LIVRE IV
mis en nostre liberté. Secondement, c'est une chose notoire, et laquelle n'a point mestier de proliation, que nostre Seii^neur a expressément ordonné que ceste liberté ne fust point violée. Outreplus, sainct Paul, tant à TitO(|u'à Tiinotliée, ordonne qu'un Evesque soit mari d'une seule femme (1 Tim. 3, 2; Tite 1, 6). Mais comment eust-il peu parler avec plus grande véhémence, que quand il dénonce qu'il y aura desmeschans lesquels défendront le mariage (1 ïim. 'i, 3), protestant que le sainct Esprit les révèle, afin qu'on s'en donne de garde, et nomme telle manière de gens non seulement Séducteurs, mais Diables ? Voila donc la prophétie et le tesmoignage du sainct Esprit, par lecpiel il a voulu dés le commencement prémunir les Eglises ; c'est que la défense du mariage est doctrine diabolique. Mais nos adversaires pensent avoir trouvé une belle eschappatoire, (juand ils exposent cela estre dit des sectes anciennes d'heretiques, comme de Montanus, des Tatiens et des Encratites : Ce sont, disent-ils, ceux-là qui ont reprouvé le mariage, et non pas nous : mais seulement le défendons au Clergé, comme ne luy estant point convenable. Comme si ceste prophétie,'encore qu'elle eust esté une fois accomplie aux Tatiens et autres semblables, ne pouvoit aussi bien convenir k eux. Mais nous ne condamnons point, disent-ils, le mariage du tout, seulement nous le défendons au Clergé. Comme si une cavillation tant puérile, estoit digne d'estre receue, de dire qu'ils ne défendent point le mariage, d'autant qu'ils ne le défendent point à tous. Cela est autant comme si quelque tyran disoit, une loy (ju'il auroit faite n'estre point inique, d'autant qu'elle ne greveroit qu'une partie du peuple.
24. Ils objectent qu'il y doit avoir quelque marque pour discerner le Clergé d'avec les laies. Comme si Dieu n'avoit point preveu quels sont les vrais ornemens qui doyvent estre aux gens d'Eglise. En parlant ainsi ils blasment i'Apostre, comme s'il avoit confondu l'ordre de l'Egbse, et renversé l'honnesteté d'icelle; veu qu'en donnant comme un patron d'un vray Evesque, entre les vertus qu'il y requiert, il y met le mariage (1 Tim. 3, 2). Je say bien comment ils exposent cela : c'est qu'il ne faut point eslire pour Evesque celuy qui aura esté marié pour la seconde fois. Et de faict, je confesse que ceste interprétation n'est pas nouvelle : toutesfois il appert par la procédure, qu'elle est fausse : d'autant qu'incontinent après il ordonne quelles doivent estre les femmes des Prestres et Diacres. Voila donc sainct Paul qui met le mariage entre les vertus d'un Ijou Evesque : ceux-cy disent que c'est un vice intolérable en Testât Ecclésiastique : qui pis est, n'estant point contens de l'avoir blasmé en gênerai, ils l'appellent Souilleure et pollution charnelle : qui sont les
parolles de Syricius Pape, recitées en leurs canons '^*. Qu'un chacun pense en soy-mesme de quelle boutique cela est party. Nostre Seigneur Jésus fait cest honneur au mariage, de le nommer image et représentation de l'unité saincte et sacrée qu'il a avec l'Eglise. Que pourroit-on dire plus pour exalter la dignité du mariage? Quelle impudence donc est-ce, de l'appeler Immonde et poilu, quand il nous demonstre la grâce spirituelle de Jésus Christ?
25. Or comme ainsi soit que leur prohibition répugne ainsi clairement à la parolle de Dieu, toutesfois encore ils ont une couverture pour monstrer que les Prestres ne se doivent point marier : c'est que s'il a fallu que les Prestres Levitiques, quand ils approchoyent de l'autel, ne cohabitassent point avec leurs femmes, afin de faire plus purement leurs sacrifices; ce ne seroit point raison que les Sacremens de Chrestienté, (|ui sont plus nobles et plus excellens, fussent administrez par gens mariez. Comme si c'estoit un mesme office du ministère Evangelique, et de prestrise Levitique. Au contraire, les Prestres Levitiques representoyent la personne de Jésus Christ : lequel estant Médiateur de Dieu et des hommes (1 Tim. 2, 5), nous devoit réconcilier au Père par sa pureté tresaccomplie. Or comme ainsi soit qu'iceux estans pécheurs ne peussent respondre en toute manière à sa saincteté : afin de la représenter aucunement en figure, il leur estoit conmiaudé de se purifier outre la coustume humaine, quand ils approchoyent du Sanctuaire : d'autant que lors proprement ils portoyent la figure de Christ, en ce que comme moyenneurs ils apparoissoyent devant Dieu au nom du peuple au Tabernacle, qui estoit comme image du Throne céleste. Or puis que les Pasteurs Ecclésiastiques n'ont point cest office et personne, la comparaison n'est point à propos. Pourtant I'Apostre sans aucune exception atferm e que le mariage est honnorable entre tous : mais que Dieu punira les paillards et adultères (Hebr. 13, 4). Et de fait, les Apostres ont approuvé par leur ;exemple, que le mariage ne deroguoit à la saincteté d'aucun estât, de quelque excellence qu'il fust. Car sainct Paul tesmoigne que non seulement ils ont retenu leurs femmes, mais aussi qu'ils les ont menées en leur compagnie (1 Cor. 9, 5).
26. Davantage, c'a esté une grande impudence, qu'ils ont exigé une telle masque de chasteté pour chose nécessaire. En quoy ils ont fait grand opprobre à l'Eglise ancienne: laquelle combien qu'elle ait esté excellente en pure doctrine, neantmoins a encores plus flory en saincteté. Car s'il ne leur chaut des Apostres, que diront-ils, je vous prie, de tous les Pères anciens, lesciuels on voit non seulement avoir toléré le mariage entre les Evesques, mais aussi l'avoir approuvé? Il s'ensuyvroit qu'ils ont entretenu