CHAPITRE VII
leur chambre, ou en leur table : ou pour le moins qu'ils no sont pas montez en chaire pour la l'aire savoir à tout le monde. Toutesfois s'ils veulent que le privilège lequel ils prétendent, ait sa vigueur, si faut-il qu'ils tracent du nombre des Papes, Jean Ningt-douxieme, lequel publiquement a tenu que les araes estoyent mortelles et qu'elles perissoyent avec les corps, jusques au jour de la résurrection. Et pour monstrer encore plus clairement que tout le siège avec ses principales jambes estoit renversé et decheut, il n'y eut nul des Cardinaux qui contredit à son erreur : mais seulement la l'acuité des théologiens de Paris induit le Roy à ce qu'il le contraignist de se desdire : et le Roy à leur instance interdit à son de trompe ([ue nul de ses sujets ne fust de sa communion, s'il ne se repentoit incontinent : par laquelle nécessité il fut contraint de se retracter et desdire, comme le recite maistre Jean Gerson. Cest exemple est suffisant, à ce qu'Q ne me soit mestier de disputer plus outre contre noz adversaires, touchant ce qu'ils disent, que le siège Romain et les Papes qui y sont assis ne peuvent errer, poui'ce qu'il a esté dit k sainct Pierre, j'ay piié pour toy que ta foy ne défaille point (Luc 22, 32). Certes celuy que nous venons d'alléguer, assavoir Jean vingtdeuxième, est un tesmoignage notable pour tous temps, que tous ceux qui succèdent h sainct Pierre en son Evesché, ne sont pas tousjours Pierres. Combien que l'argument (ju'ils font est si puérile de soy, (ju'il n'est pas digne de response. Car s'ils veulent tirer aux successeurs de sainct Pierre tout ce qui a esté dit de sa personne, il s'ensuyvra que tous Papes sont Satan, veu que nostre Seigneur Jésus luy dit. Retire toy, Satan, tu m'es scandale (Matth. 16, 23). Car d'un mesme droit qu'ils nous allèguent le passage précèdent, nous leur pouvons mettre cestuycy en avant pour réplique.
29. Mais je ne pren point plaisir à cstre inepte comme ils sont, et user de cavillations frivoles. Pourtant je revien à mon premier propos, c'est que d'attacher Jésus (Christ et son Eglise à un certain lieu, tellement que quiconque préside là, mesme que ce fust un diable, soit neantmoins tenu pour vicaire de Christ et chef de l'Eglise, d'autant qu'il sera au siège où a esté jadis sainct Pierre : non seulement c'est une impieté en laquelle Jésus Christ est deshonnoré, mais aussi une sottise trop lourde, et répugnante au sens commun des hommes. Il y a ja long temps, comme ja nous avons dit, que les Papes sont sans Dieu et sans conscience, ou Itien qu'ils sont ennemis mortels de la Chrestienté. Ils ne sont donc non plus vicaires de Christ à cause du siège, qu'une idole est Dieu quand on la colloque au Temple de Dieu (2 Thess. 2, 4). S'il est question de JQger des mœurs, que les Papes mesmes repondent pour eux : qu'est ce qu'ils ont en quoy
on les doy ve tenir pour Evesijues ? Premièrement, ce (lu'on vit à Rome en la façon qui est cogneue à chacun, eux non seulement se taisans et faisans semblant de rien, mais aussi approuvans tacitement la meschanceté tant desbordée, c'est une chose trop indécente a bons Evesques, desquels l'office est de contenir le peuple en bonne discipline. Mais je ne leur seray point t;mt severe, de les charger des fautes des autres: mais en ce que tant eux que leur famille, avec tout le collège des Cardinaux et toute la bande de leur Clergé sont tellement abandonnez à toute vilainie et ordure, à toute espèce de crime et de turpitude, qu'ils ressemblent plustost à des monstres qu'à des hommes : en cela certes ils tieclairent (ju'ils ne .sont rien moins qu'Evesques. Combien qu'il ne faut pas qu'ils craignent que je descouvre plus avant leur infamie. Car il me fasche d'estre si long temps en une fange si puante, et je crain d'offenser les oreilles de ceux qui sont honnestes et pudiques. Davantiige, il me semble que j'ay demonstré plus que suffisamment ce que je vouloye : assavoir que quand Rome auroit jadis esté chef de toutes les Eglises, toutesfois elle n'est pas aujourdhuy digne d'estre contée entre les petis doigts des pieds.
30. Quant est des Cardinaux, qu'on appelle, je m'esbahy comment cela s'est fait, que si soudainement ils sont parvenus en une si haute dignité. Ce nom, du temps de sainct Grégoire ne competoit qu'aux Evesques seulement. Car quand il parle des Cardinaux, il n'entend point les Prostrés de Rome, mais les Evesques de quelque lieu que ce soit ; tellement que Prestre Cardinal, en somme, ne signifie autre chose en ses escrits, qu'Evesque ^'^ Je ne trouve point que ce nom ait esté en usage auparavant en quelque signification que ce soit. Toutesfois je trouve que les Prestres de Rome ont esté le temps passé beaucoup moindres que les Evesques, au lieu que maintenant ils les précèdent de loing. Ceste sentence de sainct Augustin est commune. Combien que selon les filtres d'honneur qui sont usitez en l'Eglise, le degré d'Evesque soit plus grand que celuy de Prestrise : toutesfois Augustin est moindre que Ilierome en plusieurs choses ^^ Notons qu'il parle à un Prestre Romain, lequel il ne discerne point d'avec les autres: mais les met indifféremment tous au dessous des Evesques. Et cela a esté tellement observé, que quand l'Evesque de Rome envoya deux ambassadeurs au Concile de Carthage, dont l'un estoit Prestre de l'EgHse Romaine, iceluy fut assis tout le dernier. Mais encore pour ne point chercher l'ancienneté de. trop loin, nous avons les actes du Concile que tint sainct Grégoire^*, auquel les Prestres de l'Eglise Romaine sont assis les derniers, et font leur souscription à part: les Diacres n'ont pas mesme ce crédit de souscrire. Et certes les Prestres Romains