CHAPITRE XVII
un autre poinot. c'est eoinliioa que la faveur de Dkni et sa lioiité. ou la riy:uour de ses ju-reinens reluisent le plus souvent en tout le cours de sa providence : (pie neantnioins (pielque fois les causes de ce ipii advient sont cachées, tellement (pie ceste pensée nous entre au cerveau, tpie les alTaires humains tournent et virent à la volée, connue sur une roue : ou nostre chair nous solicite a uronder contre Dieu, comme si Dieu se jouoit des honnnes en les démenant ck et là comme des pelottes. Vray est (|ue si nous avons les esprits (pio\ s et rassis, pour apjirendre a loysir, l'issue (inale monstre assez (jue Dieu a tousjours bonne raison en son conseil de faire ce qu'il fait, soit pour instruire les siens à patience, ou pour corri<,^er leurs alîections perverses, ou pour donner la gayeté trop fîrande de leurs appétits, pour les matter à ce ipi'ils renoncent à eux mesmes. ou pour esveiller leur paresse : soit à l'opposite pour ahljattre les orj^ueilleux, anéantir les ruses et cautelles lies mechans, ou dissiper leurs machinations. Au reste, combien que les causes outrepassent nostre entendement, ou en soyent eslongnées, si faut-il tenir pour certain qu'elles ne laissent [loint d'estre cachées en Dieu : pan^noy il reste de nous escrier avec David, 0 Dieu, (pie tes merveilles sont g:randes (Ps. 40, 6) ! Il n'est pas possible de di^a'rer tes pensées sur nous : elles surmontent ce que j'en veux dire. Car combien que tousjours en noz adversitez noz péchez nous doNTent venir devant les yeux, afin que la peine ([ue nous endurons nous sollicite à repentance, nous voyons toutesfois (pie Jésus Cduist donne plus d'autorité à Dieu son Père en affli,i,^eant les hommes, que de luy imposer loy de chastier par e;,Mle mosure un chacun selon qu'il a deservi. Car il dit de celuy (|ui estoit nay aveugle, Ce n'est pas qu'il ait péché, ne luy, ne son père, ne sa mère, mais afin que la gloire de Dieu soit manifestée en luy (Jean 9, 3). Car quand un enfant desja au ventre de sa mère, devant que naistre, est battu de si dures verges, nostre sens est picjué a gergonner contre Dieu, comme s'il ne se portoit pas humainement envers les innocens (pi'il afflige ainsi : tant y a ((ue Jésus Christ alTerme ([ue la gloire de son Père reluit en tels spectacles, moyennant que nous ayons les yeux purs. Mais il nous faut garder ceste modestie, de ne \ouloir attirer Dieu à nous rendre conte, mais [lorter telle révérence a ses jugemens secrets, que sa volonté nous soit pour cause tresjuste de tout ce (pi'il lait. Quand le ciel est brouillé de grosses nuées et espesses, et qu'il se dresse quelque tempeste violente, pource qu'il n'y a qu'obscurité devant nos yeux, et le tonnere bruit en nos oreilles, en sorte que tous nos sens sont eslounlis de frayeur, il nous semble que tout est meslé et confus : toutesfois au ciel tout demeure paisible en son estât. Ainsi
nous faut-il estre résolus, quand les choses estans troublées au monde nous ostent le jugement, (pic Dieu estant séparé loin de nous en la clarté de sa justice et sagesse, sait bien modérer telles confusions [lour les amener jtar bon ordre à droite lin. Et de fait, c'est une horrible forcenerie et monstrueuse, que idusieurs se donnent plus de licence à oser contreroUer les œuvres de Dieu, sonder et esplucher ses conseils secrets, mesmes se précipiter a en donner leur sentence, que s'ils avoyent à juger des faits d'un homme mortel. Y a-il rien plus pervers et desbordé, que d'user de ceste modestie envers nos pareils, c'est d'aimer mieux suspendre nostre jugement, que d'estre taxez de témérité : et cependant insulter avec une audace desbordée aux jugemens de Dieu, qui nous sont incogneus lesquels nous devions avoir en révérence et ailmiration?
i. Nul donques ne iiourra deument et à son profit recognoistre la providence de Dieu, sinon ([u'en reputant qu'il a alTaire avec son créateur et celuy ipii a basty tout le monde, il se dispose et abbaisse d'une telle humilité ((u'il appartient. De là vient que tant de chiens aujourdhuy assaillent ceste doctrine par leurs morseures venimeuses, ou pour le moins alibayent après : c'est qu'ils ne veulent point que rien soit licite à Dieu, sinon ce qu'ils pensent en leur cerveau estre raisonnable. Ils desgorgent aussi toutes les vilenies qu'ils peuvent contre nous, pensans avoir belle couleur de nous blasmer, en ce que n'estans point contens des préceptes de la Loy, où la volonté de Dieu est comprinse, nous disons aussi que le monde est gouverné par un conseil secret de Dieu. Voire comme si ce que nous enseignons estoit une resverie forgée en nos cerveaux, et que ce ne fust pas une doctrine du sainct Esprit claire et patente, de laquelle il y a tesmoignages infinis. Mais pource qu'ils sont retenus de (piehiue honte pour n'oser desgorger leurs blasphèmes contre le ciel : afin de faire [ilus hardiment les enragez, ils font semblant de s'attacher à nous. Mais s'ils ne veulent confesser que tout ce qui advient au momie est dressé par le conseil incom|)rehensible de Dieu, (lu'ils me respondent à (piel propos l'Escriture dit ((ue les jugemens d'iceluy sont un abysme profond (Ps. 36, 7). Car puis (|ue Moyse declaire que la volonté de Dieu n'est i)oint lointaine de nous, et qu'il ne la faut point chercher par des.sus les nuées ny aux abysmes, pource qu'elle nous est familièrement exprimée en la Loy (Deut. 30, 11 s.) : il s'ensuit que c'est une autre volonté cachée, laquelle est accomparée à un abysme profond, de laquelle aussi sainct Paul parle, disant, 0 hautesse prof(mde des richesses et de la sagesse et cognoissance de Dieu (Rom. M, 33)! que ses jugemens sont incompréhensibles, et ses voyes impossi-