CHAPITRE XIX
de mal usurper ce mot, lequel engendre puis après des fausses opinions et perverses. L'extrême onction, disent ils, estSacreniont : et ainsi elle est figure et cause de la grâce invisible. S'il ne leur faut nuUeinent accorder la conclusion <|u"ils infèrent du mot, il convient de les prévenir au mot mesme, et résister de bonne heure à ce qui est cause de l'erreur. Derechef, quand ils veulent prouver que l'Extrême onction est Sacrement, ils adjuustent la raison, pource (pi'elie consiste au signe extérieur et en la parolle de Dieu. Si nous ne trouvons ne conunandenient, ne promesse appartenante a cela, que pouvonsnous autre chose faire que contredire?
-2. Maintenant il appert que nous ne plaidons pas du mot, mais que nostre dispute est de la chose : il appert aussi qu'elle n'est pas superflue, veu que la chose est de telle conséquence. Pourt-ant il nous faut retenir ce que nous avons paravant conlirnîé par raison invincible, que la puissance d'instituer Sacremens, n'est qu'à un seul Dieu. Car Sacrement doit par certaine promesse de Dieu asseurer et consoler les consciences des fidèles, lesquelles ne pourroyent jamais prendre de quelque homme telle asseurance. Sacrement nous doit estre un tesmoignage de la bonne volonté de Dieu envers nous : de laquelle nul des hommes ne des Anges ne peut de soy estre tesmoin : d'autant que nul n'a esté conseillier de Dieu (Is. 40, 13: Piom. 11, 3i). C'est luy-mesme seul (|ui nous testilie par sa parolle de ce qui est en luy. Sacrement est un seel duquel le Testament et promesse de Dieu est scellée. Or elle ne pourroit estre secllée par choses corporelles et elemens de ce monde, s'ils n'estoyent à ce marquez et destinez par la vertu de Dieu. L'homme donc ne peut instituer Sacrement, puis (ju'il n'appartient a la vertu immaine de faire que si grans mystères de Dieu soyent cachez sous choses tant viles. Il faut que la parolle de Dieu précède, pour faire le Sacremcjil estre Sacrement, comme il a tresbien esté dit par saincî Augustin "-'-. Davantage, si nous ne voulons tomber en beaucoup d'absurditez, il est mestier de distinguer entre les Sacremens et autres cérémonies. Les Apostres ont prié à genoux (Act. 9, 40 ; 20, 36) : ferons nous un Sacrement de cela ? Les Anciens se tournoyent vers Orient, vouians prier : le regard du soleil levant leur sera-il Sacrement ? L'élévation des mains est conjointe en l'Escriture avec la prière (l Tim. i, S) : en ferons-nous aussi bien un Sacrement ? Par ce moyeu toutes les contenances des Saincts deviemlroyent Sacremens.
3. S'ils nous veulent grever par l'authorité de l'Eglise ancienne, je dy qu'ils prennent une fausse couverture : car on ne trouvera ce nombre de sept Sacremens en nul des Docteurs de l'Eglise, et ne sauroit-on trouver quand il est venu en avant. Je confesse bien que les Doc-
teurs de l'Eglise usent quelque fois librement de ce mot, et a tous propos : mais ils signifient indilïeremment par iceluy, toutes cérémonies appartenantes à la Chrestienté. Mais (luand ils parlent des signes qui nous doyvent estre tesnioignages de la grâce de Dieu, ils se contentent de ces deux, du liaplesme et de l'Eucharistie. Afin qu'il ne semble «lue ce soit une fausse allégation que je lay, je produiray quehiues tesmoignages de sainct Augustin pour vérifier mon dire. Il dit ainsi à Januarius : Je veux que tu saches (|ue nostre Seigneur Jésus, comme luy-mesme le dit en l'Evangile, nous a submis a un joug gracieux, et à un fardeau legier. Et pom'lant il a ordonné en l'Eglise (^hrestienne peu de Sacremens en noinljie, faciles a observer, excellens en signification : comme est le Baptesme, consacré au Nom de la Trinité, et la communication du corps et du sang du Seigneur, et s'il y a quehjue autre chose commandée en l'Escriture -'^ Item au livre de la doctrine Clirestienne : Depuis la résurrection de nostre Seigneur, nous avons peu de signes qui nous ont esté baillez de luy et de ses Apostres. Et ceux que nous avons, sont faciles à observer, dignes et excellens en signification : connue le Baptesme, et la célébration du corps et du sang du Seigneur -^\ Pourquoy ne fait-il icy mention de ce nombre septénaire, auquel les Papistes mettent un si gros mystère r Est-il vray-semblable qu'il f eust laissé derrière, s'il eust esté desja institué en l'Eglise : veu mesme qu'il a esté homme fort curieux a observer les nombres, comme ou sait: voire plus que de besoin? Or en nommant le Baptesme et la Cène, il se taist des autres. IVe signifie-il pas bien par cela, que ces deux signes ont une prééminence singulière et dignité : et que tout le reste des cérémonies doit estre en degré inférieur ? Pourtant je dy que les Papistes, quant a leur nombre de sept Sacremens, non seulement ont la parolle de Dieu contre eux, mais aussi fEgiise ancienne, combien qu'ils facent semblant et se vantent de ravoir accordante avec eux.