. Je say combien il y en a eu de combats ancienuement. (>ar jamais ne fust que le siège Romain n'appetast quelque supériorité sur les autres Eglises : et ne sera point hors de propos si je demonstre par iiuel moyen il est parvenu îles le temps ancien à quelque prééminence. Je ne parle point de cestc tyrannie desordonnée que le Pape a usurpé à soy depuis peu lie temps : car je dilTorcray ce point <à un autre lieu. Mais il est besoin de monstrer icy brièvement, comment et par quels moyens il s'est exalté desja dés long temps pour entreprendre quehjue jurisdiction sur les autres Eglises. Du tenqis que les Eglises d'Orient estoyent troublées et divisées par les Arriens, sous l'Empire de Constance et Constant fils de Constantin le Grand, Athanasc principal défenseur de la foy catholique fut dechassé de son Eglise. Geste calamité le contreignit de venir à Rome, afin ([ue par Tautliorité de l'Eglise Romaine il peut résister à la rage de ses ennemis, et confermer les bons fidèles qui estoyent en grande extrémité. Estant là venu, il fut honnorablemcnt receu de Jule Evesque de Rome pour lors, et obtint par son moyen que les Evesques d'Occident prinssent sa cause en main. Ainsi d'autant que les fidèles d'Orientavoyentmestier de quelque aide, et qu'on les secourut ailleurs, et (ju'ils voyoyent que leur principal secours estnit de l'Eglise Romaine, ils luy deferoyent volontiers autant d'honneur qu'ils pouvoyent. Mais le tout revenoit là, qu'on estimast beaucoup d'estre en la communion d'icelle, et qu'on reî)utast pour une grande ignominie d'en estre excommunié. Apres cela les meschans garnemens et de mauvaise vie luy on beaucoup augmenté sa dignité. Car c'estoit un subterfuge commun à ceux qui meritoycnt d'estre punis en leurs Eglises, que de s'encourir a Rome comme en franchise. Pourtant si quelque Prestre avoit esté condamné par son Evesque, ou quelque Eves(jue par le Synode de sa province, incontinent ils en appelloyent à Rome. Et les Evesques Romains estoyent plus convoiteux de recevoir telles appellations qu'il n'eust esté de besoin : d'aut^uit qu'il leur sembloit bien advis que cela estoit une es-

pèce de prééminence, de s'entremettre des affaires des Eglises Iningtaincs. F2n ceste manière, (|uand Eutyches nieschant hérétique fut condamné par Flavien Archevesque de Constantinohle, il s'en vint plaindre à Léon qu'il avoit esté traité injustement. Incontinent Léon s'ingéra de défendre une meschante cause et ruineuse, pour avancer son authorité : et fit de grandes qucrimonies contre Flavien, comme s'il eusl condamné un homme innocent devant (|ue l'avoir ouy. Et fit tant par son ambition, (lue l'impiété d'Eutyches cei)ondant se conferma, la où ellf eust esté csteinte s'il ne s'en fust meslé. Cela aussi bien est souvent advenu en Aphrique. Car incontinent que quelque nieschant avoit esté convaincu par devant son juge ordinaire, il trottoit a Rome, et par calomnies chargeoit son Evesque d'avoir mal procédé contre luy. Le siège Romain estoit tousjours prest de s'interposer. Et de fait, ce fut ceste convoitise des Evesques de Rome, qui esmeut les Evesques d'Aphrique d'ordonner que nul n'appellast d'outre la mer. sons peine d'excommunication.

6. Quoy qu'il en soit, regardons (}uello jurisdiction ou puissance avoit alors le siège Romain. Pour vuyder ceste matière, il est à noter que la puissance Ecclésiastique gist en ces quatre points : assavoir d'ordonner les Evesques, d'assembler les Conciles, en la jurisdiction ou inférieure ou supérieure, et en corrections ou censures. Quant au premier, tous les anciens Conciles commandent que chacun Eves(iue soit ordonné par son Métropolitain, et ne commandent point que l'Evesque de Rome y soit appelle, sinon en sa province. Or petit a petit ceste coustume a esté introduite, que tous les Evesques d'Italie allassent à Rome pour estre là consacrez : exceptez les Métropolitains, qui ne voulurent point estre astreints à telle servitude. Mais quand il falloil ordonner quelque Métropolitain l'Evesque de Rome envoyoit la un de ses Prestres pour assister à l'acte seulement, et non pas y présider. De cela on en peut voir l'exemple en une Epistre de saint Grégoire, touchant la consécration de Constance Archevesque de Milan, après le trespas de Laurent": combien que je ne pense pas que c'ait esté une ordonnance de long temps. Mais il est vray-semblable qu'en signe de communion mutuelle ils envoyoyent du commencement l'un à l'autre par honneur et par amitié, des ambassadeurs, pour estre tesmoin de la consécration. Depuis on a fait une loy de ce qui se iàisoit auparavant à volonté. Quoy qu'il en soit, c'est chose notoire que l'Evesque de Rome n'avoit anciennement la puissance de consacrer Evesques, sinon en sa province, c'est à dire, aux Eglises dépendantes de la ville : comme porte le Canon du Concile de Nice. A la consécration des Evesques estoit ad-

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