LIVRE IV
rieur. Ciw par la Parolle il ne faut pas entendre ua murmure qui se face sans sens et intelligence, en barliotaiit à la façon des enchanteurs, comme si i)ar cela se fuisoil la consécration: mais il nous faut entendre la Parolle qui nous soit prescliée, pour nous enseigner et nous faire savoir que veut dire le signe visible. Pourtant ce (|ui se fait sous la tyrannie du Pape, est une meschante profanation des Sacremens. Car il leur semble advis que c'est assez si le Prestre fait la consécration en murmurant sans sens, le peuple estant là tout esbahy et la gueule bée. Et niesme ils font un myst^.n■e de cela, que le peuple n'entende rien à ce qui se dit. l'ourtant ils ont composé toutes leurs consécrations en Latin. Puis la superstition est venue jusques là, qu'il leur semble advis que la consécration n'est point deucment faite : sinon en subsillant tout bas, tellement qu'on n'oye pas mesme le son. Or sainct Augustin parie bien autrement des parolles sacramentales : Que la Parolle, dit-il, soit conjointe au signe terrien, et il sera fait Sacrement. Car dont vient telle vertu à l'eau, qu'en touchant le corps elle lave le cœur, sinon en vertu de la Parolle ? non point entant qu'on la prononce, mais (ju'on la croit. Car c'est autre chose du son qui passe, et de la vertu qui demeure. C'est la Parolle de foy qui est preschée, dit l'Apostre. Pourtant il est dit aux Actes, que Dieu purifie les cœurs par foy: et sainct Pierre dit, que le Baptesme nous sauve, non point en despouillant les ordures de la chair, mais entant que nous avons bonne conscience pour respondre à Dieu. C'est donc la parolle de foy que nous preschons, par laquelle le Baptesme est consacré pour pouvoir nettoyer ^*^ (Rom. 10, 8; Act. lo,9; 1 Pierre 3, 21). Voila les mots de sainct Augustin. Or nous voyons qu'il requiert prédication aux Sacremens, de laquelle la foy s'ensuyve. Et ne faut point icy user de plus longue probation : veu qu'il est tout notoire que c'est que Jésus Christ a fait, (jue c'est qu'il nous a commandé de faire, que c'est qu'ont suyvy les Apostres, et que l'Egli.-e ancienne a observé. Mesme on sait que depuis le commencement du monde, (|uand Dieu a donné quelque signe aux Pères, il l'a conjoint d'un lien inséparable avec doctrine: pourcc que sans icelle le regard muet ne peut sinon estonner noz sens. Quand donc il se fait mention des parolles sacramentales, par cela entendons la promesse, laquelle doit estre preschée haut et clair du Ministre, pour mener le peuple où le signe tend.
o. Et ne sont à escouter aucuns qui arguent par ceste cavillation : Ou nous savons, disent-ils, que la parolle de Dieu, laquelle précède le Sacrement, est la vraye volonté de Dieu : ou nous ne le savons pas. Si nous le savons bien, nous n'apprenons rien de nouveau par le Sacrement subséquent. Si nous ne le savons point, le Sa-
crement ne le nous pourra pas enseigner, duquel toute la vertu et efficace ne gist qu'en la Parolle. Qu'il leur soit en briefrespondu, queles seaux qui sont mis et apposez aux lettres et instrumens publiques, prins en soy ne sont rien : car s'il n'y avoit rien escrit au parchemin, ils ne serviroyent à aucune chose, et en vain y seroyent attachez. Et neantmoins pourtant ils ne laissent point de confermer, acertener et rendre plus authentique l'Escriture qui est contenue dedans les lettres, quand ils sont à icelles adjoustez. Et ne peuvent dire que ceste similitude soit puis nagueres controuvée par nous, et faite à plaisir : car sainct Paul en a usé, en appellant le Sacrement de la Circoncision :par un mot Grec, Spliragida, c'est à dire Séel. Auquel passage il demonstre que la Circoncision n'a pas esté à Abraliam pour justice, mais un seau de la paction, en fiance de laquelle il estoit ja auparavant justifié (Rom. 4, 11). Et pourquoy, je vous prie, cela nous doit-il olfenser si nous enseignons la promesse estre scellée par les Sacremens, veu qu'il est manifeste qu'entre les promesses l'une est confermée par l'autre ? Car celle qui est la plus manifeste, est la plus propre pour asseurer la foy. Or les Sacremens nous apportent promesses tresclaires, et ont cela particulier outre la Parolle, qu'ils nous les représentent au vif, comme en peincture. Et ne nous doit point esmouvoir la diversité qu'on amené entre les Sacremens et les seaux des lettres patentes : assavoir que veu que les uns et les autres consistent en elemens charnels de ce monde, les Sacremens ne peuvent pas servir à sceller les promesses de Dieu qui sont spiritu elles, comme font les seaux pour sceller les escrits des Princes, quant aux choses transitoires et caduques. Car l'homme fidèle envoyant le Sacrement ne s'arreste point à l'extériorité, mais d'une saincte considération s'esleve à contempler les hauts mystères qui y sont cachez, selon la convenance de la figure charnelle avec la chose spirituelle.
6. Et puis que nostre Seigneur appelle ses promesses. Convenances et Appointemens(Gen. 6, 18; 9, 9 ; 17, 21): et les Sacremens, Marques et Enseignemens de convenances : on peut tirer et prendre une similitude des convenances et appointemens des hommes. Les Anciens pour confirmation de leurs appointemens, avoyent accoustumé de tuer une truye. Qu'eust f;ùt une truye tuée, si les mots de l'appointement ne fussent quant et quant intervenus, et mesme auparavant n'eussent procédé ? Car on tue bien souvent des truyes sans signifier autre mystère. Pareillement qu'est-ce par soy que de toucher en la main, veu que bien souvent plusieurs touchent aux mains de leurs ennemis pour leur mal faire ? et toutesfois quand les parolles d'amitié et convenance ont esté pre-