CHAPITRE XX
pourtant qu'elle nous soit permise et donnée en main, ausquels il n'est donné autre mandement que d'oi)cir et de soulîrir. Je parle tousjours des personnes privées : car s'il y avoit en ce temps icy Magistrats constituez pour la défense du peuple, pour refréner la trop grande cupidité et licence des Kois (connue anciennement les Lacedemoniens avoyent ceux qu'ils appclloyent Ephores : et les Romains, leurs défenseurs populaires : et les Athéniens, leurs Démarches : et comme sont, possible, aujourdhuy en chacun royaume les trois estats quand ils sont assemiilez): à ceux qui seroyent constituez eu tel estât, tellement je ne defendroye de s'opposer et résister à l'intempérance ou cruauté des Rois, selon le devoir de leur office: que mesmes s'ils dissimuloyent, voyans que les Rois desordonnément vexassent le povre populaire, j'estimeroye devoir estre accusée de perjure telle dissimulation, par laquelle malicieusement ils trahiroyeut la liberté du peuple, de laquelle ils se devroyent cognoistre estre ordonnez tuteurs par le vouloir de Dieu.
32. Mais en l'obéissance que nous avons enseignée estre deue aux supérieurs, il y doit avoir tousjours une exception, ou plastost une reigle qui est à garder devant toutes choses : c'est que telle obéissance ne nous destoume point de l'obéissance de celuy, sous la volonté duquel il est raisonnable que tous les edits des Roys se contiennent, et que tous leurs commandemeus cèdent à son ordonnance, et que toute leur hautesse soit humiliée et abaissée sous sa majesté. Et pour dire vray, quelle perversité seroit-ce, afm de contenter les hommes, d'encourir l'indignation de celuy pour l'amour duquel nous obéissons aux hommes ? Le Seigneur donc est Roy des Rois, lequel incontinent qu'il ouvre sa bouche sacrée, doit estre sur tous, pour tous et devant tous escouté. Nous devons puis après estre sujects aux hommes (|ui ont prééminence sur nous, mais non autrement sinon en luy. S'ils viennent à commander quelque chose contre luy, il nous doit estre de nulle estime : et ne faut avoir en cela aucun esgard à toute la dignité des supérieurs : à laquelle on ne fait nulle injure, quand elle est submise et rengée sous la puissance de Dieu, qui est seule waye au prix des autres. Selon ceste raison
Daniel proteste n'avoir en rien offensé le Roy (Dan. 6, 22), combien qu'il eust contrevenu à l'edit injuste publié de par luy, pource qu'en cela il avoit outrepassé ses bornes : et non seulement estoit excessif contre les hommes, mais avoit levé les cornes contre Dieu, et en ce faisant s'estoit demis et dégradé de toute authorité. A l'opposite, le peuple d'Israël est condamné en Osée, d'avoir obtempéré trop volontiers aux loix meschantes de son Roy (Osée 5, II). Car après (pic .larobeam eut fait taire les veaux d'or, en délaissant le temple de Dieu, tous les sujets luy voulans complaire s'estoyent par trop légèrement addonnez à ces nouvelles superstitions (1 Rois 12, 30) : et y eut depuis une telle facilité en leurs enfans et successeurs à plier à l'appétit des Rois idolâtres, et se conformer à leurs façons de faire vitieuses. Le Prophète leur reproche asprement ce crime, d'avoir embrassé et receu l'edit royal : tant s'en faut que la couverture de modestie que prétendent les Courtisans mérite louange, quand ils magnifient l'authorité des Rois pour décevoir les simples : disans qu'il ne leur est pas licite de rien faire contre ce qui leur est commandé. Comme si Dieu en ordonnant des hommes mortels pour dominer, leur avoit resigné son droit : ou bien que la puissance terrienne soit amoindrie quand elle est abbaissée en son reng inférieur sous l'empire souverain de Dieu, au regard duquel toutes principautez célestes tremblent. Je say bien quel dangier peut venir d'une telle constance que je la requier icy, d'autant que les Rois ne peuvent nullement souffrir d'estre abaissez, desquels l'indignation (comme Solomon dit) est message de mort(Prov. 16, 14). Mais puis que cest edit a esté prononcé par le céleste héraut sainct Pierre : qu'il faut plustost obéir à Dieu qu'aux hommes (Act. o, 29), nous avons à nous consoler de ceste pensée : que vrayement nous rendons lors cà Dieu telle obéissance qu'il la demande, quand nous souffrons plustost toutes choses : que dechnions de sa saincte parolle. Et encores à ce que le courage ne nous faille, sainct Paul nous picque d'un autre aiguillon : c'est que nous avons esté achetez par Christ si chèrement que luy a cousté nostre rédemption, afm que ne nous adonnions serfs aux mauvaises cupiditez des homn^es, beaucoup moins k leur impieté (I Cor. 7, 23).