‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 577 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

siijotties que nous en puissions user pour nostre commodité, il ne nous faut point espérer que nous facions un service agréable à Dieu en nous assujettissant en servitude aux choses externes,, lesquelles nous doyvent estre en aide. Je dy cela, pource que plusieurs pensent que ce soit une verlu d'iiuniilité, de s'astreindre à plusieurs observations desquelles le Seigneur non sans cause a voulu que nous fussions libres. Pourtant si nous voulons éviter un tel danger, il ne nous faut jamais eslongner de l'ordre que le Seigneur nous a institué en l'Eglise Chrestienne.

4. Je vien maintenant à la troisième considération que j'ay mise : c'est (jue pour approuver noz vœuz k Dieu, il faut bien adviser a quelle intention nous les faisons. Car d'autant que Dieu regarde le cœur, et non pas l'apparence extérieure, de là il advient qu'une mesme chose, selon que le propos sera divers, luy sera quelque fois agréable, et quelque fois luy desplaira grandement. Si quelcun voue de s'abstenir de boire vin, comme si en cela il y avoit quelque saincteté, il sera à bon droit condamné de superstition. S'il regarde à une autre fin qui ne soit point mauvaise, nul ne le pourra reprouver. Or selon que je puis juger, il y a quatre fins ausquelles se doivent rapporter tous noz vœuz. Pour donner plus claire intelligence de cela, nous dirons que les deux appartiennent au temps passé, les deux autres au temps à venir. Les vœux, dy-je, regardent au temps passé, quand par iceux nous faisons à Dieu recognoissance des bénéfices que nous tenons de luy, ou par lesquels nous chastions les vices que nous avons commis, afin d'en obtenir pardon. Les premiers, nous les pourrons appeller Vœuz d'action de grâce : les seconds, nous les pourrons appeller Vœuz de pénitence. Quant est du premier genre, nous en avons un exemple au vœu que fit Jacob, en promettant à Dieu les décimes qu'il acquerroit en la terre d'Orient, s'il luy faisoit la grâce de retourner en la terre de sa nativité (Gen. 28, 20). Nous en avons aussi un exemple commun aux sacrifices qu'on appelloit Des pacifiques, que les saincts Rois ou gouverneurs allans à la guerre proinettoyent à Dieu de luy rendre, s'il leur donnoit la victoire contre leurs ennemis : ou bien que le peuple estant en quelque affliction, vouoit à Dieu, s'il en estoit délivré par sa grâce. Et eu ce sens faut prendre tous les passages des Pseaumes qui parlent des vœuz (Ps. 22, 26: o6, 13; 116, 14. 18). Nous pouvons aujourdhuy aussi bien user de telle espèce de vœuz, toutes fois et quantes que Dieu nous délivre de quelque calamité ou maladie dangereuse, ou autre péril. Car cela n'est pas répugnant à l'office d'un bon Chrestien, de présenter en tel cas à Dieu quelque oblation qu'il aura vouée, seulement pour recognoissance du

bénéfice qu'il a receu, pour n'estre point ingrat à sa bonté. Quant à la seconde espèce, il suffira de demonstrer par un exemple familier quelle elle est. Prenons le cas que quelcun par son intempérance et gourmandise soit tombé en quelque péché : il ne nuira de rien quand il renoncera pour un temps à toutes délices, pour corriger ce vice d'intempérance auquel il se sent autrement enclin. Il n'y a aussi nul inconvénient qu'il face vœu sur cela, afin de se lier plus estroitement. Toutesfois je n'impose point loy à ceux qui auront failly en quelque sorte, de faire tous un seml)lable vœu : mais seulement je demonstre ce qui seroit ficite à quelcun de faire, quand il penseroit que cela luy seroit utile. Parquoy je dy qu'un tel voeu est sainct et légitime, sans prejudieier à la liberté d'un chacun d'en faire comme il voudra.

5. Quant aux vœux, qui regardent le temps à. venir, les uns, comme j'ay dit, tendent à nous rendre plus soigneux à éviter les dangiers : les autres sont pour nous inciter à faire nostre devoir. Exemple : Quelcun se verra tellement enclin à un vice, qu'il ne pourra pas tenir moyen ni attrempance en une chose laquelle de soy ne sera que bonne : il ne fera point mal, renonçant par vœu à en user à certain temps. Comme si quelcun voit qu'il ne puisse user d'un accoustrement sans vaine gloire ou autre vanité, et neantmoins qu'il convoite et appete fort d'en user, il ne peut mieux faire que de se brider, s'imposant la nécessité de s'en abstenir, pour coupper la broche à sa convoitise. Semblablement, si quelcun est oublieux ou nonchalant à s'acquiter de ce qui est de l'office d'un Chrestien, pourquoy ne pourra-il corriger sa nonchalance, s'astreignant par vœu h faire ce qu'il a accoustumé d'oublier ? Je confesse bien qu'en l'une et en l'autre il y a comme une instruction puérile : mais par cela nous pouvons dire que ce sont aides à l'infirmité des rudes et imparfaits, dont ils se peuvent servir licitement. Pourtant tous les vœuz qui regarderont à l'une de ces fins, principalement les vœuz des choses externes, nous les tiendrons pour bons, moyennant qu'ils ayent approbation de Dieu pour leur appuy, et qu'ils conviennent à nostre vocation, et qu'ils soyeni compassez à la grâce que Dieu nous a faite.

6. Maintenant il n'est pas difficile de conclurre que c'est qu'il faut généralement sentir des vœuz. 11 y a un vœu commun entre les fidèles, lequel a esté fait pour nous au Baptesme, et le confermons en faisant protestation de nostre foy, et en recevant la Cène. Car les Sacremens sont comme instrumens de contracts, par lesquels Dieu nous promet sa miséricorde, et par icelle la vie éternelle : nous d'autre costé luy promettons obéissance. Or le contenu ou la somme de ce vœu que nous faisons au Baptesme, est de

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