‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 576 sur 703 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

licence d'oser rien vouer à Dieu, qui n'ait tesmoifj^na^T aucun de luy. Car ce que dit sainct Paul, (lue tout ce ([ui se fait sans Jby est péché (Rom. 14, 23), comme ainsi soit ([u'il s'estende à toutes œuvres, toutesl'ois lors il a princiitalenient lieu, (juand l'homme adresse directement sa pensée à Dieu. Mesmes si nous errons ou trebuschons quant aux moindres choses du monde où il n'y a point certitude de l'oy, et que nous ne soinmes point esclairez par la parolle de Dieu, combien nous convient-il estrc plus * modestes, (|uand il est question d'entreprendie chose de si grande iuqtorlance? Car il n'y a rien de plus grande importance, que ce qui appartient à servir Dieu. Pourtant que ceste soit la première reigle ([uant aux vœuz : que nous n'entreprenions de rien vouer, que nous n'ayons ceste resolution en nostre conscience, que nous n'attendons pas cela témérairement. Or nous serons adonc hors du danger de témérité, quand nous aurons Dieu pour nous guider, nous dictant (piasi par sa parolle ce qui est bon de faire, ou mauvais.

3. Le contenu de la seconde considération que nous avons dite, revient à ce point, que nous mesurions noz forces, et que nous regardions nostre vocation, et ([ue nous ne mesprisions point la liberté que Dieu nous a donnée. Car celuy (jui voue ce qui n'est point en sa puissance ou qui répugne à sa vocation, est téméraire : et celuy (lui mesprise la grâce de Dieu, par laquelle il est constitué seigneur et maistre de toutes choses, est ingrat. En disant cela je n'enten pas que nous ayons rien en nostre main, pour le pouvoir promettre à Dieu en fiance de nostre vertu : car c'est à bon droit qu'il a esté décrété au Concile d'Arausiquc ^^**, que nous ne pouvons rien vouer deuement à Dieu, sinon ce que nous aurons receu de sa main : veu que toutes choses ({ue nous luy pouvons offrir, sont dons procedans de luy. Mais comme ainsi soit que Dieu par sa bénignité nous ait mis certaines choses en nostre faculté, et (ju'ilnous ait dénié les autres : qu'un chacun suyvant l'admonition de sainct Paul, regarde la mesure de la grâce qui luy est donnée (Rom. 12, 3; 1 Cor. 12, 11). Mon intention est de dire (ju'il faut compasser noz vœux à la mesure que Dieu nous ordonne par le don qu'il nous fait, n'attentant point plus qu'il ne nous permet, de peur de nous précipiter en nous attribuant trop. Exemple : (Juand ces batteurs de pavé, desquels sainct Luc fait mention aux Actes, vouèrent de ne manger jamais un morseau de pain, jusqu'à ce qu'ils eussent tué sainct Paul (Act. 23, 12): encore le cas posé que leur intention n'eust pas esté si meschante, leur témérité estoit insupportable, entant qu'ils assujettissoyent a leur pouvoir la vie et la mort d'un homme. Pareillement Jephthé a receu payement digne de sa folie, quand il luy a fallu

sacrifier sa fille pour avoir fait un vœu inconsidéré en son ardeur (Jug. M, 'Mï). Mais on voit un comble de rage, en ce (pie tant de gens vouent de ne se marier jamais. Les Prestres, Moynos et Nonains ayant oublié leur infirmité, cuydent (lu'ils se pourront bien passer pour toute leur vie de se marier. Et (jui leur a révélé qu'ils pourront garder chasteté toute leur vie, à huiuelle ils s'obligent a tousjours ? Ils oyent la sentence de Dieu, touchant la condition universelle des hommes : c'est qu'il n'est point bon à l'homme d'estrc seul (Cen. 2, 18). lis entendent (et pleust à Dieu (ju'ils ne le sentissent point) combien les aiguillons d'incontinence sont aspres en leur chair. De quelle hardiesse osent-ils rejettcr pour toute leur vie ceste vocation générale, veu (lue le don de continence est le plus souvent donné cà certains temps, selon que l'opportunité le requiert? En telle obstination qu'ils n'attendent point (lue Dieu leur doive aider: mais plustost qu'ils se souviennent de ce qui est escrit, Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu (Deut. G, IG;. Or cela est tenter Dieu, de s'efforcer contre la nature qu'il nous a donnée, et contemner les moyens qu'il nous présente, comme s'ils ne nous appartenoycnt de rien. Ce que ceux-ci non seulement font, mais n'ont point honte d'appeUer le mariage. Pollution, duquel nostre Seigneur n'a point pensé l'institution estre indigne de sa majesté : lequel il a prononcé estre honnorable en tous (Hebr. 13, 4) : lequel Jésus Christ a sanctifié par sa présence, et honnoré par son premier miracle (Jean 2, 2 ss.). Et font cela seulement pour magnifier Testât qu'ils tiennent, c'est de s'abstenir de mariage : comme s'il n'apparoissoit point par leur vie mesme, que c'est bien autre chose d'abstinence de mariage, que de virginité. Et neantmoins ils sont si effrontcz, que d'appeller leur vie, Angélique. En quoy certes ils font trop grande injure aux Anges de Dieu, aus(iuels ils accomparagent paillards et adultères, et encore beaucoup pires. Et de fait, il ne faut pas icy grans argumens, veu qu'ils sont convaincuz par la vérité. Car nous voyons à l'œil, combien par horribles punitions nostre Seigneur punit une telle arrogance et contemnement de ses dons : et ay vergongne de descouvrir ce qui est plus occulte, combien qu'on en sait trop la moitié, tellement que l'air en put- Qu'il ne nous soit loisible de rien vouer qui nous empesche de servir a Dieu en nostre vocation, il n'y a nulle doute. Comme si un père de famille vouoit de quitter sa femme, et abandonner ses enfans, pour prendre quelque autre charge. Touchant ce que nous avons dit, qu'il ne faut point mespriser nostre liberté, cela seroit un peu obscur à entendre, si nous ne le declairions. Or le sens est tel : Comme ainsi soit que Dieu nous ait constitué maistres de toutes choses, et qu'il les nous ait tellement as-

Page 1