CHAPITRE XII
une profanation des mystères de Dieu, puis que selon l'opinion de reu\-cy, ils ne les trailoyent point purement. Hien est vray que ceste matière fust niiili'o au Concile de Nice : et (rouune il s'en trouve toasjours quelques su[)erstitieu\, qui soni,^ent quehiue resverie nouvelle pour se rendre admirables) il y en avoit qui eussent voulu le nuuiage estre interdit aux Prestres. Mais qu'est-ce (ju'il y fut constitué? C'est que la sentence de Paphnutius fut receue : lequel declaira que c'estoit chasteté, coliabitation de l'homme avec la femme ' . Parquoy le sainct maiiage demeura en son entier, et ne fust point réputé à deshonneur aux FCvesques qui estoient mariez : et ne jugea-on point que cela tournast à quelque macule au ministère.
27. Depuis survindrent d'autres temps, ausquels s'augmenta ceste folle sui)erstition, d'avoir en estime excessive l'ahstinence de mariage. Car la virginité estoit tellement prisée, qu'à grand'peine estimoit-on (|u'il y eust vertu digne d'accomparer à icelle. Et combien que le mariage ne fust pas du tout condamné comme pollution, toutesfois le dignité d'iceluy estoit tellement obscurcie, qu'on n'estimoit point (ju'un homme aspirast droitement à perfection, sinon (|u'il s'en abstinst. De là sont venus les canons, par lesquels il a esté ordonné que ceux qui estoyent desja en l'estiit de Prestrise. ne se mariassent plus. Puis après d'autres, par lesquels il a esté défendu d'en recevoir qui fussent mariez, sinon que par le consentement de leurs femmes ils promissent chasteté perpétuelle. Pource qu'il sembloit advis que cela servoit à rendre la Prestrise plus honnorable, on l'a favorablement receu. Toutesfois si nos adversaires nous objectoyent l'ancienneté, je respon premièrement que ceste liberté a esté du temps des Apostres, et a duré assez longuement après, que les Prestres pouvoyent estre mariez : mesme que les Apostres et les autres saincts Pères de l'Eglise primitive n'ont point fait scrupule d'en user. Je dy secondement, que nous devons avoir en estime leur exemple: que c'est mal jugé à nous de tenir pour illicite ou deshonneste ce (jui a esté lors non seulement usité, mais aussi prisé. Je dy davantage, que mesme du temps ([ue le mariage n'a plus esté en telle révérence qu'il appartenoit. par l'opinion superstitieuse qu'on avoit de la virginité, si est-ce qu'on n"a point du premier
coup défendu aux Prestres de se marier, comme si c'estoit une chose nécessaire, mais pource qu'on preferoit au mariage Testât de continence. Finalement, je liy que ceste loy n'a pas tellement esté requise lors, qu'on contreignist à continence ceux qui ne la pouvoyent garder. Qu'ainsi soit, les Canons anciens ont ordonné grieves peines sur les Prestres qui auroyent paillarde : ceux qui avoyent prins femmes, ils les ont seulement demis de l'office.
28. Parijuoy, toutes fiMs et quantes que nos adversaires, pour maintenir ceste nouvelle tyrannie dont ils usent, nous allégueront l'Eglise ancienne, nous répliquerons aucontraire, qu'ils detnonstrent en leurs Prestres une telle chasteté (lu'estoit celle des Prestres anciens: qu'ils ostcnt tous paillars et adultères : qu'ils ne permettent point que ceux les(|uels ils ne peuvent soulTrir lialjiter avec une femme en mariage, s'abandonnent à toute vilainie : qu'ils remettent au dessus la discipline ancienne, laquelle est abolie entre eux, pour reprimer la deshonnesteté qui se commet entre eux: et qu'ils délivrent l'Eglise de ceste honte et turpitude, par laquelle elle a esté ja long temps deffigurée. Quand ils nous auront ottroyé tout cela, nous aurons encore une autre réplique à leur faire, qu'ils n'imposent point nécessité en une chose laquelle de soymesme est libre, et se doit accouunoder à l'utilité de l'Eglise. Je ne dy pas ces choses pour accorder qu'on doive aucunement donner lieu aux Canons qui ont astreint les gens d'Eglise à Testât de continence : mais afm que toutes gens de bon esprit cognoissent quelle impudence c'est à nos adversaires, de tant diffamer le sainct mariage sous couleur de l'Eglise ancienne. Quant est des Pères desquels nous avons les livres, excepté Hierome, ils n'ont point detracté si fort de Thonnesteté du mariage, mesmes quand ils declairent privément ce qu'ils en pensoyent. Nous serons contens d'un tesmoignage de sainct Chrysostome, veu qu'il n'est point suspect d'avoir trop favorisé au mariage, mais au contraire a trop encline à priser et magnifier la virginité. Or il parle en ceste manière : Le premier degré de chasteté est virginité inmiaculée: le second est mariage loyalement gardé*". C'est donc une espèce de virginité, que l'amour du mary et de la femme, quand ils vivent bien
en mariage.