‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 664 sur 703 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

peut consister. Car nous avons la promesse iiui jamais ne nous faudra, par laquelle Christ appelle à soy ceux qui ont soif, afin qu'ils boyvont des eaux vives (Jean 7, :{7). .Mais ces vertus merveilleuses, et opérations manil'esles qui estoyent distriituées par rinipositiondes mains, ont cessé, et n'ont deu estre que poui' un temps. Car il falloit que la nouvelle prédication de l'Evangile, et le nouveau règne de Christ fust exalté et magnifié par tels miracles, qui jamais n'avoyent esté veus ne cogneus. Lesquels quand le Seigneur a fait cesser, il n'a pas pourtant délaissé son Eglise: mais a déclaré que la magnificence de son règne, et la dignité de sa parolle cstoit assez hautement manifestée. En quelle partie donc ces bastelears ensuyvent-ils les Apostres ? Il convenoit faire par l'imposition des mains, que la vertu évidente du sainct Esprit incontinent se monstrast. Ils n'en font rien. A quel propos donc alleguent-ils pour eux l'imposition des mains ? Laquelle certes nous confessons avoir esté en usage aux Apostres, mais du tout à autre fin.

7. Cestc allégation est autant frivole, comme qui diroit le soufflement dmiuel le Seigneur .souffla sur ses disciples (Jean 20, 22), estre un Sacrement par lequel soit donné le sainct Esprit. Mais quand le Seigneur l'a une fois fait, il n'a pas voulu qu'il fust aussi fait de nous. En ceste manière les Apostres usoyent de l'imposition des mains, pour le temps qu'il plaisoit au Seigneur eslargir à leurs prières les grâces du sainct Esprit ; non pas afin que ceux qui ^ iendroyent après, contrefissent sans quelque fruict ledit signe vui<le et vain, comme font ces singes. Davantage, quand ils monstreroyent qu'en l'imposition des mains ils ensuyvent les Apostres (en laquelle toutesfois ils n'ont rien semblable k eux, sinon une folle et perverse singerie) dont prennent-ils l'huile qu'ils appellent de salut ? Qui les a enseignez de chercher salut en l'huile, et luy attribuer puissance de conforter spirituellement ? Est-ce sainct Paul, qui nous retire si loin des elemens de ce monde ? qui ne condamne rien plus que de s'arrester à telles observations (Gai. 4, 9; Col. 2, 20) ? Aucontraire, je prononce hardiment, non pas de moy, mais de Dieu, que ceux qui appelle l'huile. Huile de salut, renoncent au salut qui est en Clirist, rejettent (christ, et n'ont nulle part au royaume de Dieu. Car l'huile est pour le ventre, et le ventre pour l'huile : et le Seigneur destruira tous les deux. C'est à dire, que tous ces elemens infirmes qui périssent par usage, n'appartiennent rien au Royaume de Dieu, lequel est spirituel et sans fin. Quclcun me pourra icy dire, Quoy donc? veux-tu reigler à ceste mesure l'eau de laquelle nous sommes baptisez ? et le pain et le vin, sous lesquels nous est présenté le corps et le sang du Seigneur en la Cène ? Je

rcspon qu'aux Sacremens il y a deux choses à considérer : la substance de la chose corporelle, qui nous y est proposée: et l'enseigne qui par la [)arolle de Dieu luy est engravée, en la- (juelle gist toute la force. D'autant donc que le l)ain, le vin et l'eau, (|ui sont les Sacremens représentez à nostre œil retiennent leur substance naturelle, le dire de sainct Paul a lieu. La viande pour le ventre, et le ventre pour la viande: le Seigneur destruira tous les deux (1 Cor. 6, 13): car telles substances passent et s'esvanouissent avec la figure de ce monde (1 Cor. 7, .'U). Mais d'autant que ces choses sont sanctifiées par la parolle de Dieu pour estre Sacremens, elles ne nous arresteni point en la chair, mais nous enseignent spirituellement.

