‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 9 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

volonté nous serve de loy. D'antre pari il est inij)ossil)le d'aijperoevoir cluireiaent (\uq\ est Dieu, sans le (-((ynoistre source et origine de tous biens: dont les hommes seroyent incitez d'aiiîierer à Iny et y metU'e leur fiance, sinon (pie leur propre malice les destournasl de s'enquérir do ce qui est bon et droit. Car pour le premier, l'ame bien reijilée ne se lort;e point un Dieu tel (piel: mais re^^arde celuy qui est vray Dieu et uni(pie. Puis après elle n'imagine point do luy ce que bon luy semble mais elle se contente de l'avoir tel (pie luy-mesme se manifeste, et se garde soigneusement de ne point sortir par une folle audace et témérité hors de ce (pi'il a declairé, pour vaguer ça ne là. Ayant ainsi cogneu Dieu, pource (pi'elle sait qu'il gouv(M'ne tout, elle se confie d'estre en la garde et protection d'icoluy, et ainsi elle se remet du tout en sa garde : pource qu'elle le cognoit autheur de tous biens, si lost qu'elle se sent pressée d'affliction ou disette, elle a son recours à luy, attendant d'en estre secourue : d'autant qu'elle le tient sans doute pour humain et pitoyable, elle se repose en luy avec certaine fiance, et ne doute pas qu'en toutes ses adversitez elle n'ait tousjours son remède prest en la bonté et clémence d'iceluy : pource qu'elle le tient comme Seigneur et Père, elle conclud aussi que c'est bien raison de luy donner la sui)criorité qui luy appartient, honnorant la majesté d'iceluy, procurant que sa gloire soit a^ ancée, et obéissant

à ses commandemens: pource qu'elle le recognoist juste .îuge, et (pi'il est armé de juste rigueur pour i)unir les maléfices et péchez, elle se met tousjours devant les yeux le siège judicial d'iceluy, et se tient comme bridée de la crainte (pi'elle a de l'olTenser: toutesfois elle ne s'espovante pas de frayeur qu'elle ait de son jugement, en sorte (ju'elle se vueille retirer ou cacher de luy, inesmes quand elle trouveroit quelque esclia})patoire: mais plustost elle l'accepte et re(joit juge des iniques comme bien-facteur envers les fidèles : vcu qu'elle cognoist (]u'il luy est autant convenable entant qu'il est Dieu, de rendre aux meschans le salaire qu'ils ont deservi, (pie de donner aux justes la vie éternelle. Davantage elle ne se retient pas seulement de mal faire pour crainte de punition : mais entant qu'elle aime et révère Dieu comme père, qu'elle l'honnore avec humilité comme maislre et supérieur, encores qu'il n'y eust point d'enfers, si a elle horreur de l'offenser. Voila que c'est de la vraye et pure religion, assavoir la foy conjointe avec une vive crainte de Dieu: en sorte que la crainte comprenne sous soy une révérence volontaire, et tire avec soy un service tel qu'il appartient, et tel que Dieu mesmes l'ordonne en sa Loy. Et d'autant plus est ceci à noter, que tous indifféremment font honneur k Dieu, et bien peu le révèrent: veu que tous monstrent belle apparence, mais bien peu s'y adonnent de cœur.

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