‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 663 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

presentoyent dcrcehof à l'Evesquo, pour estre examinez selon la l'orme du Catéchisme qui estoit lors commune. Or afin que cest acte east plus de dignité et de révérence, on y usoit de la cérémonie de l'imposition des mains. Ainsi le jeune entant, ayant donné approbation de sa foy, estoit renvoyé avec bénédiction solennelle. De laquelle coustume les anciens Docteurs font souvent mention, ("omme Léon Evesque de Rome, quand il dit : Si quelcun s'est converty d'heresie, qu'on ne le l)a[)tize point derechef, mais que la vertu du sainct Esprit luy soit conférée par l'imposition des mains del'Evesque, ce qui luy defailloit auparavant -'=. Noz adversaires crieront icy que ceste cérémonie doit bien estre nommée Sacrement, jiuis que le sainct Esprit y est conféré. Mais Léon declaire en un autre passage, que c'est qu'il entend par ces parolles, en disant que celuy qui a esté baptizé des hérétiques, ne soit point rcbaptizé : mais qu'il soit confirmé par l'imposition des mains, en priant Dieu qu'il luy donne son Esprit d'autant qu'il a receu seuleinent la forme du Baptesme, et non point la sanctification ^^^. Et Hieromc aussi contre les Luciferiens, en fait mention. Or combien qu'il s'abuse en la nommant observation Apostolique toutesfois il est bien loin des folles resveries qu'ont maintenant les Paiiistes. Et encores corrige-il son dire en adjoustant que ceste bénédiction a esté permise auxEvesques seuls, plustost par honneur ([ue par nécessité. Quant à moy, je prise bien une telle imposition des mains, qui se feroit simplement par forme de prières. Et seroye bien content qu'on en usast aujourdhuy, moyeimant ([ue ce fust purement et sans superstition.

b. Ceux qui sont venus depuis ont renversé et enseveli ceste ordonnance ancienne, et au lieu d'icelle ont mis en avant je ne say quelle confh^mation forgée et controuvéc d'eux, laquelle ils ont fait tenir pour Sacrement do Dieu. Et afin d'abuser le monde, ils ont feint que sa vertu estoit de conférer le sainct Esprit à augmentation de grâce, qui auroit esté donné au Baptesme à innocence : confimer au combat ceux qui au Baptesme auroyent esté régénérez à vie. Or ceste Confirmation est accomplie par onction, et telle forme de paroUe : Je te marque par le signe de la saincte croix, etconfirme par onction de salut, au Nom du Père, et du Fils, et du sainct Esprit. Toutes ces choses sont belles et plaisantes : mais où est la paroUe de Dieu, promettant icy la présence du sainct Esprit ? Ils n'en pourroyent monstrer un poinct. Dont nous rendront-ils donc certains, ([ue leur Ghresmc soit un vaisseau du sainct Esprit ? Nous voyons de l'huile, une liqueur grâce et espesse, et rien plus. La Parolle, dit sainct Augustin, soit adjoustée à l'élément, et il sera fait Sacrement.

Qu'ils monstrent donc ceste Parolle, s'ilsnous veulent faire contempler quelque autrechose en l'huile, que l'huile mesme. S'ils se recognoissoyent, comme il appartient, estre ministres des Sacremens, il ne seroit mestier de combattre plus longuement. C'est la première reigle d'un ministre, de ne rien attenter sans mandement. Qu'ils produisent donc quelque mandement, qu'ils ayent de ce faire, et je ne feray plus long propos. Si mandement leur défaut, ils ne peuvent excuser que leur fait ne soit une audace trop outrageuse. Par mesme raison nostre Seigneur interroguoit les Pharisiens, si le Baptesme de Jean estoit du ciel ou des hommes. S'ils eussent respondu. Des hommes: il obtenoit qu'il estoit vain et frivole. Si, Du ciel: ils estoyent contraints de recevoir la doctrine de Jean. Parquoy de peur d'estre trop injurieux contre Jean, ils n'osèrent confesser que son Baptesme fust des hommes (Matlh. 21, 25). Pareillement, si la Confirmation est des hommes, il est résolu qu'elle est vaine et frivole. S'ils veulent persuader qu'elle soit du ciel, qu'ils le prouvent.

6. Ils se défendent par l'exemple des Apostres, lesquels ils estiment n'avoir rien fait contre raison. Ce qui est bien vray: et ne seroyent pas reprins de nous, s'ils se pouvoyent monstrer estre imitateurs des Apostres. Mais qu'ont fait les Apostres? Sainct Luc recite aux Actes, que les Apostres qui estoyent en Jérusalem, après avoir entendu que le pays de Samarie avoit receu la parolle de Dieu, ils envoyèrent Pierre et Jean : et qu'iceux venus prièrent pour les Samaritains, afin que le sainct Esprit leur fust donné, qui n'estoit encores descendu sur aucun d'eux, mais seulement estoyent baptizez au nom de Jésus: et qu'après avoir prié, ils mirent les mains sur eux, par lequel attouchement les Samaritains recourent le^ sainct Esprit (Act. 8, lo. 16). Et a ledict sainct Luc par quelque fois fait mention de ceste imposition des mains. J'oy ce que les Apostres ont fait, c'est que fidèlement ils ont exécuté leur office. Le Seigneur vouloit que les grâces visibles et admirables de son sainct Esprit, lesquelles il espandoit hirs sur son peuple, fussent administrées des Apostres, et distribuées par ceste imposition des mains. Or je ne songe point quelque haut mystère en ceste cérémonie: mais je pense qu'elle a esté prinse d'eux pour en iceUe signifier qu'ils recommandoyent à Dieu, et luy ofTroyent celuy sur lequel ils mcttoyent leurs mains. Si ce ministère qui estoit lors ordonné aux Apostres, estoit aujourdhuy en l'Eglise: il faudroit pareillement garder l'imposition des mains. Mais puis que telle grâce n'est plus conférée, de quoy sert l'imposition des mains ? Certes le sainct Esprit assiste encores au peuple de Dieu : sans la direction et conduitte duquel, l'Eglise ne-

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