CHAPITRE XV
qu'il y a une raison en l'homnio, par laquelle il se peut bien irianerner.
7. Or nous sommes contraints de nous reculer un jielit (le ceste façon d'ensei^'ner : pource que les PliilDSoplies, (pii n'ont jamais co>rneu le vice ori^Mm'l. t|ui est la punition de la ruyne d'Adam, cunt'ondent inconsidérément deux estais de l'homme, qui sont fort divers l'un de l'autre. Il mtus faut prendre donc une autre division : c'est ipi'il y a deux parties en nostre ame, Intel lij,'ence et volonté : rintellij,'eDce est jtour discerner entre toutes choses (pii nous sont proposées, et jujrer ce qui nous doit estre approuvé ou condanmé. L'oiîice de la volonté est d'élire et su\Tre ce que l'entendement aura ju.iré estre bon, au contraire rejetter et fuyr ce (lu'il aura reprouvé. Il ne nous faut icy arrester a ce qu'en di.spute Aristote trop subtilement qu'il n'y a mil mouvement propre et de soy en rintelli;,'eiice, mais «lue c'est l'élection qui meut Ihomnie : ** il nous doit suffire, sans nous empestrer en (juestions suiiertlues. que l'entendement est comme gouverneur et capitaine de lame : que la volonté dépend du plaisir d'iceluy, et ne désire rien juscjues après avoir eu son jugement. Pourtant Aristote dit bien vray on un autre passage, (jue fuir ou appeler est une semblable chose en l'appétit, que nier ou apiirou\er en l'entendement. **0r nous verrons cy après, combien est certaine la conduite de l'entendement pour bien diriger la volonté. Icy nous ne prétendons autre chose, sinon de monstrer (pie toutes les vertus de l'ame humaine se réduisent a l'un de ces deux membres. En ceste manière nous comprenons le sens sous rentendement. lequel est séparé des Philosophes (pii dirent, (pie le sens encline à volupté, et l'entendement à honnesteté et vertu : davantage, (pie jiour le nom d'Appétit nous usons du mot de Volonté, lequel est le jilus usité.
H. Dieu donques a garny l'ame d'intelligence, par la(|uelle elle peut discerner le bien du mal, ce qui est juste d'avec ce qui est injuste, et voir ce (pielle doit suyvre ou fuii', estant conduite par la clarté de raison. Parquoy ceste partie (jui adresse a esté nommée par les Philosophes, Gouvernante comme en supériorité. 11 luy a quant et (|uant adjousté la volonté, laquelle a avec soy l'élection : ce sont les facultez dont la première condition de l'homme a esté ornée et anoblie : c'est (ju'il y eust engin, prudence, jugement et discrétion non seulement pour le régime de la vie terrestre, mais pour parvenir jus- «lues a Dieu, et à parfaite félicité : et puis qu'il y eust élection conjointe, laciuelle guidast les appetis, n)oderant aussi tous les mouvemens organi(pies, qu'on appelle : et ainsi (jue la volonté fust contorme du tout à lareigle et attrempance de raison. En ceste intégrité l'homme avoit franc-arbitre, par lequel s'il eust voulu il
eust obtenu vie éternelle. Car de mettre icy en avant la prédestination occulte de Dieu, c'est hors de propos : poui'ci' (pie nous ne sommes point en (juestion de ce (pii a peu advenir ou non, mais de ce (]u'a esté en soy la nature de l'homme. Ainsi Adam pouvoit demourer debout s'il eust voulu, veu qu'il n'est tresbuclié que de sa volonté propre : mais ])ource que sa volonté estoit ployable au bien et au mal. et que la constance de persévérer ne luy estoit pas donnée, voila pounjuoy il est si tost et si légèrement tombé. Toiitesfois si a-il eu élection du bien et du mal : et non seulement cela, mais il y avoit tant en son intelligence qu'en s.a volonté une parfaite droiture : mesmes toutes les parties organiipies estoyent enclines et promptes à obéir chacune à tout bien, jusques à ce qu'en se i)erdant et ruinant il a corrompu tous ses biens. Et voila dont les Philosophes ont esté si esblouis et environnez lie tenelires : c'est (juils ont cherché un bel édifice et entier en une ruine, et des liaisons bien compassées en une dissipation. Ils ont tenu ce i)iincipe, (jue l'honnue ne seroit point animal raisonnable s'il n'avoit élection du bien et du mal. Il leur venoit aussi en pensée, (pie si l'homme n'oivlonnoit sa vie de son projire conseil, il n'y auroit nulle distinction entre les vices et vertus. Et cela n'eust point esté mal jugé par eux, s'il n'y eust eu nul changement en l'homme. Or la cheute d'Adam leur estant cachée avec la confusion qui en est provenue, il ne se faut point esbahir s'ils ont nieslé le ciel et la terre : mais ceux qui font profession d'estre Chrestiens, et cependant nagent entre deux eaux, et bigarrent la vérité de Dieu de ce que les Philosophes ont déterminé, en sorte ([u'ils cherchent encores le franc-arbitre en l'homme, estant perdu et abysmé en la mort spirituelle : ceux-là, di-je, sont du tout insensez, et ne touchent ne ciel ne terre : ce (|ui se verra mieux en son lieu. Maintenant nous avons seulement a retenir (lu'Adam a esté bien autre en sa première crealioii. (pie n'est tout son lignage, h^piei ayant son origine d'une souche corrompue et pourrie, en a tiré contagion héréditaire. (>ar toutes les parties de l'ame estoyent reiglées a se bien renger : l'entendement estoit sain et entier, la volonté estoit libre à eslire le bien. Si on objecte la dessus, qu'elle estoit comme en lieu glissant, pource qu'elle avoit une faculté et puissance imbecille: je respoii, ([ue pour oster toute excuse il suffisoit (jue Dieu l'eust mise en ce degré que nous avons dit. Car ce n'estoit jtas raison, que Dieu fust astreint à ceste nécessité, de faire l'homme tel qu'il ne peust ou ne voulust aucunement pécher. Viay est. que la nature en ceste soite eust esté plus excellente : mais de plaider pitM-isement contre Dieu et le contreroller, comme .s'il eust esté tenu de douer l'homme de telle vertu, cela est plus que desraisonnable,
veu qu'il pouvoit lui donner tant peu qu'il lui eust pieu. ''^Or quant à ce (jue Dieu ne l'a s(tutenu en la vertu de persévérance, cela est caché en son conseil estroit, et nostrc devoir est de ne rien savoir (pi'en sobriété. Ainsi Adam n'est pas excusable, ayant receu la vertu jusques là ([ue de son bon gré il s'est attiré mal et confu-
sion : et nulle nécessité ne luy a esté imposée de Dieu, (ju'il ne luy eust auparavant donné une volonté moyenne et flexible à bien et à mal : et combien (lu'elle fust caduque, si est-ce que Dieu n'a pas laissé de tirer de la clieute matière de sa j^loire.