LIVRE I
mesmc dorlrine. pour LkiuoIIc maintenant je eoniba: assavoir coHii)ien ([ifil n'y ait ([u'un seul Dieu, (lue loutesfois par certaine disposition il est avec sa Parolle : ainsi ([u'il y a un seul Dieu en unité de substance, et loutesfois que ceste unité i)ai- une dispensation secrelte est distincte en trinité : et qu'il y en a trois, non pas en essence mais en degré : non pas en substance, mais en forme : non pas en jjuissancc, mais en ordre. Il maintient bien le Fils estre second au Père : mais cela n'est (jue ])our distinguer les |)ersonnes. Il iiomme (|uel<iue part le Fils, visible, mais après avoir disi)uté d'une part et d'autre, il resoud ([u'il est invisible entant (pi'il est la Parolle du Perc. Finalement en disant que le Père est marqué et designé par sa personne, il monstre assez qu'il est du tout contraire;! ceste resverie. contre la(]uclle je dispute : car par cela il monstre ({u'en l'essence il n'y a mille diversité. Et combien rpi'il ne recognoisse autre Dieu (pie le Père, loutesfois en la procédure tantost après il declaire et monsti'e ([u'il ne l)arle point exclusivement au i'egard du Fils, en disant (pi'il n'est point autre Dieu que le Père : et i)ourtant (pie le seul empire ou monarchie de Dieu n'est point violée jjar la distinction des personnes. Bref par l'argument (pi'il traitte, et par le but auquel il tend, il est aisé de recueillir le sens des paroUes. Il débat contre un hérétique nommé Praxea, combien que Dieu soit distingué en trois personnes toutesfois (pi'on ne fait i)oint plusieurs dieux : et que l'unité par cela n'est point deschirée. Et pourcc ijuc selon l'erreur de Praxea Jésus Christ ne pouvoit estre Dieu qu'il ne fust Père : Voilà pourquoy Tertulien s'arreste tant sur la distinction. Quant a ce qu'il dit que la Parolle et l'Esprit sont une portion du total : combien que ce soit une façon de parler dure et rude, toutesfois elle se jieut excuser, d'autant (pi'elle ne se rapporte point à la substance, mais seulement à ceste disposition (ju'il exprime, laquelle il proteste ne convenir sinon aux personnes. A fjuoy aussi s'accorde ce (ju'il adjouste. Combien penses-tu, homme pervers Praxea, •lu'il y ait de personnes, sinon autant qu'il y a de noms? et un peu après. Il faut croire au Père et au Fils et au sainct Esprit, en chacun selon son nom et sa personne. Je croy que par ces raisons l'impfudence de ceux qui font bouclier de l'autliorité de Tertulien pour ti'omper les simples, est assez rembarrée.
29. Et de fait quiconipie s'a])pli(iuera songneusement à conférer les escrits des Anciens l'un avec l'autre, ne trouvera rien en saint Irenée, sinon ce qu'ont enseigné ceux qui sont survenus depuis. Justin martyr est l'un des plus anciens, lequel s'accorde avec nous en tout et par tout. Que ces brouillons (pii aujourdhuy troublent l'Eglise allèguent tant (lu'ils voudront, que Justin et les autres aiipellenl le Père de Jésus Christ, seul Dieu. Je
confesse mesnies que saim-t Hilaire dit le mesme, voire parle plus rudement, assavoir que l'éternité est au Père : mais est-ce pour ravir au Fils l'essence de Dieu? Au contraire ses livres monstrenl (pi'il n'a autre estude (pie de maintenir la doctrine laquelle nous ensuyvons, et toutesfois ces escervelcz n'ont i)oint de honte d'extraire (piehiues mots rompus et mutilez, pom' faire accroire que sainct Hilaire maintient leur party. Quant à ce qu'ils font aussi couverture de sainct Ignace, s'ils veulent que cela leur serve, qu'ils [jrouvent en premier lieu ipie les Apostres ont estably le Quaresmc et beaucoup de menus fatras et abus ; bref il n'y a rien plus sot que ces iiagaiges (ju'on a ramassé sous le nom de ce sainct ]\Iartyr : et d'autant moins est supportable l'inqiudence de ceux qui se couvrent de telles masipies pour décevoir les ignorans. On peut aussi manifestement voir le consentement de toute l'ancienneté : d'autant qu'au concile de Nice Arrius n'osa jamais farder son hérésie par l'autliorité d'un seul docteur approuvé : ce qu'il n'eust point oublié, s'ileust eu (le quoy: et aussi ([ue nul des Pères tant Grecs que Latins qui estoyent là assemblés contre luy, ne mit jamais peine à excuser (pi'ils eussent aucun discord avec leurs prédécesseurs. Il n'est ja besoin de reciter combien saint Augustin, lequel ces brouillons tiennent i)Our ennemy mortel, a esté diligent à feuilleter les escrits des Anciens, et avec quelle révérence il les a leus et receus. Car s'il y a le moindre scrupule du inonde, il monstre pourquoy il est contreinct d'avoir son opinion à part, mesme en cest argument : s'il a leu es autres docteurs (pielque propres douteux ou obscur, il )ie le dissimule pas. Or ce pendant il prend pour chose résolue, que la doctrine contre laquelle ces esventés bataillent, a esté receue sans contredit de toute ancienneté : et toutesfois il appert assez d'un seul mot, que ce que les autres avoyent enseigné ne luy estoit pas incognu : assavoir (piand il dit (]uc l'unité agist au Père. Ces lirouillons diront-ils qu'il s'estoit alors oublié ? mais il se purge bien ailleurs de ceste calomnie, en appelant le Perc source ou principe de toute deité,*^ pource (ju'il ne procède point d'un autre : considérant prudemment que le nom de Dieu est attribué au Pcre par especial, pource ipie si nous ne commen(;ons à luy, nous ne pourrons concevoir une simple unité en Dieu. J'es]ieie (jue par ce que j'ay traitté toutes gens craignans Dieu cognoistront (|ue toutes les fausses gloses et astuces de Satan, par lesquelles il s'est eiîorcé de pervertir et obscurcir la pureté de notre foy, sont sufflsanmient abatues. Finalement je me confie que toute ceste matière se trouvera icy fidèlement expliquée, moyennant que les lecteurs tiennent la bride à toute curiosité, et ne convoytent iioint plus (ju'il ne seroit expédient d'attirer des disputes fascbeuses et