‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 535 sur 703 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

gneur. Car qiiaml ils sont envoyez, il leur est quant et quant enjoinct de ne rien apporter du leur, mais de parler par la bouche du Sei;,'neur. Dieu aussi ne les met pas en avant au peuple, pour commander qu'on leur donne audience, jus(pies à ce ([u'il leur eust liaillé leurc!iarj,'e et connue leur rolle de ce (pi'ils devoycnt dire. Il a bien voulu que Moyse, qui est le Prince des Prophètes, l'ust ouy par dessus les autres : mais sa commission luy est donnée on premier lieu, a ce (pril ne puisse rien annoncer sinon de par le Sei},meur. Pourtant (piand le peuple a receu sa iloctrine. il est dit qu'il a creu à Dieu et à Moyse son serviteur (K\.. 14,31). Semblahlement l'authorité des Prestres a esté establie avec grosses menaces, à ce qu'elle ne tust en mespris à personne (Deut. 17,9 — 1:2). Mais le Seigneur demonstre de l'autre costé avec quelle condition on les devoit ouyr, disant qu'il a fait son alliance avec Levi, afin que la I.oy de vérité iust en sa bouche. l'uis tantost après il adjouste, Que les le\Tes du Prestre garderont la science : et qu'on cherchera la Loy en sa bouche, d'autant (|u'il est messager du Seigneur (Mal. 2, 4. 6. 7). Pourtant si le Prestre veut estre escouté, il faut qu'il face comme bon messager de Dieu : c'est de fidèlement reciter ce qui luy est donné en charge. Et de fait, quand il est i)arlé de les escouter, nommément il leur est enjoint de respondre selon la Lov du Seigneur (Deut. 17, 10 s.).

3. Touchant des Prophètes, nous avons une belle description en Ezechiel, laquelle nous monstre quelle a esté en somme toute leur puissance : Homme, dit le Seigneur, je t'ay ordonné guide sur la maison d'Israël : tu orras donc la parolle de ma bouche, et leur annonceras de par moy (Ezech. 3, 17). Quand nostre Seigneur luy commande d'escouter de sa bouche, ne luy defend-il pas d'inventer quelque chose de soy mesme ? Et qu'est-ce. Annoncer de par le Seigneur, sinon qu'il parlast tallement, qu'il s'osast hardiment vanter que la parolle qu'il apportoit n'ostoit pas sienne, mais du Seigneur? Il en est autant dit en Jeremie sous autres mots, Le Prophète auquel est révélé le songe, qu'il raconte le songe : et celuy qui a ma parolle, qu'il dise ma parolle véritable (Jer. 23, :28). Certes il leur impose icy loy à tous : c'est qu'il ne souffre point fine nul parle outre ce qu'il luy aura commandé. Puis consequcmment il nomme Paille, tout ce qui n'est point procédé de luy seul. Pourtant il n'y en a pas un de tous les Prophètes qui ait ouvert la bouche, sinon avant receu en premier lieu la parolle de Dieu. Dont si souvent sont par eux répétez ces mots, Parolle du Seigneur, Charge du Seigneur, La bouche du Seigneur a parlé. Vision receue du Seigneur, Le Seigneur des armées l'a dit : et ce à bon droit. Car Isaie confessoit ses lèvres estre pollues (Is.

6, 5): Jeremie disoit qu'il ne savoit parler, pourcc qu'il estoit enfant (Jer. 1,()). Que pouvoit-il sortir de leurs bouches pollues et |)ueriles, sinon choses folles ou inunondes, s'ils eussent parlé leurs parolles mesmes? Mais quand leurs bouches ont commencé à estre organes du sainct Esprit, elles ont esté pures et sainctes. Ajires que nostre Seigneur a restraint les Prophètes de ceste bride, qu'ils ne puissent rien enseigner ne dire, sinon ce ipi'ils auront receu de luy : il les orne lors de titres magiiillques. Car après qu'il a testifié qu'il les a constituez sur les peuples et sur les royaumes, pour arracher et abbatre, édifier et planter : il adjouste incontinent la cause, pourtant qu'il avoit mis sa parolle en leur bouche (Jer. 1,9. 10).

4. Si nous venons aux Apostres, il est vray (jue Dieu les a honnorez de plusieurs beaux tiltres : c'est assavoir qu'ils sont la lumière du monde, le sel de la terre (Matth. 5, 13. 14) : (ju'ils doyvent estre escoutez comme Jésus Christ (Luc 10, 16) : que ce qu'ils auront lié ou deslié en terre, sera lié et deslié au ciel (Jean 20, 23; Matth. 18, 18) : mais par leur nom mesme, ils monstrent combien il leur est permis en leur office. Il doyvent estre Apostres, c'est à dire envoyez, pour ne babiller point ce ([ue bon lem* semblera, mais fidèlement apporter le mandement de celuy duquel ils ont esté envoyez. Et les parolles de nostre Seigneur sont assez claires, où il leur commande d'aller, et enseigner ce qu'il leur avoit ordonné (Matth. 28, 19). Mesme il s'est aussi submis à ceste condition, afin que nul ne refusast d'y estre sujet : Ma doctrine, ditil, n'est pas mienne, mais du Père qui m'a envoyé (Jean 7, 16). Celuy qui a tousjours esté le conseiller éternel et unique du Père, et a esté constitué de luy Maistre de tous, neantmoins entant qu'il est venu au monde pour enseigner, il demonstre par son exemple à tous ministres quelle reigle ils doyvent su>^'re et tenir en leur doctrine. Par ainsi, la puissance de l'Eglise n'est pas infinie, mais sujette à la parolle de Dieu, et quasi enclose en icetle.

o. Or comme ainsi soit que tousjours cela ait eu Ueu et ait deu valoir en l'Eglise de Dieu, comme encore y doit valoir de présent, assavoir que les Docteurs qu'il envoyé n'enseignent rien sinon ce qu'ils auront apprins de luy: toutesfois il y a eu diverses façons d'apprendre, selon la diversité des temps : et celle qui est maintenant,"ditfere île celle qu'ont eu les Prophètes et Apostres. Premièrement, si ce que dit le Seigneur Jésus est vray, (pic nul n'a veu le Père sinon le Vih, et ceîuy auquel le Fils le veut révéler (Matth. 11, 27), il a fallu ([ue ceux qui ont voulu dés le commencement parvenir à la cognoissance de Dieu, ayent esté adressez par luy, qui est la sagesse éternelle. Car comment eussent-ils comprins du commencement les se-

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