CHAPITRE XVI
tous cas fortuits. Et d'autant que cestc opinion a osté (|uasi rocouo en tous aa^'os, cncores aujduiilliu) est en Vdiiue, et tient tdus les esprits préoccupez, assavoir qnc toutes choses aviennenl île cas fortuit: ci' ipii devoit estre iiicn persuade de la providence de Uieu, non seulement est obscurcN , mais tjuasi ensevely du tout. Si (juelcun tombe en la main des lirii,'ans, ou rencontre des liestes sauvai^res : s'il est Jette en la mi'r par tcmpeste: s'il est accablé de ([ueUiue ruine de maison ou d'arbre : si un autre errant par des desers trouve de (pioy remédier à sa famine: si par les vaj.;ues de mei' il est jette au port, ayant évadé miraculeusement la mort par la distance d'un seul doijxl. la raison charnelle attribuera à fortune toutes ces rencontres tant bonnes (pie mauvaises. Mais tous ceux qui auront esté enseignez par la bouche de Christ, que los cheveux île noz testes sont contez (.Mallh. 10. :{0), chercheront la cause plus loin, et se tiendront tout asseurez que les evenemens, quels (pi'ils soyent. sont !,'ouvernezi)ar le conseil secret de Uieu. Quant aux choses (jui n'ont point d'ame. il nous faut tenir ce poincl pour résolu, combien que Dieu leur eust assigné à chacune sa iiroprieté. toutesfois ipi'elles ne peuvent mettre leui' elfect en avant, sinon d'autant (|u'elles sont adressées par la main de Dieu. Parquoy elles ne sont (]u'instrumens, ausijuels Dieu fait découler sans fin et sans cesse tant d'efticace ([ue bon luy semble, et les applique selon son i)laisir et les tourne à tels actes qu'il veut. 11 n'y a vertu si noble ny admirable entre les créatures qu'est celle du soleil. r,ar outre ce qu'il esclaire tout le monde de sa lueur, <iuelle vertu est-ce de nourrir et végéter par sa chaleur tous animaux, d'inspirer par ses rayons fertilité à la terre, en esehautîant la semence qu'on y jette ? Apres, la faire veidoyer de beaux herbaiges. les(]uels il fait croistre, en leur donnant tousjours mnivelle substance, justjues à ce que le blé et autres grains se lèvent en espis : et ipi'il nourrit ainsi toutes semences par ses vapeurs, pour les faire venir en fleur, et de fleur en fruit, cuisant le tout jusqu'à ce qu'il l'ait amené à maturité ? Ouelle noblesse et vertu aussi est-ce, de faire bourgeonner les vignes, jetter leurs feuilles, et puis leurs fleurs, et en la lin leur faire apporter un fruit si excellent? Or Dieu pour se reserver la louan^'e entière de toutes ces choses, a voulu devant que créer le soleil, qu'il y eust clarté au monde, et t\\\e la terre fust garnie et parée de tous genres d'herbes et de fruicts (Gen. 1, 3. 11). Parquoy l'honune fidèle ne fera point le soleil cause jirincipale ou nécessaire des choses qui ont esté devant (|ue le soleil mesme fust créé ne produit: mais il le tiendra pour instiument, duquel Dieu se sert pource qu'il luy plaist : non pas (lu'i! ne peust sans tel moyen accomplir
son œuvre par soy mesme. D'autre part, quand nous lisons (ju'à la reipieste de Josué le soleil s'est juTesté en un degré l'espace de deux jours : et en favem- du Roy Ezechie, .son ombre a esté reculée de ipiinze degrez (Jos. 10, KJ: 2 Rois '20, 11), nous avons a noter (jue Dieu par tels miracles a testifié, que le soleil n'est pas tellement conduit par un mouvement naturel, pour se lever et coucher ehacun jour, «pie luy n'ait le souverain gouvernement pour l'avancer et retenir, afin de nous renouveler la mémoire de ceste faveur ]>aternelle envers nous, ipi'il a moiistrée en la création du monde. 11 n'y a rien plus naturel (jue de voir les quatre saisons de l'an succéder par tout l'une à l'autre : toutesfois en ceste succession continuelle il y a une telle diversité et si inégale, (ju'on ajjpercoit clairement que chacun an, chacun mois et chacun jour est disposé en une sorte ou en l'autre jiar une [irovidence spéciale de Dieu.
3. Et de tait, le Seigneur s'attribue toute puissance, et veut que nous la recognf)issions estre en luy: non pas telle ipie les Sophistes l'imaginent, vaine, oisive, et (piasi assopie : mais tousjours veillante, pleine d'efficace et d'action et aussi qu'il ne soit pas seulement en gênerai et comme en confus le princi|)e du niou\eHienl des créatures (comme si quelcun ayant une fois fait un canal, et adressé la voye d'une eau à passer dedans, lalaissoit puis après couler d'ellemesine) mais qu'il gouverne mesme et conduise sans cesse tous les mouvemens jiarticuliers. Car ce que Dieu est recognu tout-i)uissant. n'est pas pource qu'il puisse faire toutt's choses, et neantmoins se repose, ou (|ue pai- unr ins|»iration générale il contiime l'ordre de nature tel qu'il l'a disposé du conuuencement: mais d'autant que gouvernant le ciel et la terre par sa providence, il compassé tellement toutes choses, (jue rien n'advient sinon ainsi (pi'il l'a déterminé en son conseil (Ps. U'i, '.)). Car ([uand il est dit au Pseaume, iiu'il fait tout ce (iii'il \eut, cela s'entend d'une volonté certaine et jiropos délibéré. Et de fait, ce seroit une maigre l'anlasie. d'exposer les mots du Prophète selon la doctrine des Philosophes, assavoir ipie Dieu est le i)remier motif, pource qu'il est le princijje et la cause de tout mouvement: en lieu (pie plustost c'est une vraye consolation, de latiuelle les fidèles adoucissent leur douleur en adversitez. as- .savoir qu'ils ne soulTrent rien iiue cène soitjiar l'ordonnance et le connnandement de Dieu, d'autant (ju'il sont sous sa main. Que si le gouvernement de Dieu s'eslend ainsi à toutes ses œuvres, c'est une cavillation puérile de le vouloir enclorre et limiter dedans l'influence et le cours de nature. Et certes tous ceux qui restreingnent en si estroites limites la providence de Dieu, comme s'il laissoit toutes créatures aller librement selon le cours ordinaire de nature,