8. Toutesfois regardons encore de plus près combien de monstres nourrist ceste huile. Ces engresseurs disent que le sainct Esprit est donné au Baptesme pour innocence, et en la Confirmation pour augmentation de grâces: qu'au Baptesme nous sommes régénérez à vie, et {[u'en la Confirmation nous sommes armez pour batailler. Et tellement n'ont nulle honte, qu'ils nient le Baptesme estre bien parfait sans la Confirmation. 0 perversité ! Ne sommes-nous point donc ensevelis par le Baptesme avec Christ, pour estre faits consors de sa résurrection ? Ur sainct Paul interprète ceste participation de la mort et de la vie de Jésus Christ, estre la mortification de nostre chair, et la vivification de l'Esprit : d'autant que nostre vieil homme est crucifié, à ce que nous cheminions en nouveauté de vie (Rom. 6, 4). Sauroit-on mieux estre armé au combat contre le diable ? Que s'ils osoyent ainsi fouler aux pieds sans crainte la parolle de Dieu, pour le moins qu'ils eussent porté révérence à l'Eglise dela(|uelle ils veulent estre veus enfans obeissans. Or on ne pouiroit prononcer sentence plus severe contre ceste fausse doctrine ([u'ils maintiennent, ([ue ce qui fut jadis décrété au concile Milevitain, du temps de sainct Augustin: c'estassavoir que quiconque dit le Baptesme estre seulement donné pour la remission des péchez, et non point pour aide de la grâce du sainct Esprit, qu'il soit anathematizé. Quant à ce que sainct Luc, au lieu que nous avons allégué, dit que les Samaritains avoyent esté baptizez au nom de Jésus, lesquels n'avoyent point receu le sainct Esprit (Act. 8, 10) : il ne nie pas simplement qu'ils n'eussent receu quelque don de l'Espi'it, puis qu'ils croyoyent Jésus Christ de cœur et le confessoyent de bouche : mais il entend qu'ils n'avoyent eu la donation de l'Esprit, par laquelle on recevoit les vertus apparentes, et grâces visibles. A ceste raison il est dit que les Apostres receureut l'Esprit au jour de la Pentecoste (Act. 2): combien que long temps paravant il leur fust dit, Ce n'estes vous pas qui parlez: mais l'Esprit de

voslre Père parle en vous (Maltli. 10, 20). Vous voyez icy, vous tous qui estes de Dieu, la malicieuse et pestilente tinesse de Satan. Ce qui estoit veritahlement donné au Baptesme, il fait qu'il soit donné eu sa Gonlirniation, afin do nous destourner cauteleusement du Baptesme. Qui doutera maintenant ceste doctrine estre de Satan, laquelle ayant retrenché du Baptesme les promesses qui y estoyent propres, les transfère ailleurs ? On voit, dy-je dereehef, sur quel fondement est appuyée ceste nolalilc onction. La parolle de Dieu est, que tous ceux qui sont !)aptizez en Christ, ont vestu Christ, avec ses dons (Gai. 3, 27). La parolle des enyresscurs, que nous n'avons receu aucune promesse au Baptesme, laquelle nous munisse au combat contre le diable'-^". La première voix est de vérité : il tant donc que ceste-cy soit de mensonge. .le puis donc dellnir ceste Confirmation plus véritablement qu'ils n'ont fait jusques icy: c'est qu'elle est une droite contumelie contre le Baptesme, qui en obscurcist, voire abolist l'usage, ou que c'est une lausse promesse du diable pour nous retirer de la vérité de Dieu: ou, si on l'aime mieux, que c'est huile pollue par mensonge du diable, pour tromper les simples et imprudens.

