‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 534 sur 703 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De la puissance de l'Eglise quant à déterminer des articles de la foy : et comment on l'a tirée en la Papauté pour pervertir toute

pureté de doctrine.

1. S'ensuit maintenant le troisième poinct, qui est de la puissance de l'Eglise : laquelle est à considérer partie en chacun Evesque, partie aux Conciles, desquels les uns sont généraux, les autres provinciaux. Je parle seulement de la puissance spirituelle, laquelle est propre à l'Eglise. Or icelle consiste en trois membres: assavoir en la doctrine, ou en la jurisdiction, ou en la faculté d'ordonner loix et statuts. Le poinct de la doctrine contient deux parties: la première est, de faire des articles de foy: la seconde est l'authorité d'exposer ce qui est contenu en l'Escriture. Or devant que commencer à entrer plus spécialement en matière, je prie et exhorte tous fidèles lectem's qu'ils ayent ceste considération, de réduire tout ce qui est dit de la puissance de l'Eglise, à la fin pour laquelle sainct Paul dit qu'elle a esté donnée : c'est assavoir en édification, et non point en destruction (2 Cor. 10, 8; 13, 10). Ainsi tous ceux qui en veulent droitement user, ne doyvent point estre en autre réputation, que d'estre tenus pour ministres de Christ, et semblablement du peuple Chrestien, comme dit sainct Paul (1 Cor. 4, 1). Or ceste est la seule façon d'édifier l'Eglise, si les ministres s'estudient et mettent peine de garder à Jésus Christ son authorité entière: laquelle ne peut autrement estre sauve, sinon qu'on luy reserve

ce qu'il a receu du Père : c'est à dire qu'il soit seul Maistre en l'EgUse. Car c'est de luy, et non point de nul autre, qu'il est escrit, Escoutez-le (Matth. 17, o). Pourtant la puissance Ecclésiastique, mérite bien d'estre prisée et estimée, moyennant qu'elle soit enclose en ces limites : c'est qu'on ne la tire point çà et là au plaisir des hommes. Pour ceste cause il est besoin d'observer comment elle est descrite et des Prophètes et Apostrcs. Car si nous concédons simplement aux hommes telle puissance que bon leur semblera de demander, chacun voit par ce moyen que la porte seroit ouverte à une tyrannie desordonnée, laquelle ne doit avoir mille entrée en l'Eglise de Dieu.

2. Pourtant il convient noter que tout ce qui est attribué par l'Escriture de dignité ou authorité tant aux Prophètes et Prestres de l'ancienne Loy, qu'aux Apostres et leur successeurs, n'est point attribué à leurs personnes, mais au ministère et office ausquels ils sont constituez : ou pour dire plus clairement, à la parolle de Dieu, à l'administration de laquelle ils sont appeliez. Car si nous les regardons tous par ordre, tant Prophètes et Prestres qu' Apostres et disciples, nous trouverons qu'il ne leur a esté jamais donné puissance aucune de commander ou enseigner, sinon au nom et en la parolle du Sei-

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