‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 690 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

sur le Christ du Seigneur (1 Sam. 24, 7—11 ; 26, 9. 10).

29. Nous devons tous à noz supérieurs, tant qu'ils dominent sur nous, une telle affection de révérence, que celle que nous voyons en David : mesme quels qu'ils soyent. Ce que je répète par plusieurs fois, afm que nous apprenions de ne point esplucher quelles sont les personnes ausquelles nous avons à obéir, mais que nous nous contentions de cognoistre que par la volonté du Seigneur ils sont constituez en un estât, auquel il a donné une majesté inviolable. Mais queleun dira, qu'il y a aussi mutuel devoir des supérieurs envers lem\s sujects. J'ay desja confessé ce poinct : toutesfois si queleun vouloit de ce inférer, qu'on ne doit obéissance sinon à un juste Seigneur, il argueroit perversement. Car les mariz et les pères sont obligez à quelque devoir envers leurs femmes et enfans. Or s'il advenoit qu'ils s'acquittassent mal de leur office, c'est assavoir que les pères traitassent rudement leurs enfans, et fussent outrageux. envers eux, contre ce qui leur est commandé de ne les contrister: et que les mariz contemnassent et tormentassent leurs femmes, lesquelles par le commandement de Dieu ils doyvent aimer, et contregarder comme vaisseaux fragiles (Eplies. 6, 4; 5, 25 ; 1 Pierre 3, 7) : faudroit-il pourtant que les enfans fussent moins obeissans à leurs pères, ou les femmes à leurs mariz? Mais par la Loy de Dieu ils sont assujettiz à eux: encore qu'ils leur soyent mauvais et iniques. Au contraire donc, comme ainsi soit que nul de nous ne doit considérer comment l'autre s'acquite envers luy de son devoir, mais seulement se doit souvenir et mettre devant l'œil ce qu'il a à faire pour l'exécuter: principalemant ceste considération doit avoir lieu entre ceux qui sont en la sujection d'autruy. Parquoy si nous sommes cruellement vexez par un Prince inhumain, ou pillez et robbez par un avaricieux ou prodigue, ou mesprisez et mal gardez par un nonchalant: si mesme nous sommes affligez pour le Nom de Dieu par un sacrilège et incrédule : premièrement reduisons-nous en mémoire les offenses qu'avons commises contre Dieu, lesquelles sans doute sont corrigées par tels fléaux. De Là viendra l'humilité pour bien brider nostre impatience. Secondement, mettons-nous au devant ceste pensée, qu'il n'est pas en nous de remédier à tels maux : mais qu'il ne reste autre chose, que d'implorer l'aide de Dieu, en la main duquel sont les cœurs des Rois, et les mutations des royaumes. C'est le Dieu qui s'asserra entre les dieux, et aura le jugement sur eux (Dan. 9, 7; Prov. 21, 1; Ps. 82, 1). Au seul regard duquel trebuscheront et seront confuz tous Rois et Juges de la terre, qui n'auront baisé son Christ (Ps. 2, 12), qui auront escrit loix iniques pour opprimer au jugement les povres, et dis-

siper le bon droit des foibles, pour avoir les vefves en proye, et piller les orphelins (Is. 10, 1. 2).

30. Et en cecy apparoist bien sa merveilleuse bonté, puissance et providence. Car aucunesfois il suscite manifestement quelcuns de ses serviteurs, et les arme de son mandement pour faire punitions d'une domination injuste, et délivrer de calamité le peuple iniquement affligé : aucunesfois il convertist et tourne à cest ouvrage la fureur de ceux qui pensent aiUeurs, et machinent autre chose. En la première manière fl délivra le peuple d'Israël par Moyse, de la tyrannie de Pharaon : et par Othoniel, il le tira hors de la puissance de Chusam Roy de Syrie (Ex. 3, 8 : Jug. 3, 9, et les chapitres suyvans) : et par autres tant Rois que Juges, il l'affranchit de diverses sujections et servitudes. En la seconde manière il reprima l'orgueil de Tyr par les Egyptiens : la hautesse des Egyptiens, par les Assyriens : l'insolence des Assyriens, par les Chaldéens : l'outrecuidance de Babylon par les Medois et Persans, depuis que Cyrus eut domté les Medois : l'ingratitude des Rois de Judée et Israël, tant par les Assyriens que par les Babyloniens. Tant les uns que les autres |estoyent ministres et exécuteurs de sa justice : neantmoins il y a grande diflerence des uns aux autres. Car les premiers, d'autant qu'ils estoyent appeliez de Dieu par vocation légitime à entreprendre tels affaires, en rebellant contre les Rois nevioloyent pomt la majesté Royalle qui leur estoit donnée de Dieu : mais ils corrigeoyent une puissance inférieure par une plus grande : tout ainsi qu'il est licite cà un Roy de chasUer ses Lieutenans et officiers. Les seconds, combien qu'ils fussent adressez par la main de Dieu où bon luy sembloit, et que sans leur seu ils parfissent son ouvrage, toutesfois ils n'avoyent autre pensée en leur cœur, que de mal faire.

31. Or combien que ces actes, quant à ceux qui les faisoyent, fussent bien divers : car les uns les faisoyent estansasseurez qu'ils faysoyent bien, et les autres par autre zèle (comme nous avons dit) toutesfois nostre Seigneur, tant par les uns que par les autres executoit pareillement son ouvrage, en rompant les sceptres des meschans Rois, et renversant les dominations outrageuses. Que les Princes entendent à ces choses, et s'en estonnent. Et nous cependant neantmoins devons sur toutes choses nous garder que nous ne contemnions ou outragions l'authorité des supérieurs, laquelle nous doit estre pleine de majesté, veu qu'elle est confirmée par tant de sentences de Dieu : mesmes encores qu'elle soit occuppée de personnes tresind ignés, et qui par leur meschanceté (d'autant qu'en eux est) la polluent. Car combien que la correction de domination desordonnée soit vengeance de Dieu : toutesfois il ne s'ensuit pas

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