9. Outreplus, ces Engresseurs adjoustont que tous fidèles doy vent recevoir par imposition de mains le sainct Esprit après le Baptesme, afm qu'ils soyent trouvez Chrestiens accomplis: car il n'y a nul plein Chrestien, sinon celuy qui est oingt par le Ghresme Episcopal -^^.Voila leurs propres mots. Mais je pensoye que tout ce qui appartient à la Chrestienté fast comprins et déclaré aux Escritures: et maintenant, comme je voy, il faut chercher la vraye reigle de religion hors d'icelles. Donc la sapience de Dieu, la vérité céleste, toute la doctrine de Christ ne fait sinon commencer les Chrestiens : l'huile les parfait. Par ceste doctrine sont condamnez tous les Apostres et tant de Martyrs, lesquels il est trescertain n'avoir jamais esté eniiuilez. Car ce sainct Chresme n'estoit pas encoi'e, par leijuel leur Chrestienté fust accomplie : ou plustost eux fussent faits Chrestiens, qui ne l'estoyent pas encore. Mais encore que je me taise, ces Chrismateurs se réfutent eux-mesmes amplement. Car la quantième partie de leur peuple enhuilent-ils api'es le Baptesme ? pas la centième. Pourquoy ilonc sou!lrent-ils tels demy Chrestiens en leur trouppeau, à l'imperfection desquels il estoit facile (le remédier? Pourquoy si négligemment soutfrent-ils que leurs sujets omettent ce qu'il n'estoit licite d'omettre sans grand crime? Que ne contraignent-ils plus fort à une chose tant nécessaire, et sans laquelle, comme ils disent, on ne peut obtenir salut, sinon qu'on soit empesché par mort soudaine? Certainement quand ils la soulTrent si aisément

contemner, ils confessent tacitement qu'elle n'estpas de si grand prix qu'ils en font semblant. 10. Finalement, ils déterminent qu'on doit avoir en plus grande révérence ceste sacrée Onction, que le Baptesme : pourtant qu'elle est seulement conférée par les mains des grans Prélats, où le Baptesme est vulgairement distril)ué par tous prestres "-'^^ Quediroit-on icy, sinon (ju'ils sont pleinement furieux, quand ils aiment tant leurs inventions, qu'ils osent au prix d'icelles, vilipender les sainctes institutions de Dieu? Langue sacrilège, oses-tu opposer au Sacrement de Christ, de la gresse infecte seulement de la puanteur de ton aleine, et charmée par quelque murmure de parolle? Oses-tu l'accomparer avec l'eau sanctifiée de la parolle de Dieu? Mais cela estoit peu à ton audace, quand mesme tu l'as préférée. Voila les décrets du s'iinct siège Apostolique. Mais aucuns d'eux ont voulu modérer ceste rage, laquelle estoit à leur opinion trop outrageuse : et on dit que l'huile de Confirmation est à tenir en plus grande révérence que le Baptesme ^''^*' : non pas possible pour plus grande vertu et utilité qu'elle confère, mais pour autant qu'elle est donnée par personnes plus dignes, ou (lu'elle se fait en plus digne partie du corps, c'est assavoir au front: ou qu'elle eslargist plus grande augmentation de vertu, combien que le Baptesme vaille plus à rémission. Mais par la première raison, ne se monstrent-ils pas estre Donalistes, estimans la force du Sacrement de la dignité du Ministre ? Accordons leur toulesfois (lue la Confirmation soit appellée plus digne pour la dignité de la main Episcopale. Mais si quelcun les interrogue dont telle prérogative a esté ottroyée aux Evesques, quelle raison produiront-ils sinon leurs songes ? Les Apostres, disent-ils, ont usé seuls de ce droit, quand eux tant seulement ont distribué le sainct Esprit. Mais les seuls Evesques sont-ils Apostres ? et mesme du tout sont-ils Apostres? Accordons leur encore neantmoins cela. Que ne pretendcnt-ils par un mesme argument, que tant seulement les Evesques doyvent attoucher le Sacrement du sang en la Cène de nostre Seigneur, lequel ils dénient aux laies: pourtant que nostre Seigneur l'a, comme ils disent, donné seulement aux Apostres? Si seulement aux Apostres, pourquoy n'inferent-ils que seulement aussi aux Evesques? Mais en ce lieu-là ils font les Apostres simples Prestres : maintenant ils les créent Evesques. Finalement, Ananias n'estoit point Apostre, lequel toutesfois fut envoyé à sainct Paul pour luy faire recouvrer la veue, le baptizer et remplir du sainct Esprit (Act. 9,17). J'adjousteray encore cecy, outre la mesure: Si cest office estoit de droit divin propre aux Evesques, pourquoy l'ont-ils osé communiquer aux simples Prestres? comme on list en quelque epistrc de Grégoire --K

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