‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 589 sur 703 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

mises, elles sont confermées par tel signe, encore qu'auparavant elles ayent esté proposées, faites et arrestées. Les Sacreuiens ilonc nous sont des exercices pour nous rendre plus certains de la |)arolle et des promesses de Dieu. Et par ce que nous sonuiies diarnels, aussi il nous sont donnez en choses charnelles, afin qu'ainsi ils nous instruisent selon la caiiacité de noslre rudesse, et nous adressent et conduisent comme peda^^ogues font les petits enfans. A ceste cause Sacrement est appelle par sainct Augustin, Parolle visihle, pour autant qu'il nous demonstre connue en .une peincture les promesses de Dieu, et nous les représente au vif''*^ Nous pouvons aussi user d'autres sinulitudes. pour j)leinement designer les Sacremens, connue en les appellant Pilliers de nostre foy. Car ainsi qu'un édifice se porte et se soustient sur son fondement, et toutesfois quand on y adjouste par dessous les pilliers, il en est rendu plus seui' et plus ferme : en ceste manière aussi nostre foy se repose et soustient sur la paroUe de Dieu, comme sur son fondement : mais (juand les Sacremens y sont adjoustez, ils luy servent ainsi que de pilliers, sur lesquels elle s'appuye plus fort, et s'y conferme encore mieux. Ou autrement en les appellant Miroirs, aus(|uels nous puissions contempler les richesses de la grâce de Dieu, lesquelles il nous eslargist. Car par iceux Sacremens, comme desja devant a esté dit, il se manifeste à nous selon qu'il est donné à nostre sens hebeté de le pouvoir cognoistre, et nous testifie son bon vouloir envers nous plus expressément (lue par la paroUe.

7. C'est aussi mal argué à ceux qui prétendent les Sacremens n'estre point tesmoignages de la grâce de Dieu, pourtant que bien souvent ils sont rceus des mauvais, qui touteslois pour cela n'en sentent de rien plus Dieu leur estre favorable, mais on acquièrent tousjours plus grieve danmation. Car par mesme raison l'Evangile ne seroit point aussi tesmoignage de la grâce de Dieu: car elle est ouye de plusieurs qui la mesprisent. Ne finalement Jésus Christ mesme, lequel a esté veu et cogneu de plusieurs, desquels bien peu l'ont receu. Le semblable se peut voir aux lettres patentes des Princes. Car une grande partie du peuple, combien qu'elle sache que le seau authentique qui est apposé, est venu du Prince, neaiitnioins ne laisse point de le contemner. Les uns le laissent la comme une chose n'appartenant de rien à soy, les autres mesmes l'ont en exécration : tellement qu'en reputant une telle convenance, il ne se peut faire que nous n'approuvions la similitude cy dessus mise. Parquoy il est trescertain que nostre Seigneur, tant en sa saincte paroUe qu'en ses Sacremens, nous présente a tous sa miséricorde, et la grâce de sa bonne volonté ; mais elle n'est acceptée que de ceux qui recoyvent

et la Parolle et les Sacremens en certaine foy; comme nostre Seigneur Jésus Christ a esté du Pore olleit et présenté à tous pour salut, mais il n'a pas esté recogneu et receu de tous. Sainct Augustin on cpichpie lieu vdulant dénoter cela, a dit iiue la vertu de la Parolle qui est au Sacrement, gist non pas en ce qu'elle est prononcée, mais en ce qu'elle est creue et receue '^". Pourtant sainct Paul parlant des Sacremens entre les fidèles, en dispute tellement (ju'il enclûst en iceux la communion de Jésus ('hrist. comme quand il dit: Vous tous qui avez esté baptisez, avez vestu Christ ((ial. 3, 27). Item, Nous sommes un corps et un esprit, d'autant que nous avons esté baptisez en Christ (1 Cor. 12, l'.\). Aucontraire, (piand il taxe l'usage mauvais et pervers des Sacremens, il ne leur attribue non plus qu'à des figures vaines et inutiles. Enquoy il signifie (jue combien que les mesclians et les hypocrites anéantissent (ju empeschent la vertu et l'efTect de la grâce de Dieu aux Sacremens, toutesfois f[uc cela ne répugne point que les Sacremens, toutes fois et (luantes (juil plaist k Dieu, n'apportent vray tesmoignage de la comnmnion de Jésus Christ, et (|ue le sainct Esprit n'exhibe à la vérité ce qu'ils promettent. Nous concluons donc que les Sacremens sont vrayement nommez Tesmoignages de la grâce de Dieu, et comme seaux de la faveur qu'ils nous porte, lesquels la signans en nous, consolent par ce moyen nostre foy, la nourrissent, conferment et augmentent. Et les raisons qu'aucuns ont voulu alléguer aucontraire, sont trop frivoles et débiles. Les uns disent que si nostre foy est bonne, elle ne se pourroit faire meilleure : car ce n'est point foy, sinon qu'elle s'appuye et arreste sur la miséricorde de Dieu si fermement, qu'elle n'en puisse estre desmeue ne distraite. Ausquels il estoit beaucoup meilleur île prier avec les Apostres, que le Seigneur leur augmentast la foy (Luc 17, 5), que nullement se vanter d'une telle perfection de foy, laquelle jamais nul ties boiinues n'a eue, n'y aura en ceste vie. Qu'ils respondent (pielle foy ils pensent avoir esté en celuy qui disoit. Je croy, Seigneur, aide mon incrédulité (Marc 9, iï). Car ceste foy aucunement encommencéc estoit bonne, et pouvoit encore estre faite meilleure par la diminution de l'incrédulité. Mais ils ne' peuvent estre réfutez par nuls plus certains argumens, que i)ar leur i)ro])re conscience: Car s'ils se confessent pécheurs (ce que veuillent ou non ils ne peuvent nier) nécessairement il faut (ju'ils en imputent la faute à l'imperfection de leur foy.

8. Mais ils disent, Philippe respondit à l'Eunuque, que s'il croyoit de tout son cœur, il luy estoit licite d'estre baptizé (Act. 8, 37). Et quel lieu doit icy avoir la confirmation du Baptesme, où la foy occupe et emplit tout le cœur? Pour res-

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